{"id":149,"date":"2012-09-22T11:47:24","date_gmt":"2012-09-22T09:47:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/2012\/09\/22\/mme-a-vibert-igen-faire-place-au-sujet-lecteur-en-classe\/"},"modified":"2020-11-06T16:12:29","modified_gmt":"2020-11-06T15:12:29","slug":"mme-a-vibert-igen-faire-place-au-sujet-lecteur-en-classe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/mme-a-vibert-igen-faire-place-au-sujet-lecteur-en-classe\/","title":{"rendered":"Mme A. VIBERT, IGEN,Faire place au sujet lecteur en classe"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><span style=\"color: #0000ff; font-size: 18pt;\"><strong>Faire place au sujet lecteur en classe\u00a0: quelles voies pour renouveler les approches de la lecture analytique au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Intervention de Mme Anne Vibert, IGEN Lettres<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Janvier 2012<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourquoi faudrait-il renouveler les approches de la lecture analytique\u00a0? Ce pr\u00e9suppos\u00e9 demande \u00e0 \u00eatre tout d\u2019abord explicit\u00e9.<\/p>\n<p>Le point de d\u00e9part en est une conviction forte\u00a0: celle de l\u2019importance de la litt\u00e9rature, importance \u00e0 r\u00e9affirmer plus que jamais aujourd\u2019hui comme antidote \u00e0 bien des maux de nos soci\u00e9t\u00e9s actuelles et surtout, en ce qui nous concerne, comme essentielle \u00e0 la construction de soi pour nos \u00e9l\u00e8ves<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn1\">[1]<\/a>. Si je le rappelle, c\u2019est parce que la didactique du fran\u00e7ais a pu choisir d\u2019autres voies \u00e0 d\u2019autres moments de son histoire. Mais les programmes d\u00e9fendent cette place et il y a l\u00e0 sans doute une sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise, exigeantes certes, mais \u00e0 laquelle il ne faut pas renoncer.<\/p>\n<p>Une fois qu\u2019on a dit cela, malgr\u00e9 tout, on n\u2019a pas beaucoup avanc\u00e9 et la question qui subsiste est celle du \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb\u00a0: comment enseigner la litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019\u00e9cole et comment d\u00e9fendre cet enseignement\u00a0?<\/p>\n<p>Le d\u00e9fendre d\u2019abord contre les reproches de formalisme et de technicisme, qui accusent l\u2019enseignement de promouvoir \u00ab\u00a0une conception \u00e9triqu\u00e9e de la litt\u00e9rature, qui la coupe du monde dans lequel on vit\u00a0\u00bb alors que \u00ab\u00a0Le lecteur, lui, cherche dans les \u0153uvres de quoi donner sens \u00e0 son existence\u00a0\u00bb (T. Todorov, <em>La Litt\u00e9rature en p\u00e9ril<\/em>, 2007). Bref, en finir avec ce \u00ab\u00a0d\u00e9codage rationalisant plus ou moins compliqu\u00e9\u00a0\u00bb (M. Picard, <em>La Lecture comme jeu<\/em>, 1986) qui propose une lecture d\u00e9sincarn\u00e9e de la litt\u00e9rature et en finir \u00e9galement avec l\u2019exclusivit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la conception autor\u00e9f\u00e9rentielle de la litt\u00e9rature qui la prive de ses enjeux existentiels<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Sur ce point, la prise de conscience des d\u00e9rives des approches formalistes est r\u00e9elle et n\u2019est pas nouvelle. Les programmes de coll\u00e8ge affirment notamment\u00a0:<\/p>\n<p>Les diverses d\u00e9marches d\u2019analyse critique ainsi qu\u2019un n\u00e9cessaire vocabulaire technique, qui doit rester limit\u00e9, ne constituent pas des objets d\u2019\u00e9tude en eux-m\u00eames ; ils sont au service de la compr\u00e9hension et de la r\u00e9flexion sur le sens.<\/p>\n<p>Mais sommes-nous s\u00fbrs que la lecture analytique a r\u00e9ussi sa conversion et qu\u2019elle est parvenue \u00e0 construire un nouveau rapport au texte\u00a0?<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>Rien n\u2019est moins certain, et en tout cas, les diff\u00e9rentes enqu\u00eates sur la lecture des jeunes g\u00e9n\u00e9rations font plut\u00f4t \u00e9tat d\u2019un \u00e9chec de l\u2019\u00e9cole \u00e0 susciter le go\u00fbt et l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la lecture en g\u00e9n\u00e9ral et celle de la litt\u00e9rature en particulier. Ce n\u2019est pas tant la baisse quantitative du nombre de lecteurs et en particulier de forts lecteurs qui doit nous arr\u00eater ici<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0: elle est r\u00e9elle mais elle a aussi des causes qui d\u00e9passent largement l\u2019\u00e9cole. C\u2019est surtout la vision n\u00e9gative, ou en tout cas contreproductive en ce qui concerne l\u2019incitation \u00e0 la lecture, qui se d\u00e9gage de certaines de ces enqu\u00eates\u00a0: celles de Christian Baudelot \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 faisaient appara\u00eetre la lecture au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e comme \u00ab\u00a0une pratique sans croyance\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0; Sylvie Octobre, dans son enqu\u00eate de 2006 sur les loisirs des 6-14 ans, note la baisse de l\u2019attachement \u00e0 la lecture entre l\u2019\u00e9cole et le coll\u00e8ge, pass\u00e9e du statut de \u00ab\u00a0lecture-plaisir\u00a0\u00bb \u00e0 celui d\u2019outil de travail<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn6\">[6]<\/a> et note \u00e9galement une tendance \u00e0 la d\u00e9saffection des cat\u00e9gories favoris\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la lecture\u00a0: \u00ab\u00a0les fils et filles de cadres ne fournissent plus syst\u00e9matiquement des contingents de lecteurs assidus\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la m\u00e9canique sociale de recrutement des publics des pratiques l\u00e9gitimes semble enray\u00e9e\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn7\">[7]<\/a>. En outre, la question de la lecture n\u2019est plus seulement celle des publics d\u00e9favoris\u00e9s\u00a0: r\u00e9ussite scolaire et app\u00e9tit de lecture peuvent \u00eatre des ph\u00e9nom\u00e8nes partiellement disjoints. Les \u00ab\u00a0nouveaux bons \u00e9l\u00e8ves\u00a0\u00bb sont des lecteurs efficaces, mais certains avouent ne pas aimer lire.<\/p>\n<p>Il faudrait sans doute aller beaucoup plus loin dans ces enqu\u00eates mais elles rencontrent aussi une forme d\u2019insatisfaction que nous sommes nombreux \u00e0 \u00e9prouver devant la difficult\u00e9 \u00e0 susciter l\u2019investissement des \u00e9l\u00e8ves dans la lecture litt\u00e9raire et \u00e0 en faire autre chose que le rituel d\u2019un exercice.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Faire place au sujet lecteur dans la lecture litt\u00e9raire pourrait donc \u00eatre un moyen de redonner du sens, personnel et social, \u00e0 un enseignement litt\u00e9raire encore insuffisamment d\u00e9gag\u00e9 du formalisme, de provoquer un investissement subjectif, intellectuel et \u00e9motif des \u00e9l\u00e8ves et surtout de (re)cr\u00e9er un \u00ab\u00a0rapport heureux \u00e0 la lecture et \u00e0 la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn8\">[8]<\/a>, quelle que soit l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle, sociale et cognitive es \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Mais il ne s\u2019agit pas pour autant, on va le voir, d\u2019un retour du balancier qui reviendrait \u00e0 consid\u00e9rer le texte litt\u00e9raire comme un simple support de l\u2019\u00e9panchement subjectif. Le d\u00e9fi est de construire ce rapport sans perdre de vue l\u2019objectif de formation d\u2019un lecteur expert, capable aussi d\u2019une analyse distanci\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette question du sujet lecteur en didactique est relativement r\u00e9cente. Son acte de naissance est le colloque de Rennes en 2004\u00a0: <em>Le sujet lecteur, lecture subjective et enseignement de la litt\u00e9rature<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn9\"><strong>[9]<\/strong><\/a><\/em>. Mais les exp\u00e9riences, depuis, se sont multipli\u00e9es et on peut commencer \u00e0 en tirer quelques enseignements qui pourraient \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette question est \u00e0 la fois li\u00e9e au d\u00e9veloppement d\u2019une recherche sp\u00e9cifique en didactique de la litt\u00e9rature (depuis la fin des ann\u00e9es 90) et \u00e0 la rupture \u00e9pist\u00e9mologique que constituent les th\u00e9ories de la r\u00e9ception.<\/p>\n<p>Je vais donc, dans un premier temps, rappeler \u00e0 grands traits les principaux fondements th\u00e9oriques sur lesquels prennent appui les propositions didactiques issues de la notion de sujet lecteur. J\u2019envisagerai, dans un deuxi\u00e8me temps, les cons\u00e9quences de la prise en compte du sujet lecteur pour l\u2019enseignement de la litt\u00e9rature. Quels dispositifs didactiques\u00a0? Mais aussi quelles difficult\u00e9s et comment les surmonter\u00a0? L\u2019objectif est bien d\u00e9sormais de sortir des exp\u00e9riences ponctuelles et de passer \u00e0 une phase d\u2019application plus g\u00e9n\u00e9rales de ces propositions pour voir dans quelle mesure elles r\u00e9pondent \u00e0 nos pr\u00e9occupations et sont conciliables avec les objectifs des programmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>I. De nouveaux fondements th\u00e9oriques<\/h1>\n<h2>A. La (re)d\u00e9couverte du lecteur<\/h2>\n<p>Avec les th\u00e9ories dites \u00ab\u00a0de la r\u00e9ception\u00a0\u00bb qui s\u2019imposent \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, le lecteur (et non plus le texte) est replac\u00e9 au centre de l\u2019activit\u00e9 critique.<\/p>\n<p>Jusque l\u00e0, les th\u00e9ories dominantes sont caract\u00e9ris\u00e9es par la priorit\u00e9 accord\u00e9e au texte comme objet d\u00e9j\u00e0-l\u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019y chercher un sens canonique et d\u00e9finitif (celui voulu par l\u2019auteur)<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ou qu\u2019il s\u2019agisse, comme dans l\u2019analyse structurale, de restituer par une analyse qui se veut objective, les rapports de sens internes \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9, sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des savoirs ext\u00e9rieures (texte comme syst\u00e8me de signes clos sur lui-m\u00eame).<\/p>\n<p>La rupture th\u00e9orique s\u2019est traduite par un glissement de l\u2019int\u00e9r\u00eat des chercheurs du texte au lecteur, v\u00e9ritable r\u00e9volution conceptuelle, elle-m\u00eame \u00e0 la source d\u2019un renouveau des \u00e9tudes litt\u00e9raires. Diff\u00e9rents travaux affirment en effet que la source productrice de sens n\u2019est pas vraiment ou pas seulement dans le texte, mais aussi et peut-\u00eatre d\u2019abord dans le r\u00e9cepteur, le sujet lisant qui actualise le texte<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn10\">[10]<\/a>. Deux id\u00e9es sont \u00e0 retenir dans cette mise en avant du r\u00f4le du lecteur\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 tant qu\u2019il n\u2019est pas concr\u00e9tis\u00e9 dans une lecture donn\u00e9e, le texte est un produit inachev\u00e9, un message purement virtuel\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 consid\u00e9r\u00e9 en lui-m\u00eame, le texte est un ensemble d\u2019ind\u00e9terminations, d\u2019ouvertures de sens que seule la collaboration active d\u2019un lecteur peut transformer en syst\u00e8me organis\u00e9 de signes.<\/p>\n<p>Ainsi, pour Jauss<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn11\">[11]<\/a> l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire n\u2019est rien ind\u00e9pendamment de sa r\u00e9ception. Le sens et le succ\u00e8s de l\u2019\u0153uvre changent en fonction de sa r\u00e9ception par un public puisque le lecteur lui-m\u00eame est inscrit dans l\u2019histoire. Etudier le destin d\u2019une \u0153uvre, c\u2019est voir quels ont \u00e9t\u00e9 ses rapports avec les diff\u00e9rents \u00ab\u00a0horizons d\u2019attente\u00a0\u00bb dans lesquels elle a \u00e9t\u00e9 ins\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour Iser<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn12\">[12]<\/a>\u00ab\u00a0l\u2019auteur et le lecteur prennent [\u2026] une part <em>\u00e9gale<\/em> au jeu de l\u2019imagination, lequel n\u2019aurait pas lieu si le texte pr\u00e9tendait \u00eatre plus qu\u2019une r\u00e8gle du jeu\u00a0\u00bb. Iser recherche la mani\u00e8re dont s\u2019affirme dans le texte l\u2019existence virtuelle du lecteur \u2013 le lecteur implicite \u2013 et montre que le lecteur r\u00e9agit d\u2019abord aux sollicitations inscrites dans le texte. Ainsi, toute \u0153uvre met en place une repr\u00e9sentation de son lecteur et pr\u00e9oriente sa r\u00e9ception\u00a0; elle organise et dirige la lecture\u00a0; le lecteur r\u00e9agit aux parcours qu\u2019elle lui impose. L\u2019activit\u00e9 du lecteur est sollicit\u00e9e par les \u00ab\u00a0lieux d\u2019ind\u00e9termination\u00a0\u00bb du texte, les \u00ab\u00a0blancs\u00a0\u00bb autorisant des interpr\u00e9tations divergentes. C\u2019est dans la mesure o\u00f9 il colmate ces blancs que le lecteur fait advenir l\u2019\u0153uvre \u00e0 la conscience. Il aboutit en fin de compte \u00e0 un nouveau mod\u00e8le de r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il aura activement contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer.<\/p>\n<p>Umberto Eco<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn13\">[13]<\/a> con\u00e7oit l\u2019acte de lire con\u00e7u comme \u201ccoop\u00e9ration interpr\u00e9tative\u201d. Comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il souligne l\u2019incompl\u00e9tude du texte, \u00ab\u00a0tissu d\u2019espaces blancs, d\u2019interstices \u00e0 remplir [\u2026] qui vit sur la plus-value de sens qui est introduite par le destinataire.\u00a0\u00bb Le texte est destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre actualis\u00e9\u00a0: l\u2019auteur pr\u00e9voit un \u00ab\u00a0Lecteur Mod\u00e8le capable de coop\u00e9rer\u00a0\u00bb \u00e0 cette actualisation<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn14\">[14]<\/a>. \u00ab\u00a0L\u2019auteur pr\u00e9suppose la comp\u00e9tence de son \u00ab\u00a0Lecteur Mod\u00e8le\u00a0\u00bb et, en m\u00eame temps, il <em>l\u2019institue<\/em>\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn15\">[15]<\/a>. Umberto Eco distingue \u00e9galement les textes \u00ab\u00a0ferm\u00e9s\u00a0\u00bb qui programment strictement l\u2019interpr\u00e9tation et les textes \u00ab\u00a0ouverts\u00a0\u00bb qui laissent un certain champ au jeu de la semiosis illimit\u00e9e. Et l\u2019interpr\u00e9tation, processus pragmatique de rationalisation du programme textuel, se distingue des diverses formes d\u2019utilisations, dans lesquelles le lecteur exerce librement son imagination.<\/p>\n<p>La pluralit\u00e9 des sens et donc des interpr\u00e9tations n\u2019est pas nouvelle. Mais jusqu\u2019ici, la polys\u00e9mie \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme le fait du texte lui-m\u00eame, et non de la lecture. Avec la notion de \u00ab\u00a0coop\u00e9ration interpr\u00e9tative\u00a0\u00bb, elle se trouve aussi pleinement du c\u00f4t\u00e9 de la lecture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>B. Du lecteur mod\u00e8le au lecteur r\u00e9el<\/h2>\n<p>Mais ce lecteur, qu\u2019il s\u2019agisse du lecteur implicite d\u2019Iser ou du lecteur mod\u00e8le d\u2019Umberto Eco, reste un lecteur abstrait, th\u00e9orique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le lecteur capable de coop\u00e9rer et de r\u00e9pondre aux injonctions du texte auquel le lecteur r\u00e9el doit s\u2019efforcer de ressembler. Il restait \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au lecteur r\u00e9el, empirique. C\u2019est ce qu\u2019a fait Michel Picard dans <em>La lecture comme jeu <\/em>(1986).<\/p>\n<h3>1. Le lecteur triple de Michel Picard<\/h3>\n<p>Je ne vais pas entrer trop avant dans l\u2019ouvrage de Michel Picard mais retenir surtout ce qui a int\u00e9ress\u00e9 les didacticiens de la litt\u00e9rature, \u00e0 savoir l\u2019id\u00e9e que tout individu conjugue en fait plusieurs identit\u00e9s lorsqu\u2019il lit.<\/p>\n<p>Michel Picard consid\u00e8re le lecteur r\u00e9el, empirique, dans une perspective psychanalytique. \u00ab\u00a0Le vrai lecteur a un corps, il lit avec\u00a0\u00bb. Picard souligne les r\u00e9actions sensibles du lecteur aux sollicitations du texte. Pour d\u00e9crire la r\u00e9ception des textes, il se r\u00e9f\u00e8re au mod\u00e8le du jeu qui peut se pr\u00e9senter sous deux formes, en reprenant la distinction du psychanalyste Winnicott entre \u00ab\u00a0play\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0game\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le \u00ab\u00a0playing\u00a0\u00bb\u00a0: jeux de r\u00f4le ou de simulacre, d\u2019imagination, de fiction, fond\u00e9s sur l\u2019identification \u00e0 une figure imaginaire<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le \u00ab\u00a0game\u00a0\u00bb\u00a0: jeux de r\u00e8gles, de strat\u00e9gie, \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9flexif, comme le jeu d\u2019\u00e9checs.<\/p>\n<p>Le playing \u00ab\u00a0s\u2019enracine dans l\u2019imaginaire du sujet\u00a0\u00bb\u00a0; le game r\u00e9clame la mise \u00e0 distance. La lecture implique ces deux types de jeu, identification et distanciation, toutes deux requises et cadr\u00e9es par le texte.<\/p>\n<p>Dans <em>La Lecture<\/em><em> comme jeu<\/em>, il distingue, au c\u0153ur de l\u2019acte de lire, l\u2019existence de trois instances lectrices dans le lecteur, trois identit\u00e9s qui se superposent et interagissent\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le <em>liseur\u00a0<\/em>: personne physique qui maintient sourdement le contact avec le monde ext\u00e9rieur, corps lisant.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le <em>lu<\/em>, qui renvoie \u00e0 l\u2019inconscient du lecteur qui r\u00e9agit au texte et s\u2019abandonne aux \u00e9motions, si bien qu\u2019on peut dire que la personnalit\u00e9 du lecteur est \u00ab\u00a0lue\u00a0\u00bb, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, par le texte. C\u2019est le lecteur pris au jeu, sujet \u00e0 l\u2019illusion r\u00e9f\u00e9rentielle, l\u2019instance sollicit\u00e9e par le \u00ab\u00a0play\u00a0\u00bb, l\u2019investissement imaginaire.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le <em>lectant\u00a0<\/em>: instance intellectuelle capable de prendre du recul pour interpr\u00e9ter le texte. C\u2019est le lecteur critique, conscient qu\u2019il joue, qui met le texte \u00e0 distance et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la complexit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Dans l\u2019activit\u00e9 de lecture, ces trois instances interf\u00e8rent en un jeu subtil de participation et de distanciation, le liseur et le lu fondant la participation et l\u2019investissement fantasmatique du sujet lecteur, et le lectant instaurant une distance avec le texte. La lecture est ce jeu, ce va-et-vient, ce rapport dialectique entre les diverses instances du sujet lecteur. L\u2019oscillation participation-distanciation nourrit le plaisir du lecteur. En d\u00e9finitive, pour Picard, c\u2019est n\u00e9anmoins la posture distanci\u00e9e qui permet le plaisir esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Le but n\u2019est pas de discuter ici ce mod\u00e8le, qui a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 repris et revu par Vincent Jouve<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn16\">[16]<\/a>. Mais il nous permet de mieux comprendre ce que nous sommes comme lecteurs. D.\u00a0Bucheton, en se fondant \u00e9galement sur la notion d\u2019<em>habitus<\/em>, en a tir\u00e9 une exp\u00e9rience fort int\u00e9ressante qui nous donne un cadre d\u2019analyse plus op\u00e9rationnel pour d\u00e9crire les instances de lecteurs \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez les \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<h3>2. Les \u00ab\u00a0postures de lecture\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience conduite par Dominique Bucheton<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn17\"><strong>[17]<\/strong><\/a><\/h3>\n<p>Elle d\u00e9finit les postures de lecture comme des \u00ab\u00a0modes de lire int\u00e9gr\u00e9s, devenus non-conscients, construits dans l\u2019histoire de la lecture de chaque sujet, convoqu\u00e9s en fonction de la t\u00e2che de lecture, du contexte et de ses enjeux, ainsi que de la sp\u00e9cificit\u00e9 du texte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience, conduite avec trois classes de 3<sup>e<\/sup>, a consist\u00e9 \u00e0 faire lire aux \u00e9l\u00e8ves une nouvelle de D. Daenninckx, <em>La Tire-lire<\/em>, et \u00e0 leur demander un commentaire libre d\u2019une page. L\u2019analyse des textes \u00e9crits a permis \u00e0 D. Bucheton de d\u00e9gager 5 postures de lecture chez les \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<ul>\n<li>Posture 1. <strong>Le texte t\u00e2che.<\/strong> La lecture est rat\u00e9e\u00a0: le texte de l\u2019\u00e9l\u00e8ve a l\u2019apparence d\u2019une t\u00e2che scolaire, d\u00e9pourvue de signification ou dangereuse (\u00e9crire d\u00e9voile). Formes diverses de refus ou sabotage de l\u2019activit\u00e9 demand\u00e9e (lecture partielle du texte ou tr\u00e8s superficielle, avec confusions sur personnages et actions, description technique sans d\u00e9but de construction d\u2019une signification).<\/li>\n<li>Posture 2. <strong>Le texte action.<\/strong> Le lecteur se situe au niveau des personnages qu\u2019il prend pour des personnes. Il cherche \u00e0 bien les comprendre, \u00e0 s\u2019expliquer leurs motivations, la logique de leurs actions. Pour comprendre les actes des personnages, il met en \u0153uvre son propre syst\u00e8me de valeurs morales. Attitude qui l\u2019am\u00e8ne parfois \u00e0 exprimer son \u00e9motion pour les personnages du texte (piti\u00e9, sympathie, rejet), pour les personnes r\u00e9elles que ces personnages symbolisent ou \u00e9voquent (\u00ab\u00a0Cela doit \u00eatre dur\u00a0\u00bb), pour lui-m\u00eame lorsqu\u2019il actualise, par la lecture, ses peurs ou fantasmes (il lit alors le r\u00e9cit comme un miroir de ce qu\u2019il vit ou pourrait vivre). Mais l\u2019\u00e9l\u00e8ve ne confond pas pour autant le r\u00e9cit avec la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: il joue simplement le jeu de la fiction, jeu qui peut aller jusqu\u2019au jugement des personnages.<\/li>\n<li>Posture 3. <strong>Le texte signe.<\/strong> Le texte propos\u00e9 est lu comme une fable et le lecteur prend le texte pour une m\u00e9taphore du message de l\u2019auteur qui reste \u00e0 d\u00e9chiffrer derri\u00e8re la fable. Le texte lu devient le lieu d\u2019une rencontre non avec des personnages, mais avec des id\u00e9es. Il peut \u00eatre per\u00e7u comme un \u00ab\u00a0reflet\u00a0\u00bb d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sur laquelle l\u2019auteur veut attirer notre regard (lecture socio-historique \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9f\u00e9rentiel). Il peut \u00eatre per\u00e7u comme la m\u00e9taphore d\u2019une question, de valeurs mises en jeu\u00a0: le lecteur questionne et analyse les th\u00e8mes, les valeurs du texte, la port\u00e9e symbolique des gestes des personnages.<\/li>\n<li>Posture 4. <strong>Le texte tremplin.<\/strong> Le lecteur utilise le texte pour se laisser aller \u00e0 des r\u00e9flexions personnelles. Le commentaire d\u00e9colle du texte ou s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 partir des r\u00e9alit\u00e9s lues dans le texte. Il est l\u2019expression du point de vue propre du lecteur. Pour certains lecteurs, on a le sentiment que le point de vue \u00e9nonc\u00e9 pr\u00e9existe au commentaire et que le texte lu n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte.<\/li>\n<li>Posture 5, ou posture lettr\u00e9e : <strong>Le texte objet.<\/strong> Le lecteur se pose en dehors du texte et analyse le texte, ses formes, ses effets, la mani\u00e8re dont le texte s\u2019y prend pour construire une signification ou s\u00e9duire le lecteur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019exp\u00e9rience est d\u2019apprendre \u00e0 rep\u00e9rer chez les \u00e9l\u00e8ves des postures de lecture dans diff\u00e9rents \u00e9crits Les cat\u00e9gories de postures sont tr\u00e8s utiles, nous le verrons, pour analyser les carnets de lecture des \u00e9l\u00e8ves et construire des dispositifs didactiques pour les faire \u00e9voluer.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience montrait en outre que d\u2019une part, la posture experte \u00e9tait encore tr\u00e8s peu employ\u00e9e \u00e0 la fin du coll\u00e8ge, d\u2019autre part, que les \u00e9l\u00e8ves du coll\u00e8ge le plus favoris\u00e9 de son \u00e9chantillon \u00e9taient ceux qui \u00e9taient capables, justement, de conjuguer plusieurs postures de lecture. Les modes de lecture des \u00e9l\u00e8ves socialement favoris\u00e9s sont donc \u00e0 la sortie du coll\u00e8ge beaucoup plus flexibles.Ils sont pr\u00eats pour le travail au lyc\u00e9e, ils ont construit l&rsquo;objet litt\u00e9rature sur lequel ils vont travailler, en ont globalement compris la sp\u00e9cificit\u00e9 et ont \u00e9tabli avec lui des rapports priv\u00e9s et scolaires.<\/p>\n<p>Qu\u2019il s\u2019agisse du mod\u00e8le de Picard, de celui de Jouve ou de la notion de posture, ces approches ont nourri la r\u00e9flexion sur la notion de \u00ab\u00a0lecture litt\u00e9raire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>C. Lecture litt\u00e9raire et sujet lecteur<\/h2>\n<h3>1. La notion de \u00ab\u00a0lecture litt\u00e9raire\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Il ne faut pas entendre la lecture litt\u00e9raire simplement comme la lecture de la litt\u00e9rature, lecture qui a connu et conna\u00eet diff\u00e9rentes formes scolaires\u00a0: explication de texte, lecture m\u00e9thodique, lecture analytique.<\/p>\n<p>Employ\u00e9e d\u2019abord par Michel Picard, la notion prend une r\u00e9elle importance dans le champ didactique dans les ann\u00e9es 90 et permet d\u2019interroger l\u2019acte de lecture (scolaire notamment) et de concevoir un enseignement qui ne soit pas seulement centr\u00e9 sur le texte, mais sur la relation texte-lecteur.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une conception de la lecture fond\u00e9e sur une tension entre lecture investie, impliqu\u00e9e (lecture v\u00e9cue intimement dans l\u2019identification et\/ou la projection du lecteur dans les espaces fantasmatiques que propose le texte) et lecture distanci\u00e9e, plus objectiv\u00e9e, appuy\u00e9e sur des outils d\u2019analyse, \u00e9laborant des significations rationnelles.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition prend acte du fait que, lorsqu\u2019il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 un texte qu&rsquo;il est en train de lire, le lecteur n&rsquo;adopte pas seulement la \u00ab\u00a0posture lettr\u00e9e\u00a0\u00bb, rationnelle et savante, qui est celle que construit l&rsquo;enseignement litt\u00e9raire \u00e0 travers ses exercices classiques (commentaire litt\u00e9raire en particulier)\u00a0: il s\u2019implique dans l\u2019\u0153uvre et on va pr\u00e9ciser plus loin de quelle fa\u00e7on. C\u2019est donc bien l\u2019ensemble des postures de lecture qu\u2019il faut prendre en compte dans l\u2019enseignement en commen\u00e7ant par l\u2019investissement du sujet dans sa lecture, n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019actualisation de l\u2019\u0153uvre ou du texte.<\/p>\n<h3>4. Le sujet lecteur<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn18\"><strong>[18]<\/strong><\/a><\/h3>\n<p>La question de la subjectivit\u00e9 du lecteur a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e de mani\u00e8re th\u00e9orique dans la r\u00e9flexion critique sur la litt\u00e9rature\u00a0: il s\u2019agissait d\u2019\u00e9tudier \u00e0 la fois les strat\u00e9gies de sollicitation des lecteurs qui animent les \u0153uvres et les reconfigurations des \u0153uvres par l\u2019activit\u00e9 des lecteurs. La r\u00e9flexion didactique ne s\u2019en est empar\u00e9e qu\u2019ensuite.<\/p>\n<p>En formation, avant d\u2019expliquer de mani\u00e8re th\u00e9orique ce qu\u2019est le sujet lecteur, il est int\u00e9ressant de soumettre le groupe \u00e0 une exp\u00e9rience de lecture pour confronter les fa\u00e7ons diff\u00e9rentes dont chacun actualise l\u2019\u0153uvre. On pourrait demander, comme D. Bucheton, d\u2019\u00e9crire une page libre de commentaire \u00e0 partir d\u2019un texte<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn19\">[19]<\/a>. Mais avec une assembl\u00e9e de professeurs de lettres qui ont appris \u00e0 taire leur subjectivit\u00e9 dans le commentaire, cela ne donne pas de r\u00e9sultat int\u00e9ressant parce qu\u2019on retrouve g\u00e9n\u00e9ralement et presque uniquement la posture dominante de la lecture experte qui analyse le texte de mani\u00e8re distanci\u00e9e. C\u2019est pourquoi, apr\u00e8s la lecture du texte, il est pr\u00e9f\u00e9rable de recourir \u00e0 un questionnaire qui vous oblige \u00e0 un autre type de r\u00e9action et de commentaire\u00a0:<\/p>\n<p><em>1. Ce texte a-t-il produit en vous des images, des sons ou d\u2019autres sensations\u00a0? Si oui, lesquel(le)s\u00a0? Vous renvoie-t-il \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s connues\u00a0? Si oui, lesquelles\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>2. Ce texte a-t-il suscit\u00e9 en vous des associations d\u2019id\u00e9es, des souvenirs personnels\u00a0? A quels moments ? Quelles associations\u00a0? Quels souvenirs ?<\/em><\/p>\n<p><em>3. Ce texte vous a-t-il \u00e9voqu\u00e9 d\u2019autres livres\u00a0? des films\u00a0? des tableaux ou photos\u00a0? Si oui lesquels\u00a0? A propos de quels passages ? Quels souvenirs ? <\/em><\/p>\n<p><em>4. Certaines expressions, certains passages, certains faits vous ont-ils touch\u00e9 ? Si oui, lesquels ? Pourquoi ? <\/em><\/p>\n<p><em>5. Avez-vous partag\u00e9 les attitudes, pens\u00e9es, valeurs de certains personnages ou de l&rsquo;auteur ? Etes-vous rebut\u00e9 par certains aspects ? Le texte vous laisse-t-il indiff\u00e9rent ?<\/em><\/p>\n<p><em>5. Quelle r\u00e9action d&rsquo;ensemble pourriez-vous \u00e9crire ? <\/em><\/p>\n<p>Les \u00e9changes qui ont lieu ensuite pour confronter les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions mettent en \u00e9vidence le caract\u00e8re subjectif de chaque lecture. C\u2019est une exp\u00e9rience qu\u2019on peut faire facilement et utilement en formation pour mieux approcher la notion de sujet lecteur.<\/p>\n<p>Car, comme l\u2019\u00e9crit Pierre Bayard, \u00ab\u00a0le monde que produit le texte litt\u00e9raire est un monde incomplet [\u2026] o\u00f9 des pans entiers de la r\u00e9alit\u00e9 font d\u00e9faut\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn20\">[20]<\/a> et \u00ab\u00a0Le texte se constitu[e] pour une part non n\u00e9gligeable des r\u00e9actions individuelles de tous ceux qui le rencontrent et l\u2019animent de leur pr\u00e9sence\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn21\">[21]<\/a>. Ainsi, \u00e0 partir de failles fictionnelles, voire de d\u00e9tails minuscules, des pans entiers de la vie d\u2019un personnage peuvent \u00eatre \u00ab\u00a0compl\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb. La r\u00e9flexion th\u00e9orique a montr\u00e9 qu\u2019une part de lecture investie existe chez des lecteurs experts, savants, en particulier chez les grands lecteurs que sont les \u00e9crivains (Balzac lecteur de <em>La Chartreuse<\/em><em> de Parme<\/em>,<em> Journal<\/em> de Gide, <em>Journ\u00e9es de lecture<\/em> de Proust, <em>Journal de lectures<\/em> d\u2019Alberto Manguel, P. Dumayet, <em>Autobiographie d\u2019un lecteur<\/em>, Michel Tremblay, <em>Un ange cornu avec des ailes de t\u00f4le<\/em>\u2026)<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019implication du lecteur dans l\u2019\u0153uvre est une n\u00e9cessit\u00e9 fonctionnelle de la lecture litt\u00e9raire. Le lecteur, quel qu\u2019il soit, r\u00e9alise un investissement fictionnel dans l\u2019\u0153uvre tout en affirmant la coh\u00e9rence \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb de sa lecture. En quoi consiste cet investissement\u00a0?<\/p>\n<p>G\u00e9rard Langlade et Marie-Jos\u00e9 Fourtanier ont distingu\u00e9 5 formes de cette reconfiguration de l\u2019\u0153uvre lue par le lecteur qu\u2019ils nomment \u00ab\u00a0activit\u00e9 fictionnalisante\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la concr\u00e9tion imageante et auditive\u00a0: le lecteur produit des images et des sons en compl\u00e9ment de l\u2019\u0153uvre<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019impact esth\u00e9tique\u00a0: le lecteur r\u00e9agit \u00e0 ses caract\u00e9ristiques formelles<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la coh\u00e9rence mim\u00e9tique\u00a0: le lecteur \u00e9tablit des liens de causalit\u00e9 entre les \u00e9v\u00e9nements ou les actions des personnages pour donner de la vraisemblance et de la coh\u00e9rence \u00e0 ce qui peut para\u00eetre incompr\u00e9hensible aux yeux du lecteur.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019activit\u00e9 fantasmatique\u00a0: le lecteur (re)sc\u00e9narise des \u00e9l\u00e9ments d\u2019intrigue \u00e0 partir de son propre imaginaire.<\/p>\n<p>Exemple tir\u00e9 d\u2019un carnet de lecture d\u2019\u00e9l\u00e8ve de seconde sur <em>Madame Bovary<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn23\"><strong>[23]<\/strong><\/a>\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p>Charles me fait penser \u00e0 mon grand p\u00e8re\u00a0; oui, parce que je sais qu\u2019il aime ma grand-m\u00e8re mais tout comme Charles, il passe son temps \u00e0 travailler avec les animaux, dans les champs, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019est pas souvent pr\u00e9sent pr\u00e8s de ma grand-m\u00e8re. Il pense que ce n\u2019est pas n\u00e9cessaire, mais si \u00e7a l\u2019est. En fait, Charles me fait un peu penser \u00e0 une personne \u00e2g\u00e9e qui croit d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il n\u2019a d\u00e9j\u00e0 plus rien \u00e0 vivre, alors que Emma elle, c\u2019est tout le contraire.<\/p>\n<p>Aliz\u00e9<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la r\u00e9action axiologique\u00a0: le lecteur porte des jugements sur l\u2019action et la motivation des personnages<\/p>\n<p>Emma m\u2019\u00e9nerve\u00a0! Comment peut-on \u00eatre \u00ab\u00a0girouette\u00a0\u00bb \u00e0 ce point\u00a0! C\u2019est, pour moi, inimaginable d\u2019\u00eatre comme elle\u00a0! On ne peut pas changer de sentiment du jour au lendemain. Elle est lunatique. Elle repr\u00e9sente le genre de personne que je ne porte pas dans mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>Gr\u00e9gory<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Charles a beau \u00eatre un homme gentil, il reste n\u00e9anmoins quelqu\u2019un d\u2019inint\u00e9ressant\u00a0! Il ne sait rien faire\u00a0! Il faut dire qu\u2019il a eu des parents indignes. Il est vraiment na\u00eff de croire qu\u2019Emma est heureuse\u00a0!<\/p>\n<p>Marion<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Arr\u00eatons-nous sur la concr\u00e9tion imageante\u00a0: il est int\u00e9ressant de faire manifester ces images qui naissent en nous \u00e0 la lecture, par exemple \u00e0 propos des personnages. Elles se r\u00e9v\u00e8lent indirectement quand, par exemple, une adaptation cin\u00e9matographique donne au personnage un physique tout autre que celui que nous avions imagin\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai donc d\u00e9couvert comment Claude Chabrol avait r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 le roman dans son film mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t d\u00e9\u00e7ue. Par exemple, je n\u2019ai pas aim\u00e9 le jeu des personnages\u00a0: ils ne correspondaient pas \u00e0 l\u2019image que je m\u2019en faisais. Je voyais Emma brune, plus jeune et plus na\u00efve, plus passionn\u00e9e et surtout moins froide. Lheureux et Charles tenaient en revanche assez bien leur r\u00f4le m\u00eame si encore une fois Charles ne colle pas vraiment \u00e0 l\u2019image que j\u2019avais de lui. (Camille)<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn24\">[24]<\/a><\/p>\n<p>Voir aussi comment Pierre Bayard, dans sa pr\u00e9face au colloque sur <em>Le Texte du lecteur<\/em>, joue \u00e0 imaginer Julien Sorel noir<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn25\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p>On peut aussi mettre cette activit\u00e9 imageante du lecteur au service de l\u2019interpr\u00e9tation comme l\u2019a fait B\u00e9n\u00e9dicte Shawky-Milcent dans une classe de 2<sup>de<\/sup> \u00e0 Compi\u00e8gne<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn26\">[26]<\/a>. Elle fait lire et \u00e9tudier \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves <em>Le Chef d\u2019\u0153uvre inconnu<\/em>. Cette lecture est accompagn\u00e9e d\u2019un carnet de lecture (j\u2019y reviendrai) que les \u00e9l\u00e8ves sont invit\u00e9s \u00e0 enrichir apr\u00e8s les s\u00e9ances en classe. A propos du personnage de Frenhofer, voici le premier \u00e9crit d\u2019A., lyc\u00e9en \u00e0 la limite de l\u2019abandon de ses \u00e9tudes\u00a0:<\/p>\n<p>Un vieillard arrive, on d\u00e9crit son physique longtemps, puis il frappe \u00e0 la porte. Porbus ouvre et il entre avec le jeune homme. Je me demande qui est cet homme, et je ris int\u00e9rieurement en voyant son physique.<\/p>\n<p>Puis son deuxi\u00e8me \u00e9crit apr\u00e8s l\u2019\u00e9change en classe sur le d\u00e9nouement\u00a0:<\/p>\n<p>Frenhofer est pr\u00e9sent\u00e9 ici comme un vieil homme, ayant l\u2019air bizarre, mais qui se comporte toutefois comme un gentleman. Il a l\u2019air vieux et fatigu\u00e9 par la vie, tout en laissant appara\u00eetre une certaine jeunesse. Il me fait penser \u00e0 un monsieur que je connais, pas dans le style vestimentaire, mais sur le premier jugement que l\u2019on peut porter sur quelqu\u2019un. Il a tellement d\u2019assurance qu\u2019on croirait presque que cet homme cache de grandes choses qui peuvent choquer des vies. C\u2019est comme \u00e7a que je vois cet homme et la premi\u00e8re lecture ne laissait pas para\u00eetre un tel jugement.<\/p>\n<p>Enfin, il est pr\u00e9vu une lecture analytique du portrait. Le professeur d\u00e9cide de s\u2019appuyer sur son propre texte int\u00e9rieur pour proposer un nouveau questionnement sur le portrait de Frenhofer avant son \u00e9tude en classe. Constatant qu\u2019elle ne parvient pas \u00e0 \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb Frenhofer (surgit \u00e0 la place, lorsqu\u2019elle lit ce texte, un portrait de Rembrandt ou d\u2019autres portraits balzaciens), elle demande aux \u00e9l\u00e8ves\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Voyez-vous Frenhofer, parvenez-vous \u00e0 vous le repr\u00e9senter\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Votre imagination ajoute-t-elle des d\u00e9tails \u00e0 la description\u00a0?<\/p>\n<p>Au moment de l\u2019\u00e9change oral, elle d\u00e9voile elle-m\u00eame quelques-unes de ses impressions de lecture, ce qui lib\u00e8re la parole d\u2019\u00e9l\u00e8ves souvent silencieux. Surtout, les impressions de lecture des uns et des autres ont fourni une cl\u00e9 pour l\u2019interpr\u00e9tation du texte\u00a0: la difficult\u00e9 \u00e0 voir Frenhofer, l\u2019appel \u00e0 l\u2019imagination du lecteur pour compl\u00e9ter l\u2019image imparfaite du peintre offerte par le romancier \u00e9tait l\u2019un des proc\u00e9d\u00e9s balzaciens pour cr\u00e9er un effet de myst\u00e8re et souligner la complexit\u00e9 du personnage<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn27\">[27]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 imageante n\u2019est sans doute pas assez sollicit\u00e9e actuellement et surtout pas mise au service de la compr\u00e9hension et de l\u2019interpr\u00e9tation comme le montre cet exemple r\u00e9cent dans une classe de 5<sup>e<\/sup>\u00a0: apr\u00e8s l\u2019\u00e9tude d\u2019un extrait de Chr\u00e9tien de Troyes (la premi\u00e8re rencontre de Perceval avec des chevaliers), le professeur demande aux \u00e9l\u00e8ves comment ils dessineraient Perceval, l\u2019\u00e9change oral sur cette repr\u00e9sentation du personnage pr\u00e9c\u00e9dant une lecture d\u2019image. Mais une telle question, et mieux encore la demande de dessiner le personnage, aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus int\u00e9ressante apr\u00e8s la lecture du texte pour voir ce que les \u00e9l\u00e8ves avaient \u00ab\u00a0vu\u00a0\u00bb au cours de leur lecture et pour construire l\u2019analyse du texte \u00e0 partir de ces repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous l\u2019avons vu, l\u2019activit\u00e9 du lecteur conduit \u00e0 une reconfiguration de l\u2019\u0153uvre lue et \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du texte singulier du lecteur. Comment partir de ce texte singulier et subjectif pour aller vers une lecture plus collective et apprendre d\u2019autres postures qui permettent aussi un regard plus distanci\u00e9 sur le texte, sans nier pour autant l\u2019investissement subjectif\u00a0? Nous en avons donn\u00e9 un premier exemple et nous allons maintenant essayer de voir plus pr\u00e9cis\u00e9ment comment on pourrait placer le texte du lecteur au c\u0153ur de notre enseignement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>II. Une didactique de l\u2019implication du lecteur est-elle possible dans le cadre de la classe\u00a0?<\/h1>\n<h2>A. Les difficult\u00e9s \u00e0 surmonter<\/h2>\n<h3>1. Une tradition scolaire vou\u00e9e \u00e0 la construction d\u2019une posture experte et distanci\u00e9e<\/h3>\n<p>Accepter de faire sa place \u00e0 la lecture subjective est en soi un d\u00e9fi. En effet, la lecture impliqu\u00e9e est consid\u00e9r\u00e9e <em>a priori<\/em> comme d\u00e9valu\u00e9e\u00a0: traditionnellement, elle est rapport\u00e9e aux lectures cr\u00e9dules, imm\u00e9diates, c\u2019est-\u00e0-dire enfantines, populaires, non savantes\u2026 Tout l\u2019effort de l\u2019\u00e9cole a \u00e9t\u00e9 d\u2019endiguer l\u2019implication affective des \u00e9l\u00e8ves pour les amener \u00e0 la lecture distanci\u00e9e de l\u2019expert et du lettr\u00e9. Et il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une tendance de longue dur\u00e9e puisque, pour Lanson d\u00e9j\u00e0, il importait avant tout d\u2019\u00e9chapper aux caprices du lecteur en atteignant \u00ab\u00a0une connaissance impersonnelle v\u00e9rifi\u00e9e\u00a0\u00bb des \u0153uvres<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>Or, on voudrait maintenant faire place en classe \u00e0 la lecture subjective des \u00e9l\u00e8ves, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 leurs \u00e9motions, \u00e0 leur possible identification ou projection, \u00e0 leurs jugements sur les personnages, sur les valeurs mises en jeu, \u00e0 toutes les formes de r\u00e9actions, y compris n\u00e9gatives, \u00e0 tout ce qu\u2019apporte leur imaginaire dans les blancs du texte, m\u00eame s\u2019ils peuvent sembler s\u2019\u00e9garer loin des intentions du texte.<\/p>\n<p>Jean-Fran\u00e7ois Massol et B\u00e9n\u00e9dicte Shawky-Milcent ont mis en \u00e9vidence, au colloque sur \u00ab\u00a0Le texte du lecteur\u00a0\u00bb (Toulouse, 2008), les relations, souvent d&rsquo;opposition, qui existent entre la posture lettr\u00e9e telle que l&rsquo;exige le commentaire actuel et la subjectivit\u00e9 lectrice<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn29\">[29]<\/a>. Ainsi on peut opposer selon eux :<\/p>\n<p>l. la \u00ab\u00a0concr\u00e9tisation imageante et auditive\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn30\">[30]<\/a> <em>versus<\/em> la m\u00e9fiance de la lecture lettr\u00e9e pour les ajouts personnels ;<\/p>\n<p>2. les recompositions auxquelles proc\u00e8de le sujet lecteur <em>versus<\/em> le respect des \u00ab\u00a0droits du texte\u00a0\u00bb dont la d\u00e9couverte est guid\u00e9e par le lecteur mod\u00e8le ; la \u00ab\u00a0coh\u00e9rence mim\u00e9tique\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn31\">[31]<\/a> qui \u00e9tablit des liens de causalit\u00e9 entre les \u00e9v\u00e9nements ou les actions des personnages s\u2019oppose de fait\u00e0 une conception de l&rsquo;\u0153uvre consid\u00e9r\u00e9e dans une int\u00e9gralit\u00e9 qui suppose d&#8217;embl\u00e9e une pleine coh\u00e9rence.<\/p>\n<p>3 la \u00ab\u00a0r\u00e9action axiologique\u00a0\u00bb qui am\u00e8ne le lecteur \u00e0 porter des jugements sur l&rsquo;action et la motivation des personnages <em>versus<\/em> l&rsquo;habitude r\u00e9cente de l&rsquo;objectivit\u00e9 du regard sur le texte, laquelle emp\u00eache de s&rsquo;int\u00e9resser aux personnages comme personnes.<\/p>\n<p>Les deux postures ne sont pas fondamentalement antith\u00e9tiques, cependant. Sur un certain nombre d\u2019aspects, Jean-Fran\u00e7ois Massol et B\u00e9n\u00e9dicte Shawky-Milcent envisagent des \u00e9volutions du lecteur, des changements plus faciles de posture, des articulations aussi\u00a0:<\/p>\n<p>1. Si le lecteur subjectif ressent le probl\u00e8me moral ou id\u00e9ologique qui est celui des personnages, le professeur peut en tirer profit pour analyser la question morale ou id\u00e9ologique pos\u00e9e dans le texte en suscitant un changement\u00a0 de point de vue.<\/p>\n<p>2. \u00ab\u00a0Les plaisirs d\u2019un lecteur priv\u00e9 sont d\u2019ordre affectif dans la participation, ou d\u2019ordre esth\u00e9tique quand l\u2019\u00e9motion ressentie est rapport\u00e9e aux constructions textuelles et stylistiques\u00a0; c\u2019est, en revanche, un plaisir intellectuel que peut procurer la construction et l\u2019\u00e9criture d\u2019un commentaire.\u00a0\u00bb L\u00e0 encore, le professeur peut faire percevoir cette \u00ab\u00a0augmentation des plaisirs par ajout\u00a0\u00bb qui peut \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment facilitateur.<\/p>\n<p>3. Si la lecture subjective peut faire courir le risque d\u2019un obscurcissement du texte, la qu\u00eate d\u2019une certaine clart\u00e9 dans la lecture collective d\u2019un texte en classe peut \u00eatre une r\u00e9ponse \u00e0 une lecture personnelle difficile \u00ab\u00a0dans un mouvement dynamique d\u2019interrogations sur le texte et sur soi\u00a0\u00bb. (Nous verrons en quoi la pratique du d\u00e9bat interpr\u00e9tatif constitue une proposition didactique particuli\u00e8rement int\u00e9ressante pour cette lecture collective.)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si donc, lecture lettr\u00e9e et lecture subjective sont \u00e9loign\u00e9es sur un certain nombre de plans, des passages paraissent possibles entre les deux. L\u2019enjeu n\u2019est pas de toute fa\u00e7on, on l\u2019a dit, de remplacer une posture de lecture par une ou plusieurs autres, mais bien d\u2019apprendre \u00e0 reconna\u00eetre ces postures et \u00e0 savoir passer de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre en fonction des besoins.<\/p>\n<h3>2. Conjuguer lectures individuelles et lecture collective\u00a0:<\/h3>\n<p>Si la premi\u00e8re difficult\u00e9 est de consentir \u00e0 accueillir, voire \u00e0 encourager, les lectures effectives des \u00e9l\u00e8ves, c\u2019est-\u00e0-dire des lectures marqu\u00e9es par les \u00ab\u00a0r\u00e9actions personnelles, partielles et partiales, entach\u00e9es d\u2019erreurs et embrouill\u00e9es par le jeu multiple des connotations\u00a0\u00bb (J. Bellemin-No\u00ebl cit\u00e9 par G. Langlade), la deuxi\u00e8me, une fois qu\u2019on les a accueillies, est de savoir comment parvenir \u00e0 une lecture collective malgr\u00e9 tout, sans se contenter de l\u2019expression juxtapos\u00e9e de ces lectures subjectives. Cela n\u00e9cessite forc\u00e9ment \u00e9change et confrontations pour d\u00e9gager ce qui, dans une lecture, est partageable par tous. Mais la classe n\u2019est-elle pas le lieu par excellence qui permet ces confrontations.<\/p>\n<h3>3. Recueillir la trace des lectures subjectives et les textes de lecteurs des \u00e9l\u00e8ves\u00a0:<\/h3>\n<p>Travailler sur les lectures subjectives des \u00e9l\u00e8ves suppose de pouvoir porter un regard sur les processus de lecture, soit pour identifier les postures mises en \u0153uvre, soit pour les faire \u00e9voluer, soit pour les confronter, soit encore pour voir comment la lecture \u00e9volue au fur et \u00e0 mesure des activit\u00e9s en classe. Pour cela, il faut pouvoir garder la trace de ce qui, le plus g\u00e9n\u00e9ralement, n\u2019en laisse pas\u00a0: il faut donc inventer de nouveaux supports, de nouvelles formes pour les recueillir.<\/p>\n<h3>4. Prendre le temps de faire place \u00e0 la lecture subjective des \u00e9l\u00e8ves\u00a0:<\/h3>\n<p>Donner du temps \u00e0 des pratiques nouvelles lorsqu\u2019on a en permanence le sentiment d\u2019en manquer peut sembler difficile. Mais on verra que dans bien des cas, cela permet d\u2019en gagner.<\/p>\n<h3>5. Repenser les corpus pour favoriser l\u2019investissement subjectif des \u00e9l\u00e8ves\u00a0:<\/h3>\n<p>Jusqu\u2019ici, les textes sont souvent choisis pour illustrer des probl\u00e9matiques litt\u00e9raires, pas forc\u00e9ment pour leur charge \u00e9motive ou les valeurs qu\u2019ils mettent en jeu. Ce qui ne veut pas dire pour autant faire des choix de facilit\u00e9, ou de chercher ce qui va plaire au plus grand nombre. Je donnerais ainsi l\u2019exemple du succ\u00e8s <em>a priori<\/em> inattendu rencontr\u00e9 par une jeune enseignante stagiaire avec <em>Huis-clos<\/em>, \u0153uvre avec laquelle elle a exp\u00e9riment\u00e9 un carnet de lecture et qui a int\u00e9ress\u00e9 la majorit\u00e9 de sa classe de 2de, pourtant en difficult\u00e9 avec le fran\u00e7ais. Un autre exemple nous est donn\u00e9 par Annie Portelette, professeur et formatrice dans l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil, dans une s\u00e9quence sur l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em>\u00a0: prenant conscience de l\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00e9l\u00e8ves pour le personnage de T\u00e9l\u00e9maque, alors qu\u2019elle se centrait davantage habituellement sur Ulysse et son voyage, elle d\u00e9cide de choisir la probl\u00e9matique de la relation p\u00e8re-fils, qui parle \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves, et constitue un groupementd e textes autour de trois couples\u00a0: Ulysse et T\u00e9l\u00e9maque, D\u00e9dale et Icare, Ph\u00e9bus et Pha\u00e9ton. Elle constate\u00a0:<\/p>\n<p>Les commentaires des \u00e9l\u00e8ves t\u00e9moignent de l\u2019identification aux personnages et aux situations qui favorise l\u2019engagement dans la lecture\u00a0: probl\u00e8me de l\u2019autorit\u00e9 des p\u00e8res et de la responsabilit\u00e9 des adultes (\u00ab\u00a0D\u00e9dale ne sait pas se faire ob\u00e9ir et son fils meurt\u00a0\u00bb), probl\u00e8mes de p\u00e8re absent, de parents s\u00e9par\u00e9s (\u00ab\u00a0Ph\u00e9bus c\u00e8de tout \u00e0 son fils\u2026 Oui, mais c\u2019est parce qu\u2019il ne vit pas avec lui, alors il ne peut pas vraiment lui refuser.\u00a0\u00bb).<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn32\">[32]<\/a><\/p>\n<h2>B. Pourquoi il faut malgr\u00e9 tout faire place au sujet lecteur dans la classe<\/h2>\n<h3>1. Reconna\u00eetre le sujet lecteur qu\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e8ve, condition de sa motivation\u00a0:<\/h3>\n<p>Il s\u2019agit donc de jeter d\u00e9sormais un regard positif sur ce qui appara\u00eet comme la marque d\u2019un investissement personnel\u00a0: identification et illusion r\u00e9f\u00e9rentielle appartiennent \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience litt\u00e9raire et sont grandement pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 la posture d\u2019ext\u00e9riorit\u00e9. Et il ne faut pas h\u00e9siter non plus \u00e0 inviter les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 s\u2019exprimer sur leurs plaisirs ou d\u00e9plaisirs de lecture. C\u2019est une r\u00e9ponse possible \u00e0 l\u2019absence d\u2019engagement des \u00e9l\u00e8ves dans des \u00e9l\u00e8ves dans la lecture prescrite \u00e0 l\u2019\u00e9cole et en particulier dans la lecture analytique. Ce manque d\u2019engagement n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant\u00a0: la lecture analytique entend former un lecteur habile \u00e0 r\u00e9pondre aux injonctions du texte et ce lecteur en tant que sujet n\u2019a gu\u00e8re voix au chapitre. Du coup, bien souvent, l\u2019\u00e9l\u00e8ve ne s\u2019investit pas dans sa lecture. Et c\u2019est encore plus vrai pour les \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 que les dispositifs qui font v\u00e9ritablement appel \u00e0 l\u2019investissement subjectif permettent \u00e0 l\u2019inverse de remotiver.<\/p>\n<p>Les programmes du lyc\u00e9e nous demandent d\u2019ailleurs de \u00ab\u00a0favoriser cet engagement des \u00e9l\u00e8ves dans leur travail\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019appropriation par les \u00e9l\u00e8ves de ces connaissances et de ces capacit\u00e9s suppose que soient mises en place des activit\u00e9s vari\u00e9es permettant une approche vivante des apprentissages. Le professeur vise, dans la conception de son projet et dans sa r\u00e9alisation p\u00e9dagogique, \u00e0 favoriser cet engagement des \u00e9l\u00e8ves dans leur travail.<\/p>\n<p>Voici le t\u00e9moignage que livre Colette Buguet-M\u00e9lan\u00e7on, professeure qu\u00e9becoise en c\u00e9gep, derni\u00e8re ann\u00e9e du cycle secondaire, qui accueille des \u00e9l\u00e8ves de niveau tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et pratique le carnet de lecture\u00a0:<\/p>\n<p>Le prise de conscience de leur <em>statut de lecteur<\/em> donne g\u00e9n\u00e9ralement aux \u00e9l\u00e8ves un sentiment de valorisation qui favorise leurs efforts et place la ma\u00eetrise des proc\u00e9d\u00e9s d\u2019analyse dans une perspective plus am\u00e8ne et dynamique. Fiers de leur droit \u00e0 la \u00ab\u00a0libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0\u00bb, ils se pr\u00eatent de meilleure gr\u00e2ce au jeu de la coop\u00e9ration interpr\u00e9tative.<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn33\">[33]<\/a><\/p>\n<p>Dans un contexte fran\u00e7ais, Sylviane Ahr qui a exp\u00e9riment\u00e9 le carnet de lecteur au coll\u00e8ge et en 6<sup>e<\/sup>, confirme l\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00e9l\u00e8ves \u00ab\u00a0qui appr\u00e9cient de pouvoir t\u00e9moigner de leur rencontre singuli\u00e8re avec un texte\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn34\">[34]<\/a>.<\/p>\n<h3>2. Prendre en compte le texte du lecteur pour s\u2019assurer que la lecture \u00ab\u00a0fonctionne\u00a0\u00bb\u00a0:<\/h3>\n<p>L\u2019\u0153uvre ne peut v\u00e9ritablement exister que lorsqu\u2019elle est \u00ab\u00a0produite\u00a0\u00bb par un lecteur. Il y a n\u00e9cessit\u00e9 fonctionnelle de l\u2019intervention subjective dans l\u2019\u0153uvre. Or, que sait-on de \u00ab\u00a0l\u2019activit\u00e9 liseuse\u00a0\u00bb (M. de Certeau) des \u00e9l\u00e8ves\u00a0? De la mani\u00e8re dont ils compl\u00e8tent le texte pour lui donner sens\u00a0? des images mentales qu\u2019il provoque chez eux\u00a0? des sc\u00e9narios que la lecture active (ou n\u2019active pas)\u00a0? Avant m\u00eame d\u2019engager une analyse litt\u00e9raire, il faut savoir quel texte singulier chaque \u00e9l\u00e8ve a \u00e9labor\u00e9. Des projections fantasmatiques aberrantes peuvent emp\u00eacher d\u2019autres postures de lecture, ou tout simplement des compr\u00e9hensions reconstruites \u00e0 partir de lectures partielles raccroch\u00e9es \u00e0 des sc\u00e9narios connus. C\u2019est ainsi que la premi\u00e8re sc\u00e8ne de <em>Ruy Blas<\/em> donn\u00e9e \u00e0 lire \u00e0 des \u00e9tudiants de 1<sup>re<\/sup> ann\u00e9e de lettres modernes au premier cours de cette ann\u00e9e universitaire avec la consigne d\u2019\u00e9crire ensuite ce qu\u2019ils avaient compris a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la recomposition singuli\u00e8re du texte op\u00e9r\u00e9 par un certain nombre de ces \u00e9tudiants\u00a0: en difficult\u00e9 pour comprendre le texte, par un effet de \u00ab\u00a0coh\u00e9rence mim\u00e9tique\u00a0\u00bb qui fait appel \u00e0 des sc\u00e9narios qui leur sont plus familiers que celui propos\u00e9 par <em>Ruy Blas<\/em>, ils voient en Don Salluste le mari de la reine, un mari volage qui l\u2019a tromp\u00e9e avec une servante, qu\u2019elle chasse en \u00e9pouse ourag\u00e9e, et qui va m\u00eame, pour certains, rejoindre la servante pour filer avec elle le parfait amour en attendant de se venger. Une explication de texte engag\u00e9e sans prendre le temps de la paraphrase ou du r\u00e9sum\u00e9 de la sc\u00e8ne n\u2019aurait pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ces textes de lecteurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3. Accepter la pluralit\u00e9 des lectures comme constitutives du texte litt\u00e9raire\u00a0:<\/h3>\n<p>Pour conjurer le risque de formalisme et de technicisme, les programmes inviquent d\u00e9sormais le \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb. Programmes du coll\u00e8ge\u00a0:<\/p>\n<p>Les diverses d\u00e9marches d\u2019analyse critique ainsi qu\u2019un n\u00e9cessaire vocabulaire technique, qui doit rester limit\u00e9, ne constituent pas des objets en eux-m\u00eames\u00a0; ils sont au service de la compr\u00e9hension et de la r\u00e9flexion sur le sens.<\/p>\n<p>Programmes du lyc\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>La lecture analytique vise la construction progressive et pr\u00e9cise de la signification d\u2019un texte, quelle qu\u2019en soit l\u2019ampleur\u00a0;<\/p>\n<p>Mais attention \u00e0 ce singulier qui pourrait laisser croire qu\u2019il y a un sens \u00e0 trouver. R\u00e9agissant \u00e0 un propos de Todorov qui affirmait que le but de l\u2019enseignement \u00ab\u00a0est constitu\u00e9 par le sens des textes, \u00e0 travers lequel sont soulev\u00e9es des questions essentielles concernant la structure du moi, la place de l\u2019homme dans le monde, les relations des hommes entre eux\u00a0\u00bb, Fran\u00e7ois Quet \u00e9crit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>La nature de ce sens que les textes portent, les conditions de son \u00e9laboration ou de son \u00e9piphanie, les types de connaissances ou de v\u00e9rit\u00e9s que les lecteurs construisent dans leur relation avec le texte ne semblent faire l\u2019objet d\u2019aucun d\u00e9bat, d\u2019aucune complexit\u00e9.<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn35\">[35]<\/a><\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019autant plus \u00e9crasant pour l\u2019\u00e9l\u00e8ve que ce \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9ralement cach\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re lecture, est d\u00e9tenu par l\u2019enseignant. Il faut donc le retrouver comme on retrouverait la cl\u00e9 d\u2019une \u00e9nigme, en r\u00e9pondant aux questions-indices pos\u00e9es par l\u2019enseignant. Ce jeu intellectuel n\u2019est pas forc\u00e9ment sans int\u00e9r\u00eat et certains \u00e9l\u00e8ves s\u2019y pr\u00eatent volontiers, mais il ne permet pas de former un lecteur autonome et confiant dans ses capacit\u00e9s de lecture et exclut nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Le sens ne va pas de soi, non parce qu\u2019il serait cach\u00e9 quelque part au fond du texte, mais parce qu\u2019il requiert la coop\u00e9ration du lecteur et que le lecteur mod\u00e8le n\u2019existe pas.<\/p>\n<p>Mais comment faire advenir ces lectures subjectives lorsque les \u00e9l\u00e8ves ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t habitu\u00e9s \u00e0 chercher la bonne lecture, \u00e0 travers le jeu des questions pos\u00e9es sur le texte, et \u00e0 taire toute forme d\u2019investissement personnel dans la lecture et de r\u00e9action subjective non autoris\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>III. Quelles pratiques pour faire place au sujet lecteur\u00a0?<\/h1>\n<h2>A. Un pr\u00e9alable pour l\u2019enseignant\u00a0: construire son identit\u00e9 de lecteur<\/h2>\n<p>1. Etre conscient de ce qu\u2019on est comme lecteur pour mieux comprendre et donc enseigner la lecture litt\u00e9raire<\/p>\n<p>2. Se placer aussi comme sujet lecteur devant la classe (et notamment comme lecteur pluriel) et pas seulement comme d\u00e9tenteur d\u2019un savoir-lire qui peut sembler inaccessible pour certains \u00e9l\u00e8ves<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas inutile, en effet, qu\u2019avant de susciter chez les \u00e9l\u00e8ves des exp\u00e9riences personnelles de lecture, un futur enseignant se connaisse comme lecteur. Se conna\u00eetre comme lecteur, c\u2019est \u00e0 la fois \u00eatre conscient de ses postures de lecture, de ce qu\u2019on investit dans la lecture affectivement et intellectuellement, des reconfigurations qu\u2019op\u00e8re son \u00ab\u00a0activit\u00e9 fictionnalisante\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn36\">[36]<\/a>, des exp\u00e9riences de lecture qui ont pu contribuer \u00e0 former son identit\u00e9. Et c\u2019est aussi reconna\u00eetre ses go\u00fbts et ses choix de lecture personnels et leur relation avec les choix faits pour les \u00e9l\u00e8ves\u2026 Lire des autobiographies de lecteurs ou \u00e9crire sa propre autobiographie de lecteur peut donc se r\u00e9v\u00e9ler particuli\u00e8rement \u00e9clairant<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn37\">[37]<\/a>. Cette d\u00e9marche pr\u00e9alable permet de retracer son itin\u00e9raire de lecteur en partant de celui qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 (ou croit avoir \u00e9t\u00e9) pour s\u2019interroger sur ce qu\u2019on est aujourd&rsquo;hui et esquisser ainsi \u00e0 grands traits son autoportrait de lecteur. Ce retour sur soi ouvre naturellement \u00e0 une projection de soi dans son r\u00f4le de \u00ab\u00a0ma\u00eetre de lecture\u00a0\u00bb et amorce un d\u00e9centrement et une prise de conscience de discordances \u00e9ventuelles entre ses go\u00fbts et ses pratiques r\u00e9els de lecteur et ce qu\u2019on suppose devoir afficher ou enseigner. On d\u00e9couvre ainsi ce qui s\u00e9pare (peut-\u00eatre) son propre rapport \u00e0 la lecture des modes de lecture que l\u2019on fait pratiquer en classe et on se d\u00e9couvre soi-m\u00eame le plus souvent un lecteur pluriel, capable d\u2019adopter plusieurs postures au cours d\u2019une m\u00eame lecture<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn38\">[38]<\/a>. Ainsi, une lecture peut \u00eatre v\u00e9cue de mani\u00e8re impliqu\u00e9e tout en analysant les effets produits par le texte. Et on peut \u00e9galement adopter des postures diff\u00e9rentes selon les \u0153uvres lues. Rien n\u2019emp\u00eache \u00e9galement de tenir son propre journal de lecture et de recueillir ses propres textes de lecteur.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit aussi de s\u2019interroger sur le rapport entre ses propres go\u00fbts et les \u0153uvres donn\u00e9es \u00e0 lire en classe. Puisque susciter le go\u00fbt de lire est un des objectifs que doit se donner l\u2019enseignant, doit-il ne donner \u00e0 lire que des textes qu\u2019il aime\u00a0? Et dans ce cas, comment fait-il avec des \u0153uvres au programme avec lesquelles il ne se sent aucune affinit\u00e9\u00a0? Susciter le plaisir de lire suppose-t-il un effet de contagion du plaisir que l\u2019enseignant ressent \u00e0 sa lecture\u00a0? Ou peut-on le susciter autrement\u00a0? Certes, si on ne cro\u00eet pas \u00e0 l\u2019importance de la lecture pour se d\u00e9couvrir ou se construire, \u00e9laborer son int\u00e9riorit\u00e9, sa subjectivit\u00e9, si elle n\u2019est pas une exp\u00e9rience essentielle de sa propre vie, il sera difficile d\u2019en convaincre des \u00e9l\u00e8ves. Mais il ne s\u2019agit pas pour autant de proposer des textes qui ont eu pour soi des r\u00e9sonances particuli\u00e8res ou des effets \u00e9motionnels forts. Comme le rappelle Mich\u00e8le Petit, les rencontres en lecture sont impr\u00e9visibles et il est vain de chercher a priori ce qui pourra toucher une classe d\u2019adolescents. S\u2019il n\u2019est pas question de pr\u00e9tendre renoncer \u00e0 la subjectivit\u00e9, il s\u2019agit de la situer dans un rapport plus large \u00e0 la lecture. Et il faut faire confiance aux textes riches de la litt\u00e9rature pour provoquer ces rencontres qui peuvent avoir un effet sur le lecteur. Ajoutons que le rapport de l\u2019enseignant \u00e0 un texte n\u2019est pas fig\u00e9 et seulement inscrit dans son pass\u00e9 de lecteur\u00a0: il peut lui arriver de d\u00e9couvrir la richesse d\u2019une \u0153uvre, pour laquelle il avait <em>a priori<\/em> peu de go\u00fbt ou d\u2019int\u00e9r\u00eat, \u00e0 l\u2019occasion de son \u00e9tude dans le cadre de la classe. Car l\u2019enjeu affectif n\u2019est pas le tout de la lecture\u00a0: il faut lui adjoindre par exemple le plaisir intellectuel de la compr\u00e9hension, de la d\u00e9couverte de significations nouvelles tout comme celui d\u2019apprendre. Sans cette confiance dans la litt\u00e9rature, et si on ne trouve pas sens soi-m\u00eame ou int\u00e9r\u00eat \u00e0 la lecture de ces textes, ils ne sont plus qu\u2019un devoir scolaire impos\u00e9 par l\u2019institution \u00e0 l\u2019enseignant comme aux \u00e9l\u00e8ves, priv\u00e9s de toute force agissante et ne pouvant que susciter l\u2019ennui. Plus profond\u00e9ment, il s\u2019agit donc d\u2019abord de redonner sens pour soi \u00e0 l\u2019enseignement de la litt\u00e9rature et de ne pas s\u2019engager dans cette \u00ab\u00a0pratique sans croyance\u00a0\u00bb qui est peut-\u00eatre aussi bien souvent celle de certains enseignants.<\/p>\n<p>NB\u00a0: les autobiographies de lecteur sont \u00e9galement int\u00e9ressantes \u00e0 faire pratiquer aux \u00e9l\u00e8ves, comme l\u2019a fait Annie Rouxel\u00a0; mais on voit bien le risque qu\u2019il y aurait \u00e0 les g\u00e9n\u00e9raliser. On pourrait imaginer deux moments de la scolairit\u00e9 o\u00f9 il serait utile de s\u2019arr\u00eater plus longuement sur ce qu\u2019on est en tant que lecteur\u00a0: en 6<sup>e<\/sup>, o\u00f9 on pourrait faire son portrait de lecteur \u00e0 partir de la question \u00ab\u00a0Quel lecteur suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb, comme nous y invite Annie Portelette<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn39\">[39]<\/a>, et en seconde pour les autobiographies de lecteurs, les \u00e9l\u00e8ves ayant d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re eux une exp\u00e9rience relativement longue de lecture.<\/p>\n<h2>B. Un autre pr\u00e9alable\u00a0: partir de la r\u00e9ception des textes par les \u00e9l\u00e8ves<\/h2>\n<p>Revenons maintenant \u00e0 la lecture des \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Les programmes, de coll\u00e8ge comme de lyc\u00e9e, nous demandent de partir des r\u00e9actions des \u00e9l\u00e8ves. Au coll\u00e8ge, il faut \u00ab\u00a0s\u2019appuyer sur une approche intuitive, sur les r\u00e9actions spontan\u00e9es de la classe, pour aller vers une interpr\u00e9tation raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au lyc\u00e9e, la lecture analytique \u00ab\u00a0consiste donc en un travail d\u2019interpr\u00e9tation que le professeur conduit avec ses \u00e9l\u00e8ves, \u00e0 partir de leurs r\u00e9actions et de leurs propositions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comment partir de la r\u00e9ception r\u00e9elle du texte par les \u00e9l\u00e8ves\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>C. Proposer d\u2019autres modes de questionnement sur les textes<\/h2>\n<p>Trop souvent encore, l\u2019entr\u00e9e dans le texte se fait par des r\u00e9ponses \u00e0 un questionnement \u00e9labor\u00e9 par l\u2019enseignant pour orienter la lecture de l\u2019\u00e9l\u00e8ve et le conduire \u00e0 la lecture analytique pr\u00e9construite par l\u2019enseignant, questions qui n\u2019engagent en rien la lecture effective des \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que la lecture de Moli\u00e8re au coll\u00e8ge devient g\u00e9n\u00e9ralement le pr\u00e9texte pour analyser les diff\u00e9rentes formes du comique sans que les textes ne fassent plus rire personne, y compris l\u2019enseignant qui se croit oblig\u00e9 \u00e0 cette \u00e9tude. Or il n\u2019est pas s\u00fbr que Moli\u00e8re fasse rire ni m\u00eame sourire les \u00e9l\u00e8ves aujourd\u2019hui, pour bien des raisons dont certaines tiennent \u00e0 la distance temporelle marqu\u00e9e aussi bien par la langue que par le fait qu\u2019on ne rit pas des m\u00eames choses \u00e0 toutes les \u00e9poques. Mais encore faudrait-il partir de la r\u00e9ception r\u00e9elle du texte par les \u00e9l\u00e8ves, peut-\u00eatre rat\u00e9e du point de vue de l\u2019effet comique, mais qui ne fait pas semblant de croire \u00e0 cet effet pour rentrer dans les cadres de la lecture acad\u00e9mique. C\u2019est \u00e0 ce prix qu\u2019on pourra alors faire d\u00e9couvrir, par d\u2019autres voies, la <em>vis comica<\/em> de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Mais il ne suffit pas pour autant de dire aux \u00e9l\u00e8ves de r\u00e9agir \u00e0 la lecture d\u2019un texte\u00a0: ils ne savent en g\u00e9n\u00e9ral que dire, faute de percevoir ce qu\u2019on attend d\u2019eux.<\/p>\n<p>Il est donc pr\u00e9f\u00e9rable de modifier le type de questionnement pour susciter un engagement plus important dans la lecture<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn40\">[40]<\/a>.<\/p>\n<p>On peut ainsi solliciter directement les imaginaires individuels en demandant aux \u00e9l\u00e8ves quelles images ils associent \u00e0 des lieux \u00e9voqu\u00e9s par une \u0153uvre, comment ils imaginent le personnage, comment ils se figurent les \u00e9v\u00e9nements\u2026 Si on ne veut pas que tout passe par l\u2019\u00e9criture, en particulier au coll\u00e8ge, il ne faut pas h\u00e9siter \u00e0 utiliser le dessin ou les images. Sylviane Ahr donne l\u2019exemple suivant\u00a0: dans une classe de 3<sup>e<\/sup>, les \u00e9l\u00e8ves ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 choisir un tableau ou un \u0153uvre d\u2019art qui fasse \u00e9cho \u00e0 \u00ab\u00a0Comment Wang-F\u00f4 fut sauv\u00e9\u00a0\u00bb. Les \u00e9l\u00e8ves, peu habitu\u00e9s \u00e0 ce type de demande, ont eu tendance \u00e0 choisir une repr\u00e9sentation qui figure l\u2019univers de l\u2019\u0153uvre. Mais quelques \u00e9l\u00e8ves ont su faire un autre choix et expliquer cette association subjective, par exemple celle d\u2019un tableau religieux occidental du xvii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ou la photographie d\u2019un personnage f\u00e9minin scrutant la mer<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn41\">[41]<\/a><\/p>\n<p>Voici comme autre exemple les questions pos\u00e9es par B\u00e9n\u00e9dicte Shawky-Milcent en classe de seconde dans le dispositif qu\u2019elle a exp\u00e9riment\u00e9 pour travailler sur l\u2019initiation au commentaire \u00e0 partir de la prise en compte du sujet lecteur\u00a0:<\/p>\n<p>Avant chaque lecture analytique, les \u00e9l\u00e8ves ont r\u00e9pondu, en classe ou chez eux, \u00e0 un questionnaire en deux volets. Le premier d\u2019abord intitul\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9coute de votre lecture\u00a0\u00bb, faisait appel \u00e0 leurs r\u00e9actions subjectives\u00a0:<\/p>\n<p>Quelles sont vos premi\u00e8res impressions, r\u00e9actions, \u00e9motions, peut-\u00eatre difficult\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p>Certaines lignes vous parlent-elles plus que d\u2019autres, si oui, lesquelles et pourquoi\u00a0?<\/p>\n<p>Une ou plusieurs images vous viennent-elles \u00e0 l\u2019esprit lorsque vous lisez ce texte, si oui, lesquelles\u00a0?<\/p>\n<p>Ce passage vous rappelle-t-il un autre texte\u00a0? une autre \u0153uvre d\u2019art (ou fragment d\u2019\u0153uvre d\u2019art\u00a0?)\u00a0: film, photographie, musique, peinture\u2026<\/p>\n<p>Fait-il ressurgir un souvenir personnel\u00a0? (si c\u2019est le cas, vous pouvez, mais vous n\u2019\u00eates pas oblig\u00e9 de le faire, pr\u00e9ciser lequel et pourquoi).<\/p>\n<p>Si vous deviez r\u00e9sumer ce texte en un mot, lequel choisiriez-vous et pourquoi\u00a0?<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn42\">[42]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est possible aussi, comme le sugg\u00e8rent Marie-Jos\u00e9 Fourtanier et G\u00e9rard Langlade, de d\u00e9placer le questionnement concernant les personnages\u00a0: au lieu de \u00ab\u00a0quel est le personnage principal\u00a0?\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0quelle est la fonction du personnage dans le sch\u00e9ma actanciel\u00a0?\u00a0\u00bb, on interroge les \u00e9l\u00e8ves sur les personnages qui les touchent, qu\u2019ils aiment, qu\u2019ils d\u00e9testent, sur le jugement moral qu\u2019ils portent sur leurs actions, sur l\u2019attitude qu\u2019ils auraient adopt\u00e9e s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 leur place\u2026<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn43\">[43]<\/a><\/p>\n<p>On notera que les programmes du lyc\u00e9e nous encouragent \u00e0 aller dans cette direction\u00a0:<\/p>\n<p>Programmes 1<sup>\u00e8re<\/sup>\u00a0: objet d\u2019\u00e9tude \u00ab\u00a0Le personnage de roman, du xvii<sup>e<\/sup> \u00e0 nos jours\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le fait de s\u2019attacher aux personnages permet de partir du mode de lecture qui est le plus courant. On pr\u00eate une attention particuli\u00e8re \u00e0 ce que disent les romans, aux mod\u00e8les humains qu\u2019ils proposent, aux valeurs qu\u2019ils d\u00e9finissent et aux critiques dont ils sont porteurs.<\/p>\n<p>Dans cette appr\u00e9hension de l\u2019univers de la fiction, on n\u2019oubliera pas que la d\u00e9couverte du sens passe non seulement par l\u2019analyse m\u00e9thodique des diff\u00e9rents aspects du r\u00e9cit qui peuvent \u00eatre mis en \u00e9vidence (proc\u00e9d\u00e9s narratifs et descriptifs notamment), mais aussi par une relation personnelle au texte dans laquelle l\u2019\u00e9motion, le plaisir ou l\u2019admiration \u00e9prouv\u00e9s par le lecteur jouent un r\u00f4le essentiel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut encore imaginer d\u2019autres formes de questionnement en fonction des textes donn\u00e9s \u00e0 lire.\u00a0Voir celui que propose Nathalie Brillant Rannou dans <em>Textes de lecteur en formation <\/em>pour la lecture de ha\u00efkus<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn44\">[44]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je rajouterai un contre exemple\u00a0: celui que me fournit un r\u00e9cent manuel de 2<sup>de<\/sup>. Il s\u2019ouvre sur une nouvelle de Maupassant <em>Aux champs<\/em>, donn\u00e9e int\u00e9gralement. Mais alors qu\u2019on a l\u00e0 un texte capable de susciter des r\u00e9actions des \u00e9l\u00e8ves, notamment pour juger l\u2019attitude des personnages, la premi\u00e8re question porte \u2026 sur le sch\u00e9ma narratif. Une seule question permet un d\u00e9but de r\u00e9flexion sur les valeurs\u00a0: \u00ab\u00a0Comparez les deux couples de paysans\u00a0: quelles valeurs chaque couple d\u00e9fend-il\u00a0?\u00a0\u00bb. Mais tout de suite le questionnaire embraye sur leurs \u00ab\u00a0traits de caract\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le r\u00f4le de l\u2019homme et de la femme dans chaque couple\u00a0\u00bb. Il est bien question du \u00ab\u00a0lecteur\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Pour qui le lecteur prend-il parti\u00a0? Cette position change-t-elle en cours de lecture\u00a0? Comment\u00a0?\u00a0\u00bb, mais ce lecteur n\u2019est pas l\u2019\u00e9l\u00e8ve\u00a0: tout juste le lecteur mod\u00e8le construit par les auteurs du manuel et dont l\u2019\u00e9l\u00e8ve doit retrouver l\u2019itin\u00e9raire de lecture qu\u2019on a fray\u00e9 pour lui au pr\u00e9alable.<\/p>\n<p>Mais que sait-on avec ces questions de ce que les \u00e9l\u00e8ves ont ressenti \u00e0 la lecture de cette nouvelle\u00a0? de leur vision du monde\u00a0? de leurs valeurs\u00a0? Et si on n\u2019est pas parti de l\u00e0, \u00e0 quoi peut-on les amener\u00a0? Que ne leur demande-t-on plut\u00f4t ce qu\u2019ils pensent de l\u2019attitude du fils qui reproche \u00e0 ses parents de ne pas l\u2019avoir vendu\u00a0? Ou plus simplement encore s\u2019ils sont d\u2019accord avec les reproches faits par le fils\u00a0? Et pourquoi pas une lecture actualisante\u00a0? Ou encore une interrogation sur le pr\u00e9tendu r\u00e9alisme de cette nouvelle\u00a0? Quelque chose comme\u00a0: \u00e0 votre avis, cela peut-il arriver, une histoire pareille\u00a0?<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn45\">[45]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si nos \u00e9l\u00e8ves sont en difficult\u00e9 dans les \u00e9valuations nationales comme PISA, c\u2019est que les questions qu\u2019on leur pose les invitent rarement \u00e0 prendre parti, \u00e0 formuler et justifier une opinion, \u00e0 r\u00e9agir personnellement aux textes\u00a0: contrairement aux items relevant des comp\u00e9tences \u00ab\u00a0s\u2019informer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0interpr\u00e9ter\u00a0\u00bb, les items relevant de la comp\u00e9tence \u00ab\u00a0r\u00e9agir\u00a0\u00bb renvoient \u00e0 des op\u00e9rations mentales auxquelles ils semblent peu habitu\u00e9s. Ainsi, les questions relevant de cette comp\u00e9tence peuvent prendre la forme suivante\u00a0:\u00ab\u00a0un des lecteurs de ce texte a d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u2026 Que pourrait ajouter ce lecteur pour d\u00e9fendre son opinion\u00a0?\u00a0\u00bb. Dans des unit\u00e9s rendues publiques de PISA 2009, on peut relever les questions suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0Etes-vous d\u2019accord avec le jugement final des gens de Macondo\u00a0? Expliquez votre r\u00e9ponse en comparant votre attitude et la leur \u00e0 l\u2019\u00e9gard des films\u00a0\u00bb. Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Destination Buenos Aires a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1931. Pensez-vous que Rivi\u00e8re aurait des inqui\u00e9tudes semblables aujourd\u2019hui\u00a0? Justifiez votre r\u00e9ponse.\u00a0\u00bb. On voit avec ces exemples quelles nouvelles formes de questionnement on pourrait introduire pour inviter les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 s\u2019impliquer davantage.<\/p>\n<p>Mais il en est d\u2019autres qui devraient \u00eatre davantage explor\u00e9es. Ainsi, il serait int\u00e9ressant et mobilisateur pour les \u00e9l\u00e8ves de leur proposer certaines fois de choisir le texte \u00e0 \u00e9tudier. Par exemple leur soumettre trois po\u00e8mes en leur demandant lequel ils pr\u00e9f\u00e8rent pour une lecture analytique\u00a0: les \u00e9l\u00e8ves sont invit\u00e9s \u00e0 formuler une pr\u00e9f\u00e9rence et \u00e0 justifier leur choix ce qui les oblige tout \u00e0 la fois \u00e0 s\u2019engager, \u00e0 formuler une pr\u00e9f\u00e9rence subjective, et \u00e0 dire sur quoi elle repose. Au terme de cette d\u00e9marche, l\u2019\u00e9change sur le choix du texte a en g\u00e9n\u00e9ral permis de d\u00e9gager les \u00e9l\u00e9ments \u00e0 partir desquels sera construite la lecture analytique. Le temps suppl\u00e9mentaire demand\u00e9 pour cet \u00e9change pr\u00e9alable est ainsi un temps gagn\u00e9 pour l\u2019analyse du texte. L\u2019expression d\u2019une pr\u00e9f\u00e9rence subjective et sa justification n\u2019est d\u2019ailleurs pas limit\u00e9e \u00e0 la lecture de textes entiers, voire de livres\u00a0: elle peut s\u2019exercer sur le choix de vers ou de r\u00e9pliques de th\u00e9\u00e2tre, ce qui lui permet de prendre place plus fr\u00e9quemment dans les pratiques de classe<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn46\">[46]<\/a>.<\/p>\n<p>Et sans doute y a-t-il beaucoup d\u2019autres formes de questionnements \u00e0 inventer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>B. Le carnet de lecture<\/h2>\n<p>J\u2019ai choisi l\u2019appellation \u00ab\u00a0carnet de lecture\u00a0\u00bb comme \u00e9tant la plus g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: on trouve aussi \u00ab\u00a0journal de lecture\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0carnet de bord\u00a0\u00bb. Ou encore \u00ab\u00a0cahier de litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0carnet de lecteur\u00a0\u00bb\u2026.<\/p>\n<p>Le carnet de lecture a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9 assez largement dans l\u2019enseignement primaire \u00e0 la suite de l\u2019introduction de la litt\u00e9rature dans les programmes de 2002. Mais aussi dans le second degr\u00e9 et dans le sup\u00e9rieur, notamment en formation d\u2019enseignants, en France et au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Il peut \u00eatre utilis\u00e9 pour la lecture cursive mais \u00e9galement pour la lecture de l\u2019\u0153uvre int\u00e9grale.<\/p>\n<h3>1. Principe et modalit\u00e9s<\/h3>\n<p>Principe commun\u00a0: demander aux \u00e9l\u00e8ves de consigner sur un support (papier, mais pourquoi pas \u00e9lectronique) leurs impressions et r\u00e9actions de lecture au fur et \u00e0 mesure de la lecture.<\/p>\n<p>A partir de ce principe simple, de nombreuses variations sont possibles. Voir par exemple en annexe le document de Colette Buguet-M\u00e9lan\u00e7on\u00a0: \u00ab\u00a0Comment r\u00e9diger un journal de lecture\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Demander aux \u00e9l\u00e8ves de r\u00e9agir \u00e0 la lecture des textes ou \u0153uvres propos\u00e9s risque de mener \u00e0 un \u00e9chec, les \u00e9l\u00e8ves ne sachant pas ce qu\u2019on attend d\u2019eux et se contentant soit d\u2019exprimer un go\u00fbt ou d\u00e9go\u00fbt de lecture (j\u2019aime\/je n\u2019aime pas), soit de raconter ou r\u00e9sumer ce qu\u2019ils ont lu.<\/p>\n<p>Cette difficult\u00e9 est confirm\u00e9 par Sylviane Ahr et Patrick Joole dans une exp\u00e9rimentation men\u00e9e conjointement dans des classes de cycle 3 et des classes de 6<sup>e<\/sup>\u00a0:<\/p>\n<p>Aux questions \u00ab\u00a0qu\u2019as-tu pens\u00e9\u2026\u00a0?\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0qu\u2019as-tu ressenti\u2026\u00a0?\u00a0\u00bb, les \u00e9l\u00e8ves ne savent la plupart du temps pas quoi r\u00e9pondre, faute de moyens pour y parvenir. Ils se contentent, le plus souvent, d\u2019occuper le temps qui leur est d\u00e9volu \u00e0 la d\u00e9coration tr\u00e8s soign\u00e9e de la couverture du carnet, \u00e0 l\u2019illustration de certains \u00e9pisodes ou au recopiage de certains passages. Ces aspect n\u2019est pas \u00e0 n\u00e9gliger car il manifeste l\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00e9l\u00e8ves pour cet outil et un d\u00e9sir d\u2019entrer dans la lecture, mais il est aussi aveu d\u2019impuissance.<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn47\">[47]<\/a><\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rimentation de diff\u00e9rentes formes de carnet de lecture les a conduits \u00e0 la conclusion que les carnets pouvaient comporter deux parties\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Une partie anthologique permettant de se rappeler les \u0153uvres litt\u00e9raires et comportant les passages recopi\u00e9s, des dessins ou collges en relation avec ce que l\u2019\u00e9l\u00e8ve a compris du texte. La justification du choix de tel passage ou de telle illustration peut faire l\u2019objet d\u2019une amorce pour un d\u00e9bat.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une partie consacr\u00e9e aux \u00e9crits des \u00e9l\u00e8ves portant sur leur lecture\u00a0: des redites du texte \u00e9pisode apr\u00e8s \u00e9pisode, une reformulation de l\u2019ensemble du texte, un \u00e9crit intercal\u00e9 entre deux extraits et une rubrique \u00ab\u00a0ce texte me fait penser \u00e0\u2026\u00a0\u00bb destin\u00e9e \u00e0 favoriser la constitution d\u2019une biblioth\u00e8que int\u00e9rieure ordonn\u00e9e.\u00a0\u00bb (p. 76)<\/p>\n<p>= \u00ab\u00a0picorer\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0braconner\u00a0\u00bb et reformuler \u00ab\u00a0\u00e0 sa mani\u00e8re\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn48\">[48]<\/a>.<\/p>\n<p>Outre les exemples d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s pour susciter des r\u00e9actions et des traces subjectives de la lecture dans le carnet (questionner, demander une illustration, s\u00e9lectionner un extrait), Sylviane Ahr propose \u00e9galement de dresser le portrait chinois d\u2019un ou de plusieurs personnages en justifiant ainsi cette entr\u00e9e dans le carnet de lecture\u00a0:<\/p>\n<p>Cette \u00e9criture s\u2019appuie sur la lecture participative que les \u00e9l\u00e8ves r\u00e9alisent et leur univers de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0; elle favorise la lecture distanci\u00e9e et le passage \u00e0 la conceptualisation. Un professeur de l\u2019\u00e9quipe a par exemple demand\u00e9 \u00e0 ses coll\u00e9giens de 3<sup>e<\/sup> de dresser le portrait chinois de Th\u00e9r\u00e8se et de Camille Raquin ainsi que de Laurent. Le proc\u00e9d\u00e9 de l\u2019analogie a lev\u00e9 tout obstacle d\u2019ordre lexical et facilit\u00e9 la mise \u00e0 distance de la lecture r\u00e9f\u00e9rentielle du roman zolien\u00a0: les \u00e9l\u00e8ves ont eu une perception plus fine \u2013 moins manich\u00e9enne \u2013 de la psychologie des personnages.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn49\">[49]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le journal de lecture ou le carnet de lecture, qui accompagne la lecture d\u2019une \u0153uvre int\u00e9grale ou une lecture cursive pour garder trace des r\u00e9actions du lecteur, gagnera au d\u00e9part \u00e0 \u00eatre accompagn\u00e9 de consignes qui explicitent ce qui est attendu de l\u2019\u00e9l\u00e8ve. Voici par exemple comment a \u00e9volu\u00e9 le carnet de lecture demand\u00e9 \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves de 2de au lyc\u00e9e d\u2019Ugine (Savoie)<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn50\">[50]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table style=\"width: 643px;\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" valign=\"top\" width=\"257\">\n<p class=\"StandardLTTitel\"><strong>Le projet exploratoire en 2008- 9 : <\/strong>faire tenir aux \u00e9l\u00e8ves un journal de lecteur<\/p>\n<p class=\"TableContents\">\n<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"385\">\n<p class=\"StandardLTTitel\"><strong>Le carnet en 2009-10<\/strong><\/p>\n<p class=\"TableContents\">\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"257\">\n<p class=\"TableContents\">Consignes pour un travail d&rsquo;\u00e9criture sur l&rsquo;ann\u00e9e<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"257\">\n<p class=\"StandardLTUntertitel\" align=\"left\">&#8211; \u00a0Consignes donn\u00e9es aux \u00e9l\u00e8ves pour tenir leur journal\u00a0:<\/p>\n<p class=\"StandardLTUntertitel\" align=\"left\">* consigner les livres lus (<em>ie <\/em>lectures pour le lyc\u00e9e et lectures personnelles) et donner ses impressions de lecture<\/p>\n<p class=\"StandardLTUntertitel\" align=\"left\">* fabriquer un \u00ab\u00a0bel objet\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"StandardLTUntertitel\" align=\"left\">* soigner l\u2019orthographe et l\u2019expression ou encore s\u2019investir dans l\u2019\u00e9criture<\/p>\n<p class=\"StandardLTUntertitel\" align=\"left\">* trois livraisons du carnet pr\u00e9vues au fil de l\u2019ann\u00e9e scolaire (d\u00e9but janvier, d\u00e9but mars, fin avril- d\u00e9but mai).<\/p>\n<p class=\"TableContents\">\n<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"385\">\n<p class=\"TableContents\">\n<p class=\"TableContents\">1- Choisir un titre (exemples propos\u00e9s : journal d\u2019un apprenti \u00e9crivain, carnet d\u2019\u00e9criture, journal de bord d\u2019un lyc\u00e9en, journal d\u2019un lecteur, cahier m\u00e9moire)<\/p>\n<p class=\"TableContents\">\n<p class=\"TableContents\">2- Exemples d&rsquo;\u00e9crits possibles : vos diverses lectures (scolaires et personnelles), vos autres \u00e9crits\u00a0: invention par exemple, des citations, les articles que vous avez \u00e9crits pour le journal du lyc\u00e9e (par ex), des \u00e9crits d\u2019ateliers d\u2019\u00e9criture, des critiques de films dont on convient ensemble ou de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, des illustrations, des commentaires de tableaux, des \u00e9crits personnels sur des textes vus ou lus en classe et qui vous ont marqu\u00e9<\/p>\n<p class=\"TableContents\">\n<p class=\"TableContents\">3- R\u00e9alisation d&rsquo;un bel objet: reli\u00e9 ou non, informatique et \u00a0papier \u00a0ou tout papier, varier les types de papier, carnet fabriqu\u00e9 ou achet\u00e9 tout fait, varier les instruments pour \u00e9crire (\u00e0 condition que ce soit lisible).<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p class=\"Textbody\">\n<p>Voici encore l\u2019exemple de consignes donn\u00e9es par Annette Buisson, professeur stagiaire en classe de 4<sup>e <\/sup>(acad\u00e9mie de Grenoble)\u00a0:<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"77\">\n<p align=\"center\"><strong>Le\u00a0:<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"456\">\n<p align=\"center\"><strong>Nature des s\u00e9ances, objectifs, d\u00e9roulement, travail \u00e0 faire\u00a0:<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"81\">\n<p align=\"center\"><strong>Pour le\u00a0:<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"77\">\n<p align=\"center\">21\/11\/08<\/p>\n<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"456\"><strong><em>S\u00e9ance de lecture au CDI<\/em><\/strong>, accompagn\u00e9e par la documentaliste.<strong>Objectifs\u00a0:<\/strong> lancer la lecture\u00a0; choisir un r\u00e9cit policier, roman ou nouvelle, propos\u00e9 par le CDI\u00a0; en commencer la lecture sur place.<\/p>\n<p><strong>A faire\u00a0:<\/strong> raconter sa lecture et donner ses r\u00e9actions de lecteur (voir consigne polycopi\u00e9e).<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"81\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>19\/12\/08<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"77\">09\/01\/09<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"456\"><strong><em>Remise des travaux de lecture et de leurs appr\u00e9ciations aux \u00e9l\u00e8ves.<\/em><\/strong> Echange en classe sur ces travaux. Lancement de la nouvelle lecture cursive\u00a0: <strong>choisir un livre en bin\u00f4me<\/strong>.<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"81\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>23\/01<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p align=\"center\"><strong>Racontez votre lecture et donnez vos r\u00e9actions de lecteur\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\">(= ce qui ne veut pas dire r\u00e9sumer le livre lu, mais raconter ce que vous avez ressenti tout au long de votre lecture, les moments o\u00f9 vous avez eu peur, o\u00f9 vous avez \u00e9t\u00e9 angoiss\u00e9s, pris compl\u00e8tement par l\u2019action, o\u00f9 vous vous \u00eates totalement sentis dans la peau d\u2019un personnage, et \u00e9galement les moments o\u00f9 vous vous \u00eates ennuy\u00e9s, o\u00f9 vous avez trouv\u00e9 qu\u2019il y avait des longueurs\u2026ce que vous avez pens\u00e9 de tel ou tel personnage, si certains vous ont agac\u00e9(e) ou s\u00e9duit(e), si vous les avez aim\u00e9s ou d\u00e9test\u00e9s ou s&rsquo;ils vous ont laiss\u00e9(e) indiff\u00e9rent(e)\u2026 ou encore ce \u00e0 quoi vous a fait penser tel ou tel passage : souvenir personnel, situation de la vie r\u00e9elle, autre lecture ou film&#8230;)<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Ce travail est libre et non not\u00e9, et peut prendre diff\u00e9rentes formes.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le carnet de lecture n\u2019est d\u2019ailleurs pas r\u00e9serv\u00e9 aux romans\u00a0: il convient tout aussi bien \u00e0 la lecture de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre (o\u00f9 on peut demander aux \u00e9l\u00e8ves d\u2019imaginer les personnages, leurs costumes, les lieux, les mises en espace possibles) et de recueils de po\u00e9sie, trop rarement donn\u00e9s \u00e0 lire dans leur int\u00e9gralit\u00e9, comme en t\u00e9moigne l\u2019exemple de consignes de Carnet de bord pour la lecture de <em>Mangeront-ils\u00a0?<\/em> (Th\u00e9\u00e2tre en libert\u00e9 de V. Hugo) donn\u00e9es par Chlo\u00e9 Melin, professeur stagiaire en classe de 4<sup>e<\/sup>\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Garde une trace de ta lecture en tenant un carnet de bord<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans un carnet ou un petit cahier, inscris \u00e0 chaque fois la date et m\u00eame le lieu de ta lecture, comme dans un journal intime ou un carnet de voyage<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis note tes impressions (et non un r\u00e9sum\u00e9)\u00a0: difficult\u00e9s de lecture, surprises, sympathie pour un personnage, rire\u2026 nouveaux mots dcouverts, points obscurs<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tu peux \u00e9galement illustrer tes impressions de lecteur (dessin, photos de toi en train de lire, sois imaginatif\u00a0!). Enfin tu peux noter si tu as \u00e9t\u00e9 interrompu(e) dans ta lecture.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans ton carnet, tu devras \u00e9galement ins\u00e9rer une illustration d\u2019un personnage de ton choix\u00a0: A\u00efrolo, Zineb la sorci\u00e8re, le Roi de Man\u2026<\/p>\n<p><em>Enfin tu r\u00e9pondras dans ton carnet aux questions suivantes\u00a0:<\/em><\/p>\n<p>Avant la lecture\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lis les diff\u00e9rents titres (celui de la pi\u00e8ce et ceux des deux actes) et la liste des personnages. Quelles hypoth\u00e8ses de lecture peux-tu faire\u00a0?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la lecture de la pi\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Compare tes hypoth\u00e8ses de lecture avec l\u2019intrigue que tu as d\u00e9couverte. Qu\u2019est-ce qui t\u2019a surpris dans la pi\u00e8ce\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voir aussi les consignes donn\u00e9es par Nicolas Manon, professeur stagiaire, \u00e0 une classe de 5<sup>e<\/sup> pour la lecture d\u2019un recueil de po\u00e9sie\u00a0:<\/p>\n<p>Il est demand\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves de r\u00e9pondre au \u00ab\u00a0journal de lecture\u00a0\u00bb, \u00e0 raison d\u2019un po\u00e8me par jour (ce qui constitue douze po\u00e8mes en deux semaines). Chaque \u00e9l\u00e8ve choisit, chaque jour de la semaine, comme il le souhaite, un po\u00e8me de son recueil.<\/p>\n<p>Ce journal se divise en plusieurs questions\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Donner le titre du po\u00e8me choisi.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0De quoi est-il question dans ce po\u00e8me\u00a0? quels sont les principaux th\u00e8mes\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Quel est mon avis sur le po\u00e8me\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Quels sont mes id\u00e9es pour pr\u00e9senter ce po\u00e8me\u00a0(dessin\/collage\/d\u00e9coupage etc&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves sont ensuite invit\u00e9s \u00e0 pr\u00e9senter un po\u00e8me devant la classe en expliquant leur choix puis dans une autre s\u00e9ance \u00e0 \u00e9changer \u00e0 deux \u00e0 partir de leur journal de lecture.<\/p>\n<p>La production finale est une anthologie personnelle r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir d\u2019un choix de po\u00e8mes dans le recueil avec une illustration ou mise en image des po\u00e8mes choisis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Enfin, retenons le dispositif tr\u00e8s int\u00e9ressant propos\u00e9 par Annette Buisson, toujours en 4<sup>e<\/sup>\u00a0: le journal de lecture tenu \u00e0 deux\u00a0:<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"77\">23\/01<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"456\">\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00ab\u00a0En route pour un nouveau voyage\u00a0de lecture !\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Explication de la nouvelle consigne de lecture. Petit travail d\u2019\u00e9criture au brouillon\u00a0sous la forme : \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai choisi de lire\u2026 avec\u2026, parce que \u2026<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>A faire\u00a0:<\/strong> r\u00e9aliser \u00e0 deux un carnet de lecture (voir consigne polycopi\u00e9e)<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"81\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>6 \/03<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"77\">06\u00a0\/03<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"456\"><strong><em>S\u00e9ance au CDI\u00a0:<\/em><\/strong> remise des carnets de lecture et pr\u00e9sentation orale de chaque groupe sur la lecture faite.<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"81\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>La lecture est comme un voyage,<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>voyage qui nous entra\u00eene dans un monde nouveau. <\/strong><\/p>\n<p>Pour en garder la trace, et pour vous en souvenir, je vous demande, <strong>dans un premier temps<\/strong>, individuellement, d\u2019<strong>en tenir le journal au brouillon<\/strong>, o\u00f9 vous inscrirez au fil de votre lecture, au jour le jour, en pensant bien \u00e0 <strong>noter la date<\/strong> (voire l\u2019heure) de chaque moment de lecture, ce que vous y avez d\u00e9couvert, ce qui vous a marqu\u00e9, ou d\u00e9\u00e7u, ce qui vous a plu ou d\u00e9plu\u2026<\/p>\n<p><strong>Dans un deuxi\u00e8me temps<\/strong>, <strong>vous partagerez, avec votre compagnon de voyage, ces impressions<\/strong>, que chacun recopiera scrupuleusement tour \u00e0 tour (en se nommant et en n\u2019oubliant pas les dates des moments de lecture) dans un carnet produit en commun. Ce sera votre <strong>carnet de voyage<\/strong>\u00a0!, dans lequel vous pourrez \u00e9galement mettre <strong>des dessins ou des photos<\/strong> de vous ou de ce que vous avez vu au cours de votre p\u00e9riple\u2026 Vous pourrez achever votre carnet par une impression d\u2019ensemble de votre voyage et de ce qu\u2019il a laiss\u00e9 en vous\u2026 <strong>Le tout sera pr\u00e9sent\u00e9 oralement \u00e0 la classe le vendredi 6 mars. <\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Il me reste \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 vous souhaiter un bon voyage \u00e0 tous\u2026\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comme cela a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 par les formateurs de l\u2019acad\u00e9mie de Nice, il faudrait \u00e9galement exp\u00e9rimenter des carnets de lecture num\u00e9rique qui offrent d\u2019autres possibilit\u00e9s et facilitent en tout cas les carnets \u00e0 plusieurs voix.<\/p>\n<p>Con\u00e7u comme pr\u00e9paration \u00e0 la lecture analytique, dans le cas de l\u2019\u00e9tude d\u2019une \u0153uvre int\u00e9grale, le carnet de lecture va permettre non seulement cet investissement personnel des \u00e9l\u00e8ves dans la lecture mais, par la mise en commun des lectures, un travail sur l\u2019articulation et le passage entre les diff\u00e9rentes postures de lecture, de la posture impliqu\u00e9e \u00e0 la posture distanc\u00e9e et \u00ab\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb demand\u00e9e par les programmes.<\/p>\n<h3>2. Limites et difficult\u00e9s<\/h3>\n<p>L\u2019exercice n\u2019est pas simple\u00a0: il suppose de s\u2019interrompre r\u00e9guli\u00e8rement dans sa lecture, d\u2019y ajouter en outre l\u2019\u00e9criture, de consentir \u00e0 livrer certains r\u00e9actions personnelles et rel\u00e8ve de l\u2019injonction paradoxale. Mais des moments peuvent aussi \u00eatre m\u00e9nag\u00e9s dans le cadre de la classe, aussi bien pour la lecture que pour le carnet qui l\u2019accompagne. Et les \u00e9l\u00e8ves restent libres de ce qu\u2019ils souhaitent \u00e9crire dans leur journal ou carnet. Pour les \u00e9l\u00e8ves qui ont des difficult\u00e9s \u00e0 \u00e9crire, on encouragera d\u2019autres formes d\u2019expression\u00a0: par le dessin, la photographie, l\u2019association de musiques ou d\u2019images. La lecture de la po\u00e9sie peut ainsi se pr\u00eater particuli\u00e8rement bien \u00e0 des choix d\u2019illustration ou de mise en images qui traduisent la lecture que l\u2019\u00e9l\u00e8ve en a faite. Voir par exemple le carnet de lecture sur un recueil de po\u00e9sie \u00e9voqu\u00e9 plus haut dont la production finale \u00e9tait une anthologie personnelle r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir d\u2019un choix de po\u00e8mes dans le recueil avec une illustration ou mise en image des po\u00e8mes choisis.<\/p>\n<p>Exemple de difficult\u00e9s rencontr\u00e9es et d\u2019\u00e9volution du dispositif\u00a0: dans une classe de 5<sup>\u00e8me<\/sup> d\u2019un coll\u00e8ge de Gap, Caroline Esposito a introduit un carnet de lecture pour obtenir une implication subjective de ses \u00e9l\u00e8ves dans leurs lectures. Le carnet est \u00e0 la disposition des \u00e9l\u00e8ves\u00a0; il doit comporter obligatoirement des notations concernant les livres donn\u00e9s \u00e0 lire par l\u2019enseignante et \u00e9tudi\u00e9s en classe sous sa direction, mais l\u2019\u00e9l\u00e8ve peut aussi consigner des notations sur ses lectures personnelles, pour les lectures cursives qui lui sont demand\u00e9es ou pour des lectures libres.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une premi\u00e8re exp\u00e9rience assez longue, cette enseignante a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 deux difficult\u00e9s principales auxquelles elle a r\u00e9pondu par des am\u00e9nagements. La mise en place d\u2019un carnet de lecture a donn\u00e9 lieu \u00e0 des moments de travail dirig\u00e9s par le professeur, puis une fois le carnet introduit avec des consignes, elle a laiss\u00e9 ses \u00e9l\u00e8ves l\u2019utiliser de leur propre mouvement. Or, l\u2019\u00e9criture des \u00e9l\u00e8ves dans leurs carnets, loin de continuer, a eu\u00a0 tendance \u00e0 se rar\u00e9fier au fil de l\u2019ann\u00e9e. L\u2019enseignante a ainsi \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 faire \u00e9voluer le dispositif qu\u2019elle avait mis en place. Pour une deuxi\u00e8me exp\u00e9rience, l\u2019\u00e9criture dans le carnet \u00e0 propos des nouvelles et romans \u00e9tudi\u00e9s comme \u0153uvres int\u00e9grales ne se fait plus en dehors de la classe, sur le temps libre des \u00e9l\u00e8ves, mais est inscrit dans le temps scolaire\u00a0: les \u00e9l\u00e8ves \u00e9crivent syst\u00e9matiquement en classe, lors de s\u00e9ances sp\u00e9cifiques qui conjuguent ainsi \u00e9criture et lecture.<\/p>\n<p>En outre, elle observe une propension de ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 faire surtout des r\u00e9sum\u00e9s des textes lus lorsqu\u2019elle leur demande de consigner des annotations personnelles \u00e0 leur propos dans leurs carnets\u00a0: l\u2019objet tend \u00e0 s\u2019imposer au d\u00e9triment du sujet\u00a0; l\u2019utilisation de la premi\u00e8re personne n\u2019est pas une posture automatique en 5\u00e8me. Pour sortir de cette routine et d\u2019une uniformisation des \u00e9crits, C. Esposito a alors introduit des \u00e9critures d\u2019invention\u00a0: \u00e0 propos d\u2019un roman comme <em>Vendredi ou la vie sauvage<\/em> de M. Tournier, les \u00e9l\u00e8ves ont ainsi d\u00fb \u00e9crire la liste des \u00ab\u00a0jeux invent\u00e9s par Vendredi\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0portrait araucan en 5 touches\u00bb, inspir\u00e9 d\u2019un texte ins\u00e9r\u00e9 dans le roman, et un po\u00e8me sur l\u2019Ile de Speranza. Ces \u00e9critures sous contraintes ont oblig\u00e9 les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 investir diff\u00e9remment les pages de leur carnet.<\/p>\n<p>On voit ici le lien qui s\u2019\u00e9tablit entre carnet de lecture et \u00e9criture d\u2019invention.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>C. Du carnet de lecture \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019invention<\/h2>\n<p>On voit qu\u2019au fur et \u00e0 mesure de sa pratique, et une fois que les \u00e9l\u00e8ves ont appris \u00e0 se positionner comme sujets lecteurs, le carnet de lecture peut \u00e9galement faire place \u00e0 des propositions d\u2019\u00e9criture qui \u00e9viteront de tomber dans la routine de l\u2019expression de ressentis \u00ab\u00a0bruts\u00a0\u00bb et permettront d\u2019aller plus loin dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un \u00ab\u00a0texte du lecteur\u00a0\u00bb. On peut ainsi demander au lecteur de compl\u00e9ter l\u2019\u0153uvre en \u00e9crivant dans les blancs du texte, en imaginant une suite, en ajoutant un \u00e9pisode ou en d\u00e9veloppant un personnage secondaire\u2026 ou inversement de modifier un passage, d\u2019\u00e9crire une sc\u00e8ne ou un d\u00e9nouement plus conforme \u00e0 ses attentes subjectives, bref, d\u2019utiliser toutes les ressources de l\u2019\u00e9criture d\u2019invention pour faire appara\u00eetre notamment \u00ab\u00a0l\u2019activit\u00e9 fictionnalisante\u00a0\u00bb du sujet lecteur<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn51\">[51]<\/a>. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, et pas seulement dans le cadre d\u2019un carnet de lecture, on cherchera \u00e0 proposer des exercices d&rsquo;\u00e9criture qui permettent aux \u00e9l\u00e8ves de s&rsquo;investir affectivement et \u00e9thiquement dans leur lecture.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Le Goff, dans sa communication sur \u00ab\u00a0Les malles du lecteur, ou la lecture en \u00e9crivant\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn52\">[52]<\/a>\u00a0: distingue trois cat\u00e9gories d\u2019\u00e9crits\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0\u00e9crire dans\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e9crits qui fonctionnent sur le mode de la greffe. Le plus courant est la suite de texte. Mais ce peut \u00eatre aussi d\u00e9velopper les pens\u00e9es d\u2019un personnage, d\u00e9crire un lieu\u2026 c&rsquo;est-\u00e0-dire les expansions fictionnelles, latentes ou pr\u00e9sentes dans le texte mais de fa\u00e7on embryonnaire.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0\u00e9crire \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: ces \u00e9crits n\u2019ont pas n\u00e9cessairement de parent\u00e9 \u00e9nonciative ou g\u00e9n\u00e9rique avec le texte source mais on demeure dans le champ de la fiction. Par exemple r\u00e9diger plusieurs fragments du journal intime d\u2019un personnage \u00e0 des moments diff\u00e9rents d\u2019un r\u00e9cit et faire ainsi acc\u00e9der un personnage au rang de narrateur. Idem pour un personnage de th\u00e9\u00e2tre commentant les actions des premi\u00e8res sc\u00e8nes.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0\u00e9crire sur\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e9crits en rupture discursive avec le texte lu, \u00e9crits m\u00e9tatextuels comme le journal de lecture ou le commentaire litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Il fait le choix d\u2019\u00e9crire \u00ab\u00a0dans\u00a0\u00bb. L\u2019enjeu est alors de s\u00e9lectionner un lieu ou un objet de la fiction qui autorise l\u2019implication effective du lecteur-scripteur, de s\u00e9lectionner une propri\u00e9t\u00e9 fictionnelle capable non seulement d\u2019engager l\u2019\u00e9l\u00e8ve dans une production, m\u00eame r\u00e9duite, mais qui soit en outre susceptible de faire d\u00e9bat, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui offre \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve la possibilit\u00e9 de justifier des choix d\u2019\u00e9criture en relation avec le texte<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn53\">[53]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>D. La lecture \u00e0 haute voix<\/h2>\n<p>Il faudrait m\u00e9nager enfin une place importante \u00e0 la lecture \u00e0 haute voix comme interpr\u00e9tation subjective des textes (c&rsquo;est-\u00e0-dire ici d\u2019appropriation subjective sensible)\u00a0: comme le rappelle Mich\u00e8le Petit, le go\u00fbt pour la lecture doit beaucoup \u00e0 la voix<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn54\">[54]<\/a> et lire \u00e0 voix haute permet de \u00ab\u00a0retrouver un arri\u00e8re-pays de sensations et de rythmes\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn55\">[55]<\/a>. La lecture \u00e0 haute voix est donc une fa\u00e7on de faire entendre tout \u00e0 la fois la voix du texte et celle du lecteur \u2013 qui y apporte sa sensibilit\u00e9 propre et une proposition d\u2019interpr\u00e9tation au sens musical du terme \u2013 ou elle peut tout simplement faire go\u00fbter le plaisir sensoriel des sons et du rythme. Car on oublie trop que go\u00fbter la lecture et \u00e9prouver le plaisir de lire peuvent \u00eatre d\u2019abord ce plaisir des sens et que le plaisir des mots et des phrases s\u2019\u00e9prouve en premier lieu dans leur mise en bouche, quand bien m\u00eame la compr\u00e9hension du sens ne serait que partielle. C\u2019est aussi la meilleure fa\u00e7on d\u2019actualiser un texte ancien tout en faisant entendre son \u00e9tranget\u00e9 pour des oreilles contemporaines<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn56\">[56]<\/a>.<\/p>\n<p>Cela suppose, bien s\u00fbr, que cette lecture soit pr\u00e9par\u00e9e et que cette pr\u00e9paration, qui gagnera souvent \u00e0 se faire en groupe, puisse remplacer les traditionnelles questions de lecture analytique, et ce pour tout texte, qu\u2019il s\u2019agisse de th\u00e9\u00e2tre, de po\u00e9sie ou de prose narrative. Annoter un texte pour le lire, s\u2019interroger sur l\u2019intention qu\u2019il faut mettre dans tel passage ou sur ce qu\u2019il faut mettre en relief, pr\u00e9parent bien plus efficacement une lecture analytique que le questionnement qui a balis\u00e9 ce qu\u2019il faut remarquer dans le texte et en a pr\u00e9m\u00e2ch\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation. Et il sera \u00e9galement enrichissant de confronter plusieurs propositions de lecture afin de donner lieu \u00e0 discussion sur les choix et de montrer qu\u2019il y a plusieurs interpr\u00e9tations possibles de la partition qu\u2019est le texte.<\/p>\n<p>Pour prolonger ce go\u00fbt des textes, il faudrait aussi que toute lecture donne lieu \u00e0 une m\u00e9morisation d\u2019un passage, m\u00eame court, m\u00e9morisation r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9activ\u00e9e afin de faire durer le plaisir et de cr\u00e9er des \u00e9chos suppl\u00e9mentaires. Et il serait souhaitable, pour susciter davantage de plaisirs de lecture, de faire appel \u00e0 des lectures enregistr\u00e9es des textes \u00e9tudi\u00e9s qui font go\u00fbter le plaisir sensoriel donn\u00e9 par la voix et facilitent en outre l\u2019entr\u00e9e dans la lecture pour les \u00e9l\u00e8ves qui ont des difficult\u00e9s. Il est paradoxal que ces lectures enregistr\u00e9es soient aussi peu utilis\u00e9es alors qu\u2019on en dispose aujourd\u2019hui en abondance et de tr\u00e8s grande qualit\u00e9. Et rien n\u2019emp\u00eache d\u2019y recourir aussi pour des lectures cursives que certains \u00e9l\u00e8ves ont du mal \u00e0 faire seuls, qu\u2019ils soient dyslexiques ou simplement faibles lecteurs.<\/p>\n<p>Autre possibilit\u00e9\u00a0: faire lire sur un fond musical apr\u00e8s avoir demand\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves de choisir la musique et de justifier leur choix.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rents dispositifs de lecture doivent donc permettre tout \u00e0 la fois d\u2019impliquer les \u00e9l\u00e8ves dans la lecture et de redonner \u00e0 la lecture un go\u00fbt qu\u2019elle avait perdu. C\u2019est aussi poser les bases d\u2019une lecture analytique susceptible d\u2019\u00eatre re\u00e7ue comme porteuse de sens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Car faire advenir les traces dans le discours des \u00e9l\u00e8ves d\u2019un investissement personnel, imaginaire et fantasmatique ou moral, n\u2019est pas renoncer \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u0153uvre dans sa dimension formelle et objectivable ni renoncer \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des conduites interpr\u00e9tatives\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019investissement subjectif du lecteur vaut d\u2019abord en tant que mode d\u2019acc\u00e8s aux \u0153uvres\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn57\">[57]<\/a> et \u00ab\u00a0prendre en compte certaines r\u00e9alisations de lecteurs inexperts, voire malhabiles, ne revient pas pour autant [\u2026] \u00e0 nier l\u2019importance et l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une lecture fond\u00e9e sur la perception correcte des injonctions fournies par la \u00ab\u00a0partition\u00a0\u00bb [\u2026] que constitue le texte\u2026 de l\u2019auteur, \u00e0 travers son contenu objectif ou tout du moins tel que les institutions, litt\u00e9raires, \u00e9ditoriales, scolaires, etc. le livrent\u00a0\u00bb, ni \u00e0 minorer \u00ab\u00a0l\u2019ensemble des \u00ab\u00a0codes\u00a0\u00bb et des savoirs, en un mot \u00ab\u00a0l\u2019encyclop\u00e9die\u00a0\u00bb, au sens d\u2019Umberto Eco, du lecteur, que ce dernier doit \u00eatre apte \u00e0 d\u00e9ployer, afin d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la radicale et pleine alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn58\">[58]<\/a>. Et c\u2019est en pensant la classe comme lieu d\u2019\u00e9mergence et de confrontation de lectures subjectives qu\u2019on parviendra au consensus qui permet de poser des bases interpr\u00e9tatives et de r\u00e9futer des interpr\u00e9tations inacceptables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>IV. Du sujet lecteur \u00e0 la lecture experte<\/h1>\n<h2>A. Du carnet de lecture au cercle de lecture<\/h2>\n<p>Sortir de la subjectivit\u00e9 pour acc\u00e9der \u00e0 la pleine alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre suppose d\u2019abord la rencontre avec d\u2019autres lectures qui permettent de confronter r\u00e9actions et jugements.<\/p>\n<p>C\u2019est tout d\u2019abord la confrontation des journaux ou carnets de lecture tenus \u00e0 deux ou \u00e9chang\u00e9s qui permettent au lecteur de prendre de la distance avec son \u00ab\u00a0texte singulier\u00a0\u00bb. Mieux encore\u00a0: ils peuvent pr\u00e9parer les \u00ab\u00a0cercles de lecture\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le cercle de lecture est un dispositif didactique permettant aux \u00e9l\u00e8ves d\u2019apprendre \u00e0 interpr\u00e9ter et \u00e0 construire une lecture \u00e0 partir de textes litt\u00e9raires. Discussion de la classe, ou de groupes plus restreints, dispos\u00e9(e)(s) en cercle, et appuy\u00e9(e)(s) sur les journaux ou carnets de lecture d\u2019\u00e9l\u00e8ves volontaires, discussion qui peut pr\u00e9c\u00e9der et pr\u00e9parer la lecture analytique du texte.<\/p>\n<p>C\u00e9line Billouard pr\u00e9sente ainsi le dispositif dans le m\u00e9moire qu\u2019elle a consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de <em>Madame Bovary<\/em> en classe de seconde<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn59\">[59]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les cercles de lecture s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 de la r\u00e9alisation des cahiers de bord. On utilisera en effet la confrontation de ces notes de lecture dans la classe, pour que se constitue, avec le groupe form\u00e9 par les \u00e9l\u00e8ves, une forme de communaut\u00e9 interpr\u00e9tative. C\u2019est donc un double mouvement qui s\u2019op\u00e8re\u00a0: si la lecture permet dans un premier temps l\u2019expression d\u2019une intimit\u00e9, du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, il s\u2019agit dans un second temps, avec les cercles de lecture, d\u2019aller vers une socialisation du texte. On observe donc le passage d\u2019une exp\u00e9rience solitaire \u00e0 une exp\u00e9rience partag\u00e9e. La finalit\u00e9 \u00e9tant d\u2019organiser \u00e0 partir des propositions formul\u00e9es par cette communaut\u00e9 particuli\u00e8re une relecture analytique de l\u2019\u0153uvre. La communaut\u00e9 interpr\u00e9tative se cr\u00e9e \u00e0 partir d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9changes qui s\u2019organisent autour des r\u00e9actions subjectives. Ces r\u00e9actions permettent de r\u00e9v\u00e9ler, d\u2019identifier mais aussi de construire, un certain nombre de r\u00e9f\u00e9rences communes au groupe\u00a0; celles-ci pouvant \u00eatre de nature esth\u00e9tique, sentimentale, morale\u2026 La discussion entre les \u00e9l\u00e8ves, entre \u00ab\u00a0pairs\u00a0\u00bb, permettra alors d\u2019enrichir, de transformer ou m\u00eame de compl\u00e8tement renouveler les interpr\u00e9tations construites individuellement.<\/p>\n<p>[\u2026]<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0cercles de lecture\u00a0\u00bb ont eu lieu trois mercredis matin, en premi\u00e8re heure (de neuf heures \u00e0 dix heures) tandis que la deuxi\u00e8me heure \u00e9tait consacr\u00e9e au commentaire analytique d\u2019un passage de l\u2019\u0153uvre. J\u2019ai bien s\u00fbr fait en sorte que la lecture analytique soit en relation directe avec le d\u00e9bat d\u2019impressions qui venait d\u2019avoir lieu, de telle sorte que l\u2019articulation entre lecture subjective et \u00e9tude litt\u00e9raire soit explicite aux yeux des \u00e9l\u00e8ves. Ces cercles de lecture, rebaptis\u00e9s \u00ab\u00a0salon litt\u00e9raire\u00a0\u00bb par certains, reposent par ailleurs sur un dispositif particulier. Tout d\u2019abord, j\u2019ai d\u00e9sir\u00e9 que la salle de classe s\u2019apparente, dans la mesure du possible, \u00e0 un salon. Pour cela, les tables sont rel\u00e9gu\u00e9es au fond de la classe, les \u00e9l\u00e8ves gardent uniquement leur chaise et viennent former un cercle. Quatre ou cinq d\u2019entre eux, qui se sont inscrits au pr\u00e9alable, lisent un extrait de leur cahier de bord en rapport avec un des th\u00e8mes qui leur a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s en amont\u00a0:<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Organisation<\/span><\/strong><strong>\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong>1<sup>er<\/sup> cercle de lecture<\/strong><\/p>\n<p>Th\u00e8me\u00a0: Charles Bovary\u00a0: enfance, \u00e9tudes, premier mariage \/ Premier chapitre du roman<\/p>\n<p>Etude analytique\u00a0: tout le premier chapitre du roman<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong>2<sup>\u00e8me<\/sup> cercle de lecture<\/strong><\/p>\n<p>Th\u00e8me\u00a0: Emma Bovary et la lecture<\/p>\n<p>Etude analytique\u00a0: enfance et \u00e9ducation d\u2019Emma au couvent, extrait pages 100-103.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong>3<sup>\u00e8me<\/sup> cercle de lecture<\/strong><\/p>\n<p>Th\u00e8me\u00a0: La fin du roman, le destin des personnages<\/p>\n<p>Etude analytique\u00a0: excipit du roman, extrait pages 499-501.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s chaque lecture, les autres \u00e9l\u00e8ves sont invit\u00e9s \u00e0 r\u00e9agir sur ce qui vient d\u2019\u00eatre lu. C\u2019est au lecteur qu\u2019il revient alors de g\u00e9rer le d\u00e9bat. C\u2019est lui qui donne la parole aux \u00e9l\u00e8ves qui la demandent et qui apporte des pr\u00e9cisions sur le point de vue qu\u2019il vient de d\u00e9velopper. Il a pu arriver qu\u2019un \u00e9l\u00e8ve prenne la parole pour lire lui aussi un court extrait de son cahier qui lui semblait faire \u00e9cho \u00e0 ce qu\u2019il venait d\u2019entendre. Mon dessein \u00e9tait d\u2019intervenir le moins possible.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves ont beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 ces s\u00e9ances, c\u2019est en tout cas ce qui ressort \u00e0 la lecture du questionnaire distribu\u00e9 en fin de s\u00e9quence. Ils d\u00e9clarent en effet quasiment \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 que ces s\u00e9ances ont \u00e9t\u00e9 celles qu\u2019ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Ils s\u2019y s\u2019ont sentis dans l\u2019ensemble \u00e0 l\u2019aise et n\u2019ont pas eu de mal \u00e0 prendre la parole.<\/p>\n<p>Enfin, si l\u2019efficacit\u00e9 et l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces s\u00e9ances se r\u00e9v\u00e8lent manifestes, il faut pour autant pr\u00e9ciser que leur gestion ne fut pas des plus \u00e9videntes dans la mesure o\u00f9 mes \u00e9l\u00e8ves sont tr\u00e8s nombreux. Il va de soi que ce type de dispositif est plus facile \u00e0 mettre en place lorsque l\u2019on a affaire \u00e0 un effectif plus r\u00e9duit. C\u2019est \u00e9galement une d\u00e9marche qui demande un lourd investissement et une organisation tr\u00e8s rigoureuse. Il n\u2019a pas non plus toujours \u00e9t\u00e9 facile de canaliser l\u2019\u00e9nergie de certains pendant les d\u00e9bats. J\u2019ai d\u00fb intervenir \u00e0 plusieurs reprises (alors que ce n\u2019\u00e9tait pas ma volont\u00e9 initiale) pour que certaines interventions ne tournent pas \u00e0 l\u2019affrontement, d\u2019autant que j\u2019ai parfois eu l\u2019impression que s\u2019op\u00e9rait un clivage entre les filles et les gar\u00e7ons. Les unes partisanes d\u2019Emma Bovary et les autres, fervents d\u00e9fenseurs du \u00ab\u00a0pauvre Charles\u00a0\u00bb, victime de la \u00ab\u00a0cruaut\u00e9 f\u00e9minine\u00a0\u00bb. Heureusement, de s\u00e9ances en s\u00e9ances, le caract\u00e8re absolu de ces positions s\u2019est finalement estomp\u00e9. Notons \u00e0 ce propos que les lectures analytiques ont nettement contribu\u00e9 \u00e0 cela.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les cercles de lecture organis\u00e9s \u00e0 partir des carnets de lecture ne sont pas la seule fa\u00e7on de \u00ab\u00a0socialiser\u00a0\u00bb les lectures subjectives et de construire une communaut\u00e9 interpr\u00e9tative dans la classe. Il y a aussi, on l\u2019a dit plus haut, les propositions de <strong>lecture \u00e0 haute voix pr\u00e9par\u00e9es en groupe<\/strong>, ou encore les <strong>propositions de mise en image<\/strong> (pour des po\u00e8mes), <strong>ou de mise en espace<\/strong>, pour des textes de th\u00e9\u00e2tre qui peuvent \u00e9galement donner lieu \u00e0 des cercles de lecture ou autres formes de discussions collectives pr\u00e9par\u00e9es et organis\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>B. Conjuguer lecture subjective et communaut\u00e9 interpr\u00e9tative\u00a0: le d\u00e9bat interpr\u00e9tatif<\/h2>\n<p>La pratique du d\u00e9bat interpr\u00e9tatif a \u00e9t\u00e9 introduite par les accompagnements de programme de l\u2019\u00e9cole primaire de 2002. L\u2019objectif \u00e9tait de revenir sur les sentiments qui ont accompagn\u00e9 la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre et de r\u00e9cuser des interpr\u00e9tations que le texte n\u2019autorise pas. Il s\u2019agit d\u2019un dispositif \u00e0 la crois\u00e9e d&rsquo;une lecture impliqu\u00e9e et plus distanci\u00e9e, entre <em>playing<\/em> et <em>game<\/em> selon Picard.<\/p>\n<p>Il gagnerait \u00e0 \u00eatre \u00e9tendu au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e. A la diff\u00e9rence des \u00e9changes \u00e9voqu\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, le d\u00e9bat interpr\u00e9tatif porte sur les points d\u2019incertitude du texte, qu\u2019il s\u2019agisse de textes o\u00f9 l\u2019auteur mod\u00e8le a mis le lecteur mod\u00e8le en difficult\u00e9 ou le questionne ou de difficult\u00e9s de lecture qui tiennent au jeune \u00e2ge du lecteur et \u00e0 son manque d\u2019expertise<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn60\">[60]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation ne doit donc pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9e de la compr\u00e9hension. Elle correspond \u00e0 des points de difficult\u00e9 du texte pour le lecteur<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn61\">[61]<\/a>. Ces difficult\u00e9s ne seront \u00e9videmment pas les m\u00eames selon l\u2019\u00e2ge des \u00e9l\u00e8ves et selon les textes. Ainsi, certains textes fournissent la r\u00e9ponse au probl\u00e8me d\u2019interpr\u00e9tation, la difficult\u00e9 \u00e9tant de la trouver dans le texte. D\u2019autres sont des textes \u00ab\u00a0ouverts\u00a0\u00bb (pour reprendre le qualificatif employ\u00e9 par U. Eco) et laissent le lecteur dans l\u2019incertitude ou plut\u00f4t libre de choisir une interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Voici un exemple de dispositif de d\u00e9bat interpr\u00e9tatif tir\u00e9 de l\u2019ouvrage de D. Beltrami, F. Quet, M. R\u00e9mond, J. Ruffier, <em>Lectures pour le cycle 3. Enseigner la compr\u00e9hension par le d\u00e9bat interpr\u00e9tatif<\/em>, Hatier, 2004<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"341\">\n<pre>Sur une barricade, au milieu des pav\u00e9s<\/pre>\n<pre>Souill\u00e9s d'un sang coupable et d'un sang pur lav\u00e9s,<\/pre>\n<pre>Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.<\/pre>\n<pre>\u2014 Es-tu de ceux-l\u00e0, toi ? \u2014 L'enfant dit : Nous en sommes.<\/pre>\n<pre>\u2014 C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.<\/pre>\n<pre>Attends ton tour. \u2014 L'enfant voit des \u00e9clairs briller,<\/pre>\n<pre>Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.<\/pre>\n<pre>Il dit \u00e0 l'officier: Permettez-vous que j'aille<\/pre>\n<pre>Rapporter cette montre \u00e0 ma m\u00e8re chez nous ?<\/pre>\n<pre>\u2014 Tu veux t'enfuir ? \u2014 Je vais revenir. \u2014 Ces voyous<\/pre>\n<pre>Ont peur ! O\u00f9 loges-tu ? \u2014 L\u00e0, pr\u00e8s de la fontaine.<\/pre>\n<pre>Et je vais revenir, monsieur le capitaine.<\/pre>\n<pre>\u2014 Va-t'en, dr\u00f4le ! \u2014 L'enfant s'en va. \u2014 Pi\u00e8ge grossier !<\/pre>\n<pre>Et les soldats riaient avec leur officier,<\/pre>\n<pre>Et les mourants m\u00ealaient \u00e0 ce rire leur r\u00e2le ;<\/pre>\n<pre>Mais le rire cessa, car soudain l'enfant p\u00e2le,<\/pre>\n<pre>Brusquement reparu, fier comme Viala,<\/pre>\n<pre>Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voil\u00e0.<\/pre>\n<pre><\/pre>\n<pre>La mort stupide eut honte, et l'officier fit gr\u00e2ce.<\/pre>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Question pos\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Que se passe-t-il dans le texte\u00a0? Racontez l\u2019histoire avec vos propres mots.<\/p>\n<p>Questions pour relancer le d\u00e9bat\u00a0: Qu\u2019est-ce qui fait rire les soldats, \u00e0 votre avis\u00a0?<\/p>\n<p>Pourquoi l\u2019officier fait-il gr\u00e2ce\u00a0?<\/p>\n<p>Que signifie le dernier vers\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si le d\u00e9bat interpr\u00e9tatif permet de travailler sur la compr\u00e9hension des textes et de corriger les lectures subjectives aberrantes (voir l\u2019exemple de 1<sup>\u00e8re<\/sup> sc\u00e8ne de <em>Ruy Blas<\/em> d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9), il peut aussi \u00eatre une alternative \u00e0 la s\u00e9ance de lecture analytique.<\/p>\n<p>Exemple<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn62\">[62]<\/a><strong>\u00a0: <\/strong>d\u00e9bat interpr\u00e9tatif sur le po\u00e8me \u00ab\u00a0Qu\u2019il vive\u00a0\u00bb de Ren\u00e9 Char<\/p>\n<p>Question de d\u00e9part, recherche individuelle \u00e9crite\u00a0: que repr\u00e9sente le pronom \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb figurant dans le titre du po\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; interpr\u00e9ter pour comprendre, n\u00e9cessit\u00e9 de connaissances culturelles<\/p>\n<p>&#8211; interpr\u00e9ter pour entrer dans un texte a priori herm\u00e9tique, connaissance utile du po\u00e8te mais non-n\u00e9cessaire, exp\u00e9rience utile mais non obligatoire de la modernit\u00e9 po\u00e9tique<\/p>\n<div>\n<p><strong>Ren\u00e9 Char<\/strong> <strong>Qu&rsquo;il vive<\/strong> (1968) (Extrait des <strong><em>Matinaux<\/em><\/strong>)<\/p>\n<p>Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habill\u00e9s sont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s aux buts lointains.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 attend l&rsquo;aurore \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une bougie. Le verre de fen\u00eatre est n\u00e9glig\u00e9. Qu&rsquo;importe \u00e0 l&rsquo;attentif.<\/p>\n<p>Dans mon pays, on ne questionne pas un homme \u00e9mu.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ombre maligne sur la barque chavir\u00e9e.<\/p>\n<p>Bonjour \u00e0 peine, est inconnu dans mon pays.<\/p>\n<p>On n&#8217;emprunte que ce qui peut se rendre augment\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n&rsquo;avoir pas (ou de na pas avoir\u00a0?) de fruits.<\/p>\n<p>On ne croit pas \u00e0 la bonne foi du vainqueur<\/p>\n<p>Dans mon pays, on remercie.<\/p>\n<\/div>\n<p><strong>Int\u00e9r\u00eat du d\u00e9bat interpr\u00e9tatif\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>a) On comprend mieux \u00e0 plusieurs que seuls parce que<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la confrontation de son interpr\u00e9tation du texte avec celle des autres nous oblige \u00e0 la r\u00e9interroger, et donc \u00e0 r\u00e9interroger le texte.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l&rsquo;interpr\u00e9tation est au croisement des informations apport\u00e9es par le texte et de nos connaissances, valeurs, etc. personnelles. A plusieurs, et \u00e0 condition d&rsquo;accepter l&rsquo;\u00e9change, on lit plus d&rsquo;informations du texte, on dispose de plus de connaissances du monde, on relativise les valeurs comme filtres de lecture.<\/p>\n<p>b) Le d\u00e9bat d&rsquo;interpr\u00e9tation permet un travail approfondi sur le texte, parce qu&rsquo;il oblige les participants \u00e0 argumenter leurs interpr\u00e9tations par des \u00e9l\u00e9ments du texte. Il permet de mesurer ce que le texte autorise comme interpr\u00e9tation et ce qu&rsquo;il interdit.<\/p>\n<p>c) En mettant l&rsquo;enseignant hors du jeu pour un moment, le d\u00e9bat autorise des lectures plurielles, des itin\u00e9raires singuliers. Il permet \u00e0 l&rsquo;enseignant d&rsquo;observer ces itin\u00e9raires, de rep\u00e9rer les errements qu&rsquo;ils peuvent entra\u00eener, ou les directions auxquelles il n&rsquo;aurait pas pr\u00eat\u00e9 attention. Cela peut lui \u00eatre utile pour des travaux ult\u00e9rieurs de travail sur les strat\u00e9gies de lecture interpr\u00e9tative.<\/p>\n<p>d) L&rsquo;enseignant a un r\u00f4le \u00e0 jouer dans la construction de l&rsquo;interpr\u00e9tation. Il anime le d\u00e9bat, mais pas passivement. Il peut demander des pr\u00e9cisions, aider \u00e0 sortir d&rsquo;une impasse, sugg\u00e9rer un indice, relancer un \u00e9change qui s&rsquo;enlise.<\/p>\n<p>e) Possibilit\u00e9 de synth\u00e8se (m\u00eame \u00e9crite par les \u00e9l\u00e8ves\u00a0!, moment de r\u00e9daction dans la s\u00e9ance ou apr\u00e8s).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat peut aussi porter sur les valeurs du texte et le rapport des \u00e9l\u00e8ves-lecteurs \u00e0 ces valeurs, bref sur tout ce qui peut susciter leur int\u00e9r\u00eat de sujet lecteur. Il peut \u00eatre le moment d\u2019en discuter une lecture actualisante, lecture qui ne remet pas en cause le travail de contextualisation historique n\u00e9cessaire \u00e0 un moment de la lecture analytique, mais qui fait r\u00e9sonner le texte dans le pr\u00e9sent et rappelle aux \u00e9l\u00e8ves que des \u0153uvres anciennes peuvent aussi nous parler de notre ici et maintenant.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat, non plus interpr\u00e9tatif mais \u00e9valuatif, pourra \u00e9galement porter sur la valeur de l\u2019\u0153uvre ou des \u0153uvres, question rarement abord\u00e9e puisque soit cette valeur est pr\u00e9sent\u00e9e comme incontestable, soit on se contente de l\u2019expression d\u2019un plaisir ou d\u00e9plaisir de lecture, difficilement argument\u00e9. Cette approche du jugement de valeur est un moyen d\u2019aborder les derniers items de la comp\u00e9tence 5 r\u00e9unis sous le titre \u00ab\u00a0Faire preuve de sensibilit\u00e9, d\u2019esprit critique, de curiosit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir notamment \u00ab\u00a0\u00eatre sensible aux enjeux esth\u00e9tiques et humains d\u2019un texte litt\u00e9raire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00eatre capable de porter un regard critique sur un fait, un document, une \u0153uvre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat interpr\u00e9tatif est aussi un moyen de construire la comp\u00e9tence de lecture experte \u00e0 partir du carnet de lecture dans un dispositif similaire \u00e0 celui \u00e9voqu\u00e9 pour les cercles de lecture\u00a0: dans le dispositif carnet de lecteur-d\u00e9bat interpr\u00e9tatif tel qu\u2019exp\u00e9riment\u00e9 par Sylvian Ahr, les carnets sont ramass\u00e9s par le professeur qui part des lectures des \u00e9l\u00e8ves pour choisir la ou les questions \u00e0 poser pour le d\u00e9bat. Ainsi, \u00e0 propos de <em>Paroles<\/em> de Jacques Pr\u00e9vert, les questions pos\u00e9es sont les suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0A qui les po\u00e8mes sont-ils adress\u00e9s\u00a0? Qui parle dans <em>Paroles\u00a0<\/em>?\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 vient l\u2019inspiration dans <em>Paroles\u00a0<\/em>?\u00a0\u00bb. Le troisi\u00e8me temps du dispositif pr\u00e9voit un retour sur le carnet \u00e0 l\u2019issue des \u00e9changes\u00a0: il permet aux \u00e9l\u00e8ves \u00ab\u00a0d\u2019objectiver leur lecture empirique du texte\u00a0\u00bb et surtout de la faire \u00e9voluer. Pour faciliter ce \u00ab\u00a0retour distanci\u00e9\u00a0\u00bb, la prise de notes des \u00e9l\u00e8ves au cours du d\u00e9bat est r\u00e9alis\u00e9e \u00ab\u00a0sous forme de tableau \u00e0 triple entr\u00e9e, sur lequel ils pourraient s\u2019appuyer pour \u00e9crire leur lecture subjective argument\u00e9e du texte\u00a0: ce qui conforte ma lecture \/ ce qui contredit ma lecture \/ ce que je ne situe pas (aucun lien avec ma lecture).\u00a0\u00bb Les extraits de carnets suivants donn\u00e9s par Sylviane Ahr t\u00e9moignent de l\u2019\u00e9volution de la lecture des \u00e9l\u00e8ves\u00a0:<\/p>\n<p>Il [Pr\u00e9vert] d\u00e9crit ce lieu universel (la f\u00eate foraine) comme \u00e9tant un lieu de libert\u00e9 et de bonheur. C\u2019est l\u2019anaphore du mot \u00ab\u00a0heureux\u00a0\u00bb qui nous le fait comprendre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La narrateur utilise des phrases non verbales \u00ab\u00a0Heureux les amoureux sur les montagnes russes\u00a0\u00bb, ce qui nous sort compl\u00e8tement de la notion du temps. On est emport\u00e9 dans le po\u00e8me et on ne se situe plus dans le temps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans l\u2019expression \u00ab\u00a0hurlant dans la poussi\u00e8re\u00a0\u00bb, tout d\u00e9pend de la mani\u00e8re dont on lit le po\u00e8me\u00a0: si on lit normalement \u00ab\u00a0Heureux le limonaire, hurlant dans la poussi\u00e8re\u00a0\u00bb, l\u2019expression fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019orgue. Mais si on apsse par le vers d\u2019avant \u00ab\u00a0Sur son jet d\u2019eau de sang, hurlant dans la poussi\u00e8re\u00a0\u00bb, cela fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un soldat tu\u00e9, bless\u00e9.<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn63\">[63]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>C. De l\u2019\u00e9criture d\u2019invention au commentaire<\/h2>\n<p>Le passage de l\u2019\u00e9criture d\u2019invention au commentaire est pour l\u2019essentiel un terrain qui reste \u00e0 d\u00e9fricher\u00a0: les deux exercices, dans l\u2019optique de la pr\u00e9paration de l\u2019EAF, sont con\u00e7us et pr\u00e9par\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment. Les deux d\u00e9marches sont a priori exclusives l\u2019une de l\u2019autre puisque, si l\u2019on reprend les cat\u00e9gories de F. Le Goff pr\u00e9sent\u00e9es plus haut, on est, avec l\u2019\u00e9criture d\u2019invention du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9crire \u00ab\u00a0dans\u00a0\u00bb tandis que le commentaire rel\u00e8ve des \u00e9crits m\u00e9tatextuels et de l\u2019\u00e9crire \u00ab\u00a0sur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, de m\u00eame que beaucoup de sujets d\u2019invention sont en fait des sujets de dissertation d\u00e9guis\u00e9s, il est arriv\u00e9 que certains sujets de l\u2019EAF demandent un commentaire sous couvert d\u2019\u00e9criture d\u2019invention<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn64\">[64]<\/a>. En voici trois exemples\u00a0:<\/p>\n<p>1.Apr\u00e8s la lecture de ce corpus, un des po\u00e8mes vous para\u00eet correspondre plus particuli\u00e8rement \u00e0 ce que vous appr\u00e9ciez dans la po\u00e9sie. Vous l&rsquo;adressez \u00e0 une revue de po\u00e9sie et dans votre lettre d&rsquo;accompagnement vous en d\u00e9fendez l&rsquo;int\u00e9r\u00eat par rapport \u00e0 d&rsquo;autres types de po\u00e8mes. Vous r\u00e9digez cette lettre. (2002, s\u00e9rie L)<\/p>\n<p>2. \u00c0 la r\u00e9ception de ce texte [\u00ab\u00a0La L\u00e9gende de l&rsquo;homme \u00e0 la cervelle d&rsquo;or\u00a0\u00bb], \u00ab\u00a0la dame qui demande des histoires gaies\u00a0\u00bb d\u00e9cide de r\u00e9pondre \u00e0 Alphonse Daudet. Dans sa lettre, elle \u00e9voque les \u00e9motions et d\u00e9veloppe les r\u00e9flexions que cette histoire lui a inspir\u00e9es. (2006, s\u00e9rie ES-S)<\/p>\n<p>3. Un metteur en sc\u00e8ne s&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;ensemble de son \u00e9quipe (acteurs, sc\u00e9nographe, costumiers, \u00e9clairagistes&#8230;) pour d\u00e9finir ses choix d&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;extrait d&rsquo;<em>Antigone<\/em> (texte B) et donner ses consignes pour qu&rsquo;elle devienne, lors du spectacle, une grande sc\u00e8ne d&rsquo;affrontement. Vous r\u00e9digerez son intervention. (2006, s\u00e9rie L, Centres \u00e9trangers)<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est qu\u2019il s\u2019agit plus, dans le cas de l\u2019EAF, d\u2019une fa\u00e7on d\u2019\u00e9viter les difficult\u00e9s de l\u2019\u00e9criture d\u2019invention que d\u2019un exercice pens\u00e9 pour travailler le passage de l\u2019\u00e9criture d\u2019invention au commentaire. Il ne faudrait donc pas remplacer les sujets qui demandent d\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9crire dans\u00a0\u00bb par des sujets en r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9tatextuels, mais il serait int\u00e9ressant d\u2019\u00e9tudier dans quelle mesure le cadre \u00e9nonciatif propos\u00e9 par les sujets 2 et 3 ci-dessus, qui mettent en sc\u00e8ne un sujet-lecteur, peuvent faciliter pour les \u00e9l\u00e8ves l\u2019appropriation de l\u2019exercice du commentaire.<\/p>\n<p>Un autre travail consisterait \u00e0 donner \u00e0 faire sur un m\u00eame texte \u00e0 la fois un ou deux sujets d\u2019invention (l\u2019insertion d\u2019une description, des pens\u00e9es d\u2019un personnage, d\u2019un \u00e9pisode suppl\u00e9mentaire\u2026) <strong>et<\/strong> un commentaire\u00a0: les \u00e9l\u00e8ves pourraient choisir entre deux sujets d\u2019invention (pour explorer diverses possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9criture) mais feraient aussi un commentaire, les deux exercices \u00e9tant pr\u00e9par\u00e9s par la m\u00eame lecture analytique. Cette exp\u00e9rience reste \u00e0 mener mais elle am\u00e8nerait \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur les transferts possibles entre les deux activit\u00e9s, les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es et les moyens de les lever.<\/p>\n<p>Afin de rendre compte d\u2019une exp\u00e9rience qui am\u00e8ne \u00e0 conjuguer \u00e9criture d\u2019invention et commentaire, je m\u2019appuierai de nouveau pour finir sur les travaux que conduit B\u00e9n\u00e9dicte Shawky-Milcent dans le cadre de la th\u00e8se qu\u2019elle a entreprise en didactique de la litt\u00e9rature. Certes, l\u2019objectif de l\u2019exp\u00e9rience dont je vais rendre compte n\u2019est pas ici le travail sur le commentaire<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn65\">[65]<\/a> mais l\u2019appropriation d\u2019un texte classique (en l\u2019occurrence <em>Le P\u00e8re Goriot<\/em>) par les \u00e9l\u00e8ves<a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftn66\">[66]<\/a>. Mais le sujet d\u2019invention qu\u2019elle propose me para\u00eet articuler justement l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9crire dans\u00a0\u00bb, avec une transposition actualisante de la situation du roman \u00e9tudi\u00e9, l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9crire sur\u00a0\u00bb, puisqu\u2019il s\u2019agit de mettre en perspective l\u2019\u0153uvre lue, et le sujet lecteur mis en sc\u00e8ne dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et libre de se manifester s\u2019il le souhaite.<\/p>\n<p>Elle part d\u2019un double constat\u00a0: celui de la difficult\u00e9 des lyc\u00e9ens \u00e0 se poser comme sujets lecteurs d\u2019une \u0153uvre classique, difficult\u00e9 que traduisent leurs notes de lecture subjective au fil de leur d\u00e9couverte du <em>P\u00e8re Goriot <\/em>(informations sur la di\u00e9g\u00e8se, ou dol\u00e9ances sur la longueur des descriptions)\u00a0; celui de la difficult\u00e9 des sujets d\u2019\u00e9criture propos\u00e9s \u00e0 susciter une v\u00e9ritable appropriation de l\u2019\u0153uvre, tant pour les sujets d\u2019invention qui donnent parfois l\u2019impression que ces jeunes lecteurs en restent \u00e0 la superficie des textes, que pour le commentaire litt\u00e9raire et la dissertation qui, en d\u00e9pit de leur ind\u00e9niable int\u00e9r\u00eat, accentuent, pour un trop grand nombre de lyc\u00e9ens, la rupture et la distance avec l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Au terme d\u2019une s\u00e9quence de 14 heures qui a permis de mener la lecture-d\u00e9couverte du roman en parall\u00e8le avec l\u2019\u00e9tude en classe et a donn\u00e9 lieu \u00e0 chaque \u00e9tape \u00e0 un dialogue en classe, \u00e0 partir des notes de lectures subjectives prises par chacun, les deux classes de seconde concern\u00e9es par l\u2019exp\u00e9rience ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 relire l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du roman et de l\u2019\u00e9tude pendant les vacances d\u2019automne, puis, \u00e0 leur retour, \u00e0 traiter le sujet suivant, en deux heures, en classe\u00a0:<\/p>\n<p class=\"PIEPLcitation\">Un jeune homme (ou une jeune fille) est \u00e0 un carrefour de sa vie et a une d\u00e9cision importante \u00e0 prendre. Plong\u00e9 dans sa r\u00e9flexion, il aper\u00e7oit par hasard un classique \u00e9tudi\u00e9 au lyc\u00e9e quelque temps auparavant\u00a0: <em>Le P\u00e8re Goriot<\/em>, de Balzac. Il se revoit en train de lire ce roman\u2026 il se souvient avec pr\u00e9cision des circonstances de sa lecture, des difficult\u00e9s, plaisirs et d\u00e9plaisirs, rencontr\u00e9s. Des souvenirs de l\u2019histoire racont\u00e9e par Balzac lui reviennent en m\u00e9moire\u00a0: des impressions, des images, certains passages, des phrases, des personnages\u2026Puis il repense longuement \u00e0 l\u2019apprentissage d\u2019Eug\u00e8ne de Rastignac, \u00e0 tout ce qu\u2019il a compris et retenu de la lecture et de l\u2019\u00e9tude de ce roman\u2026Soudain, <em>Le P\u00e8re Goriot<\/em> apporte une r\u00e9ponse \u00e0 ses questions\u00a0: il sait quelle est la bonne d\u00e9cision \u00e0 prendre.<\/p>\n<p class=\"PIEPLcitation\">Vous imaginez toutes les pens\u00e9es de ce personnage, apr\u00e8s avoir pr\u00e9cis\u00e9 dans quelle situation il se trouve. Vous \u00eates libre de vous exprimer \u00e0 la premi\u00e8re ou \u00e0 la troisi\u00e8me personne du singulier, au pass\u00e9 ou au pr\u00e9sent, et bien s\u00fbr, de puiser dans le souvenir de votre propre d\u00e9couverte du roman. N\u2019oubliez pas d\u2019indiquer quelle est la d\u00e9cision prise par le personnage\u00a0!<\/p>\n<p class=\"PIEPLcitation\">Vous serez \u00e9valu\u00e9 principalement sur\u00a0:<\/p>\n<p class=\"PIEPLcitation\">&#8211; La prise en compte des consignes.<\/p>\n<p class=\"PIEPLcitation\">&#8211; Votre bonne connaissance du roman \u00e9tudi\u00e9, dont ce travail d\u2019\u00e9criture doit t\u00e9moigner.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de reprendre ici la passionnante analyse des r\u00e9sultats de cette exp\u00e9rience\u00a0: je renvoie pour cela \u00e0 la communication \u00e0 para\u00eetre de B. Shawky-Milcent qui montre notamment l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a \u00e0 solliciter la subjectivit\u00e9 de l\u2019\u00e9l\u00e8ve dans \u00ab\u00a0l\u2019apr\u00e8s-coup\u00a0\u00bb de la lecture, d\u2019une part pour mesurer s\u2019il a fait sienne cette lecture, et d\u2019autre part pour offrir \u00e0 sa culture litt\u00e9raire en construction un ancrage m\u00e9moriel\u00a0: c\u2019est une partie suppl\u00e9mentaire qu\u2019il faudrait ajouter \u00e0 mon intervention pour aborder cet autre apport de la prise en compte du sujet lecteur dans la classe.<\/p>\n<p>Je retiendrai ici de ce sujet la mani\u00e8re dont il fait appel \u00e0 plusieurs postures de lecture, et donc d\u2019\u00e9criture, et est en cela d\u2019une tr\u00e8s grande richesse pour la formation des \u00e9l\u00e8ves. B. Shawky-Milcent constate en effet que la posture \u00e9thique et pratique demand\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves par le sujet n\u2019exclut pas la posture esth\u00e9tique et formelle et que si les \u00e9l\u00e8ves ne prennent dans l\u2019ensemble que tr\u00e8s peu de distance avec le texte, avec ses effets, \u00e9merge toutefois chez certains cette posture lettr\u00e9e avec laquelle ils se sont familiaris\u00e9s au coll\u00e8ge. Elle note que ces \u00e9l\u00e8ves r\u00e9duisent ainsi dans leur copie la distance qui a pu s\u2019instaurer en classe avec le texte lors des lectures analytiques, en convertissant des effets stylistiques mis en lumi\u00e8re collectivement, en sensations et en \u00e9motions\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019arrestation de Vautrin\u00a0\u00bb, \u00e9crit Manon, \u00ab\u00a0\u00e9tait le meilleur passage du livre\u00a0; il \u00e9tait compar\u00e9 \u00e0 un f\u00e9lin enrag\u00e9, \u00e0 la fois terrifiant et fascinant\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Il disait\u00a0: \u00ab\u00a0Paris est comme un pot rempli d\u2019araign\u00e9es\u00a0\u00bb\u00a0; on ressentait dans cette phrase une sensation d\u2019enfermement et de grouillement\u00a0\u00bb, remarque Mathilde. Ils sont plusieurs \u00e0 \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb l\u2019arrestation de Vautrin. \u00ab\u00a0L\u2019acc\u00e8s de rage de Trompe la Mort, puis son calme pour \u00e9viter de mourir \u00e9tait l\u2019image la plus vive\u00a0\u00bb \u00e9crit un Tom. De la m\u00eame mani\u00e8re, ils r\u00e9entendent la longue plainte d\u2019agonie du P\u00e8re Goriot, longuement \u00e9tudi\u00e9e en classe. On a ici la confirmation qu\u2019un dialogue peut s\u2019instaurer, dans le cadre scolaire, entre ces deux postures oppos\u00e9es mais compl\u00e9mentaires requises par la lecture subjective et par la lecture analytique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019exemple que nous fournit l\u2019exp\u00e9rience de B. Shawky-Milcent est donc une invitation \u00e0 imaginer des sujets \u00ab\u00a0mixtes\u00a0\u00bb qui m\u00ealent plusieurs formes d\u2019\u00e9criture, hyper ou m\u00e9tatextuelles, et font appel dans le m\u00eame temps \u00e0 diverses postures de lecture, afin de mieux r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leurs caract\u00e9ristiques r\u00e9ciproques et de favoriser le passage des unes aux autres, sans les concevoir de mani\u00e8re \u00e9tanche.<\/p>\n<p>Nous n\u2019en sommes qu\u2019au d\u00e9but de la r\u00e9flexion et seules de nouvelles exp\u00e9riences nous permettront de faire progresser la r\u00e9flexion didactique en ce domaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Pour les besoins de l\u2019expos\u00e9, les dispositifs p\u00e9dagogiques pr\u00e9sent\u00e9s l\u2019ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment mais ils ont tout \u00e0 gagner \u00e0 \u00eatre combin\u00e9s selon les besoins\u00a0: on peut faire advenir le sujet lecteur en analysant des sc\u00e8nes subjectives de lecture comme en faisant son autobiographie de lecteur\u00a0; on peut manifester sa lecture subjective d\u2019un texte dans un carnet de lecture comme dans une \u00e9criture d\u2019invention qui peut exiger un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb personnel aussi bien qu\u2019un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb fictif. Quant \u00e0 la mise en commun \u00e0 l\u2019oral, c\u2019est \u00e9galement une activit\u00e9 \u00e0 utiliser en lien avec les pr\u00e9c\u00e9dentes. Mais dans tous les cas, la prise en compte du sujet lecteur doit intervenir dans un cadre pens\u00e9 dont les objectifs sont \u00e0 d\u00e9finir pr\u00e9cis\u00e9ment dans chaque situation.<\/p>\n<p>Si tout lecteur est triple ou quadruple, c\u2019est peut-\u00eatre la multiplicit\u00e9 des instances ou des postures que l\u2019on doit construire en classe, en ne laissant pas de c\u00f4t\u00e9 le sujet lecteur, mais en lui donnant toute sa place \u00e0 cot\u00e9, par exemple, du lecteur expert, analyste cultiv\u00e9 et habile interpr\u00e8te. L\u2019objectif est d\u2019apprendre aux \u00e9l\u00e8ves \u00e0 circuler de posture en posture en les empruntant selon les besoins. Reste \u00e0 convaincre les enseignants d\u2019exp\u00e9rimenter ces propositions et de voir dans quelle mesure elles sont g\u00e9n\u00e9ralisables, au-del\u00e0 de l\u2019effet ma\u00eetre toujours pr\u00e9sent lorsque ces exp\u00e9riences sont men\u00e9es par des enseignants convaincus et passionn\u00e9s. C\u2019est \u00e0 cette condition que nous parviendrons v\u00e9ritablement \u00e0 renouveler l\u2019approche de la litt\u00e9rature au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Annexe<\/strong><\/p>\n<p>Document de Colette Buguet-M\u00e9lan\u00e7on, professeure qu\u00e9becoise en c\u00e9gep, disponibles \u00e0 partir de la page : http:\/\/www.ccdmd.qc.ca\/correspo\/Corr3-2\/Jounal.htm<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Comment r\u00e9diger un journal de lecture ? <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques pages de lecture, tu t&rsquo;arr\u00eates. Tu pr\u00e9pares de quoi \u00e9crire : bloc-notes, cahier, feuilles de cours ou ton clavier d&rsquo;ordinateur.<\/p>\n<p>Tu indiques en titre la date, l&rsquo;heure et le lieu o\u00f9 tu es install\u00e9 pour \u00e9crire.<\/p>\n<p>Tu r\u00e9agis librement par \u00e9crit \u00e0 ce que tu viens de lire. Cette t\u00e2che permet une \u00e9criture directe, spontan\u00e9e sans brouillon pr\u00e9alable. Il suffit que le texte soit ais\u00e9ment lisible par le destinataire. Cette r\u00e9action sera plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9e selon ton inspiration mais toujours reli\u00e9e \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment pr\u00e9cis du livre que tu mentionnes.<\/p>\n<p>Si tu manques d&rsquo;id\u00e9es, tu trouveras ci-dessous des propositions. Ton Journal sera plus riche si tu varies les observations que tu lui confies .<\/p>\n<p>Tu remets ton Journal au professeur pour qu&rsquo;il y porte ses propres observations, r\u00e9ponde \u00e0 tes questions, t&rsquo;en pose d&rsquo;autres&#8230;<\/p>\n<p>Tu reprends ta lecture. Tu t&rsquo;arr\u00eates \u00e0 nouveau apr\u00e8s quelque temps, tu rouvres ton Journal, tu inscris la date, le lieu etc.<\/p>\n<p>Tu alternes de cette fa\u00e7on lecture et pauses. La consigne est de faire au moins 5 \u00ab\u00a0arr\u00eats sur livre\u00a0\u00bb. Le dernier pouvant se placer \u00e0 la fin de l&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00c0 propos de l&rsquo;\u00e9nonciation.<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;auteur du JDL interpelle un personnage, un autre \u00e9l\u00e8ve-lecteur ou un futur lecteur de l&rsquo;oeuvre, l&rsquo;auteur, ou \u2026 lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;\u00e9crire dans un Journal de lecture ?<\/strong><\/p>\n<p>Trois grands types d&rsquo;observations:<\/p>\n<p><strong>Ce qui concerne ta mani\u00e8re de lire un livre.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Pourquoi as-tu choisi ce livre ? (si c&rsquo;est toi qui l&rsquo;as choisi&#8230;)<\/li>\n<li>\u00c0 quelle vitesse lis-tu ? \u00c0 quel rythme le parcours-tu ?<\/li>\n<li>As-tu modifi\u00e9 ta fa\u00e7on habituelle de lire pour ce livre-ci?<\/li>\n<li>O\u00f9 lis-tu ? Quand ? Durant combien de temps ? Pr\u00e9f\u00e8res-tu \u00eatre seul ou en compagnie? Dans le silence ?<\/li>\n<li>Quelle est ta relation avec l&rsquo;objet-livre : achat, emprunt, location ? Comment le trouves-tu : \u00e9pais, mince, joli, banal, doux\u2026 ?<\/li>\n<li>Que penses-tu de la couverture, des caract\u00e8res\u2026?<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Ce qui concerne l&rsquo;action de la lecture sur toi.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Quelles \u00e9motions ressens-tu en lisant ? : plaisir, d\u00e9plaisir ? joie, peur, col\u00e8re, tristesse ?<\/li>\n<li>\u00c0 quel personnage as-tu tendance \u00e0 t&rsquo;identifier? \u00e0 t&rsquo;opposer ?<\/li>\n<li>Le livre \u00e9voque-t-il des faits en rapport avec ta propre vie ? Partages-tu les valeurs qui y sont propos\u00e9es ou combattues ?<\/li>\n<li>Tu peux aussi noter une phrase que tu trouves belle, po\u00e9tique, dr\u00f4le ou un court extrait et le commenter.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Ce qui concerne l&rsquo;analyse.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Ce que tu connais des proc\u00e9d\u00e9s d&rsquo;analyse te permet aussi de parler du livre (si c&rsquo;est un roman : <a href=\"http:\/\/users.skynet.be\/fralica\/refer\/theorie\/theocom\/lecture\/6mlrecit.htm#hist\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">histoire<\/a> et <a href=\"http:\/\/users.skynet.be\/fralica\/refer\/theorie\/theocom\/lecture\/6mlrecit.htm#narr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">narration<\/a>)<\/li>\n<li>Que peux-tu dire du langage : vocabulaire, niveau de langue, construction de phrases ?<\/li>\n<li>Ce livre te fait-il penser \u00e0 une autre \u0153uvre : roman, th\u00e9\u00e2tre, peinture, cin\u00e9ma, chanson\u2026 ?<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref1\">[1]<\/a> T. Todorov <em>La litt\u00e9rature en p\u00e9ril<\/em> (2007)\u00a0;A. Compagnon <em>La litt\u00e9rature pour quoi faire\u00a0?<\/em> (2007)\u00a0; Dominique Maingueneau, <em>Contre Saint-Proust. La fin de la Litt\u00e9rature<\/em> (2008)\u00a0; Yves Citton <em>Lire, interpr\u00e9ter, actualiser. Pourquoi les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0?<\/em>, \u00c9ditions Amsterdam, 2007, ou <em>L\u2019Avenir des humanit\u00e9s<\/em>, La D\u00e9couverte, 2010\u00a0; Vincent Jouve, <em>Pourquoi \u00e9tudier la litt\u00e9rature\u00a0?<\/em>, Armand Colin, 2010\u00a0; Jean-Marie Schaeffer, <em>Petite \u00e9cologie des \u00e9tudes litt\u00e9raires; Pourquoi et comment \u00e9tudier la litt\u00e9rature<\/em>, \u00c9ditions Thierry Marchaisse, 2011.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref2\">[2]<\/a> D\u00e9j\u00e0, en 1986, Michel Picard constatait dans <em>La Lecture<\/em><em> comme jeu<\/em> que \u00ab\u00a0pour bon nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves et d\u2019\u00e9tudiants, une d\u00e9n\u00e9gation craintive leur interdit d\u2019envisager qu\u2019un texte puisse d\u00e9terminer autre chose qu\u2019un d\u00e9codage rationalisant plus ou moins compliqu\u00e9\u00a0\u00bb alors que \u00ab\u00a0d\u2019autres textes, par exemple lus hors programme, d\u00e9clenchent chez eux des \u00e9motions sans commune mesure apparente avec le <em>dit<\/em> explicite\u00a0\u00bb (p. 96). Plus r\u00e9cemment, Tzvetan Todorov accuse dans <em>La litt\u00e9rature en p\u00e9ril<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Une conception \u00e9triqu\u00e9e de la litt\u00e9rature, qui la coupe du monde dans lequel on vit, s&rsquo;est impos\u00e9e dans l&rsquo;enseignement, dans la critique et m\u00eame chez nombre d&rsquo;\u00e9crivains. Le lecteur, lui, cherche dans les \u0153uvres de quoi donner sens \u00e0 son existence. Et c&rsquo;est lui qui a raison\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref3\">[3]<\/a> J.-M. Schaeffer insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00e9volution des pratiques d\u2019enseignement, \u00e0 ses yeux trop centr\u00e9es sur l\u2019analyse de textes du patrimoine\u00a0: en minorant les pratiques de production et de lecture des \u00e9l\u00e8ves, elles entravent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une exp\u00e9rience personnelle de la litt\u00e9rature. Schaeffer insiste en particulier sur l\u2019importance de la fiction et de la po\u00e9sie\u00a0: \u00ab\u00a0seule une activation de la litt\u00e9rature comme mode d\u2019acc\u00e8s propre au monde, c\u2019est-\u00e0-dire seule l\u2019entr\u00e9e de l\u2019enfant ou du jeune dans l\u2019exp\u00e9rience personnelle que constitue la lecture des \u0153uvres, peut garantir que cette transmission soit autre chose qu\u2019un savoir mort. Guider les \u00e9l\u00e8ves vers cette exp\u00e9rience devrait donc, en toute logique, constituer le c\u0153ur m\u00eame de l\u2019apprentissage litt\u00e9raire.\u00a0\u00bb (p. 117)<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref4\">[4]<\/a> L\u2019enqu\u00eate 2009 (dont les r\u00e9sultats concernent le livre ne portent que sur la lecture qualifi\u00e9e de loisir) montre que chez les 15-24 ans, la part des Fran\u00e7ais lisant un quotidien payant est pass\u00e9 de 70% \u00e0 58% et que la part de ceux ayant lu au moins un livre au cours des douze derniers mois est pass\u00e9e de 83 \u00e0 78%. 26 % des gar\u00e7ons de cette tranche d&rsquo;\u00e2ge n&rsquo;ont ainsi lu aucun livre au cours des douze derniers mois, contre 15 % des filles. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est surtout la part des forts lecteurs qui diminue (voir Olivier Donnat, <em>Les Pratiques culturelles des Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique. Enqu\u00eate 2008<\/em>, La D\u00e9couverte\/Minist\u00e8re de la Culture et de la Communication, 2009, p. 141-262). Ces r\u00e9sultats sont corrobor\u00e9s par l\u2019enqu\u00eate internationale PISA qui porte sur les \u00e9l\u00e8ves de 15 ans des pays de l\u2019OCDE\u00a0: en moyenne, dans les pays de l\u2019OCDE, 37% des \u00e9l\u00e8ves disent ne pas lire par plaisir et 30% disent lire moins de 30 minutes par jour (la France se situe dans cette moyenne). La lecture a perdu de l\u2019int\u00e9r\u00eat aux yeux des \u00e9l\u00e8ves entre 2000 et 2009. Toutefois, le pourcentage d\u2019\u00e9l\u00e8ves lisant par plaisir a diminu\u00e9 davantage chez les gar\u00e7ons que chez les filles (OCDE, <em>R\u00e9sultats du PISA 2009 : Apprendre \u00e0 apprendre : Les pratiques, les strat\u00e9gies et l\u2019engagement des \u00e9l\u00e8ves<\/em>, Volume III, PISA, \u00c9ditions OCDE, 2011, p. 32 et suivantes)<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref5\">[5]<\/a> \u00ab\u00a0Lire au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e, de la foi du charbonnier \u00e0 une pratique sans croyance\u00a0\u00bb, (avec M. Cartier), Gen\u00e8se de la croyance litt\u00e9raire,\u00a0 Actes de la Recherche en sciences sociales, n\u00b0 123, Juin 1998, Seuil<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref6\">[6]<\/a> S. Octobre, Les loisirs culturels des 6-14 ans. Contribution \u00e0 une sociologie de l\u2019enfance et de la prime adolescence, <em>Enfances, Familles, G\u00e9n\u00e9rations<\/em><strong>, <\/strong>no 4, 2006, p. 155.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref7\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0Les horizons culturels des jeunes\u00a0\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de p\u00e9dagogie<\/em>, n\u00b0\u00a0163, avril-mai-juin 2008, p. 33.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref8\">[8]<\/a> Pour reprendre une expression d\u2019Annie Rouxel dans son introduction au dernier colloque des chercheurs en didactique de la litt\u00e9rature en avril 2011 \u00e0 Rabat.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref9\">[9]<\/a> Rouxel A., Langlade G. (dir.), P. U. Rennes, 2004.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref10\">[10]<\/a> Voir pour un expos\u00e9 de ces th\u00e9ories Annie Rouxel, <em>Enseigner la lecture litt\u00e9raire<\/em>, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 1996, \u00e0 qui je reprends l\u2019essentiel de cette pr\u00e9sentation.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref11\">[11]<\/a> Hans Robert Jauss, <em>Pour une esth\u00e9tique de la r\u00e9ception<\/em>, 1972\u00a0; <em>Pour une herm\u00e9neutique litt\u00e9raire<\/em>, 1982.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref12\">[12]<\/a> Wolfgang Iser, <em>L\u2019Acte de lecture, th\u00e9orie de l\u2019effet esth\u00e9tique<\/em> (1976).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref13\">[13]<\/a> <em>Lector in fabula<\/em>, 1979<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref14\">[14]<\/a> Ce qui suppose \u00e0 la fois des comp\u00e9tences textuelles et des comp\u00e9tences encyclop\u00e9diques (extra-textuelles) qui permettent d\u2019interpr\u00e9ter les \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la fois en fonction des \u00e9l\u00e9ments de connaissance auxquels ils renvoient (allusivement) et du \u00ab\u00a0sc\u00e9nario\u00a0\u00bb conventionnel dans lequel ils s\u2019inscrivent.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref15\">[15]<\/a> Dans chapitre 3, Eco montre comment, \u00e0 l\u2019aide d\u2019indices gliss\u00e9s dans le texte, l\u2019auteur construit la comp\u00e9tence encyclop\u00e9dique du lecteur pour que la communication soit r\u00e9ussie. Pr\u00e9cise en effet qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, un auteur souhaite le succ\u00e8s de la coop\u00e9ration. Rares sont les cas o\u00f9 il organise la d\u00e9route du lecteur (\u00e9chec interpr\u00e9tatif programm\u00e9 = cas, justement d\u2019<em>Un drame bien parisien<\/em> o\u00f9 le lecteur fait de fausses inf\u00e9rences en s\u2019appuyant sur un sc\u00e9nario intertextuel st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et en pr\u00eatant aux personnages des savoirs que lui seul d\u00e9tient\u00a0: la coop\u00e9ration interpr\u00e9tative mise en \u0153uvre par Allais mobilise ces sc\u00e9narios pour pi\u00e9ger le lecteur).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref16\">[16]<\/a> V. Jouve renonce au <em>liseur<\/em>, reprend le <em>lu<\/em> comme \u00e9l\u00e9ment passif pour renvoyer aux effets de la lecture sur l\u2019inconscient du lecteur et \u00e0 la satisfaction dans la lecture de certaines pulsions inconscientes, et affine le <em>lectant<\/em> en se fondant sur l\u2019id\u00e9e que le texte est d\u2019abord une construction qui suppose un architecte\u00a0: l\u2019auteur qui guide le lecteur dans sa relation au texte. Il distingue donc le <em>lectant jouant<\/em> qui s\u2019essaye \u00e0 deviner la strat\u00e9gie narrative du texte et le <em>lectant interpr\u00e9tant<\/em>, qui vise \u00e0 d\u00e9chiffrer le sens global de l\u2019\u0153uvre\u00a0; et il invente le <em>lisant<\/em>, instance qui se laisse pi\u00e9ger par l\u2019illusion r\u00e9f\u00e9rentielle et accepte de croire au monde fictif le temps de la lecture. Voir <em>L\u2019Effet personnage dans le roman<\/em> (1992) et <em>La Lecture<\/em>, Hachette (Contours litt\u00e9raires), 1993.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref17\">[17]<\/a> Bucheton (Dominique), \u00ab\u00a0Les postures du lecteur\u00a0\u00ab\u00a0, <em>in<\/em> Demougin (Patrick) et Massol (Jean-Fran\u00e7ois), coord., <em>Lecture priv\u00e9e et lecture scolaire<\/em>, CRDP de Grenoble, 1999.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref18\">[18]<\/a> En 2004, la notion de sujet lecteur est ouvertement questionn\u00e9e au colloque de didactique de Rennes\u00a0: Rouxel Annie et Langlade G\u00e9rard dir., <em>Le sujet lecteur, lecture subjective et enseignement de la litt\u00e9rature<\/em>, P. U. R., 2004. En 2007, <em>Le Fran\u00e7ais aujourd&rsquo;hui <\/em>lui consacre un num\u00e9ro\u00a0: \u00ab\u00a0Sujet lecteur, sujet scripteur, quels enjeux pour le didactique\u00a0?\u00a0\u00bb (n\u00b0157, juin 2007).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref19\">[19]<\/a> Il est int\u00e9ressant de donner \u00e0 lire soit un texte dont le contenu devrait faire r\u00e9agir (pour les \u00e9motions qu\u2019il suscite ou pour des raisons morales, ou encore pour le conflit de valeur qu\u2019il met en jeu), soit au contraire un texte dont on sait qu\u2019il \u00ab\u00a0parle\u00a0\u00bb \u00e0 certains publics et en laisse d\u2019autres indiff\u00e9rents. Exemples de textes utilis\u00e9s en formation\u00a0: pour la premi\u00e8re cat\u00e9gorie, une nouvelle d\u2019Annie Saumont \u00ab\u00a0Il revenait de Chicago, papa\u00a0\u00bb, pour la deuxi\u00e8me, les premi\u00e8res pages du roman de Michel Pical, <em>Matantemma<\/em> (\u00e9dition Buchet-Chastel).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref20\">[20]<\/a> <em>Qui a tu\u00e9 Roger Ackroyd\u00a0?<\/em> 1998, p.\u00a0127.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref21\">[21]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0130.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref22\">[22]<\/a> Pierre Bayard montre dans son <em>Enqu\u00eate sur Hamlet<\/em> que m\u00eame les analyses critiques qui se donnent pour les plus objectives t\u00e9moignent des effets de transformation des donn\u00e9es fictionnelles de l\u2019\u0153uvre (selon les modes op\u00e9ratoires de l\u2019ajout, la suppression ou la recomposition). Ainsi est-il \u00ab\u00a0difficile, quand on lit certaines des lectures d\u2019<em>Hamlet<\/em>, de croire que les critiques parlent du m\u00eame texte. Mais c\u2019est qu\u2019effectivement ils parlent, \u00e0 partir d\u2019une \u0153uvre commune, d\u2019un texte devenu pour chacun diff\u00e9rent.\u00a0\u00bb (Bayard, 2002, p. 162).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref23\">[23]<\/a> Extrait du m\u00e9moire professionnel de C\u00e9line Billouard, <em>R\u00e9habiliter la subjectivit\u00e9 de l\u2019\u00e9l\u00e8ve\u00a0: le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb au c\u0153ur de la d\u00e9marche interpr\u00e9tative<\/em><em>, <\/em>IUFM de Grenoble \u2013 Universit\u00e9 Joseph Fourier, ann\u00e9e universitaire 2007-2008.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref24\">[24]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref25\">[25]<\/a> \u00ab\u00a0Julien Sorel \u00e9tait-il noir\u00a0?\u00a0\u00bb, dans <em>Le texte du lecteur<\/em>, C. Mazauric, M.-J. Fourtanier, G. Langlade (dir.), P.I.E. Peter Lang, Bruxelles, 2011.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref26\">[26]<\/a> Pour une pr\u00e9sentation plus compl\u00e8te du dispositif, voir J.-F. Massol, B. Shawky-Milcent, \u00ab\u00a0Texte du lecteur et commentaire de texte\u00a0: relations, \u00e9volutions, modalit\u00e9s d\u2019apprentissage\u00a0\u00bb, dans <em>Textes de lecteurs en formation<\/em>, C. Mazauric, M.-J. Fourtanier, G. Langlade (dir.), P.I.E. Peter Lang, Bruxelles, 2011.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref27\">[27]<\/a> Le troisi\u00e8me \u00e9crit d\u2019A., apr\u00e8s la lecture analytique, \u00e9voque un personnage \u00ab\u00a0plein de g\u00e9nie et de synth\u00e8ses mentales tr\u00e8s pouss\u00e9es\u00a0\u00bb, et revenant sur l\u2019\u00e2ge de Frenhofer, signale que \u00ab\u00a0c\u2019est son g\u00e9nie qui l\u2019a fait vieillir\u00a0\u00bb, montrant comment il s\u2019est appropri\u00e9 l\u2019une des cl\u00e9s interpr\u00e9tatives du texte.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref28\">[28]<\/a> \u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb, <em>Textes fran\u00e7ais et histoires litt\u00e9raires<\/em>, Nathan, 1965, cit\u00e9 par G. Langlade et M.-J. Fourtanier (<em>op. cit.<\/em>, p\u00a0102).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref29\">[29]<\/a> Voir J.-F. Massol, B. Shawky-Milcent, \u00ab\u00a0Texte du lecteur et commentaire de texte\u00a0: relations, \u00e9volutions, modalit\u00e9s d\u2019apprentissage\u00a0\u00bb, art. cit., p.\u00a0233-234.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref30\">[30]<\/a> Production d&rsquo;images et des sons en compl\u00e9ment de l&rsquo;\u0153uvre. Le lecteur donne une certaine consistance aux d\u00e9cors en accrochant \u00e0 ceux-ci des visions et des souvenirs qui lui sont personnels.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref31\">[31]<\/a> Pour G. Langlade et M.-J. Fourtanier, l\u2019activit\u00e9 fictionnalisante du lecteur donne de la vraisemblance et de la coh\u00e9rence \u00e0 ce qui, sans cela, apparaitrait incompr\u00e9hensible aux yeux du lecteur. Celui-ci entre dans la fiction mim\u00e9tique en puisant dans ses repr\u00e9sentations du r\u00e9el des enchainements de causalit\u00e9 qu\u2019il investit dans le d\u00e9roulement de l\u2019intrigue.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref32\">[32]<\/a> Annie Portelette, \u00ab\u00a0Des lecteurs de 6<sup>e<\/sup> \u00e0 la rencontre des textes de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Le Fran\u00e7ais aujourd\u2019hui<\/em>, d\u00e9cembre 2007, n\u00b0 3236, p. 71.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref33\">[33]<\/a> Article disponible en ligne\u00a0: http:\/\/www.ccdmd.qc.ca\/correspo\/Corr3-2\/Jounal.htm<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref34\">[34]<\/a> Sylviane Ahr, \u00ab\u00a0Le carnet de lecteur de litt\u00e9rature au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e\u00a0: un dispositif exp\u00e9rimental misant sur une nouvelle approche de l\u2019interaction lecture-\u00e9criture\u00a0\u00bb, dans <em>Enseigner la langue et la litt\u00e9rature. Des dispositifs pour penser leur articulation<\/em>, collection Dyptique n\u00b021, Presses universitaires de Namur, 2011, p.\u00a0171-172.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref35\">[35]<\/a> \u00ab\u00a0Entre posture et imposture, notes sur le fonctionnement symbolique\u00a0\u00bb, dans <em>Le texte du lecteur<\/em>, C. Mazauric, m.-J. Fourtanier, G. Langlade (dir.), Bruxelles, P.I.E Peter Lang, 2011, p.\u00a0130.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref36\">[36]<\/a> Expression reprise \u00e0 G\u00e9rard Langlade, voir note pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref37\">[37]<\/a> Sur l\u2019exp\u00e9rience des autobiographies de lecteur aupr\u00e8s de lyc\u00e9ens et d\u2019\u00e9tudiants, voir A. Rouxel, \u00ab\u00a0Autobiographies de lecteur et identit\u00e9 litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, <em>dans<\/em> Rouxel A. et Langlade G. (dir.), <em>Le sujet lecteur, lecture subjective et enseignement de la litt\u00e9rature<\/em>, PUR, 2004. Sur cette pratique en formation, voir D. Ledur et S. De Croix, <em>Ecrire son autobiographie de lecteur ou comment entrer en didactique de la lecture<\/em>, dans <em>Nouveaux cahiers de la recherche en \u00e9ducation<\/em>, vol. 8 n\u00b01, 2005 en ligne sur\u00a0: <a href=\"http:\/\/ncre.educ.usherbrooke.ca\/articles\/v8n1\/02_Ledur.pdf\">http:\/\/ncre.educ.usherbrooke.ca\/articles\/v8n1\/02_Ledur.pdf<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref38\">[38]<\/a> Marie-Jos\u00e9 Fourtanier, apr\u00e8s une enqu\u00eate men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019enseignants, insiste sur leur forte tendance \u00e0 se replier sur l\u2019intimit\u00e9 de leurs lectures et \u00e0 les s\u00e9parer de leur pratique d\u2019enseignement\u00a0: \u00ab\u00a0le rapport \u00e0 la litt\u00e9rature est per\u00e7u comme un lieu d\u2019intimit\u00e9, soit qu\u2019on exhibe, soit qu\u2019on refuse de montrer, mais dans tous les cas situ\u00e9 hors de la sph\u00e8re d\u2019activit\u00e9 professionnelle\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0La litt\u00e9rature est-elle soluble dans le cours de fran\u00e7ais\u00a0? Enqu\u00eate sur les repr\u00e9sentations des enseignants et des \u00e9l\u00e8ves sur le r\u00f4le de la litt\u00e9rature dans le cours de fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, Actes du 9<sup>e<\/sup> colloque de l\u2019AIRDF, Qu\u00e9bec, 26-28 ao\u00fbt 2004, en ligne, p.\u00a04).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref39\">[39]<\/a> Dans \u00ab\u00a0Lancer une ann\u00e9e de lecture litt\u00e9raire en 6<sup>e<\/sup>\u00a0\u00bb, <em>Le Fran\u00e7ais aujourd\u2019hui<\/em>, mai 2005, n\u00b0 6104.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref40\">[40]<\/a> Ce que constate \u00e9galement Sylviane Ahr dans l\u2019article d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Des premi\u00e8res exp\u00e9rimentations a \u00e9merg\u00e9 un constat qui rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9vidence\u00a0: le professeur doit modifier le questionnement qui accompagne g\u00e9n\u00e9ralement la lecture individuelle des textes et qui a pour vocation de lancer la lecture analytique, r\u00e9alis\u00e9e collectivement selon une d\u00e9marche inductive.\u00a0\u00bb (p. 161).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref41\">[41]<\/a> Voir \u00ab\u00a0Le carnet de lecteur de litt\u00e9rature au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e\u00a0: un dispositif exp\u00e9rimental misant sur une nouvelle approche de l\u2019interaction lecture-\u00e9criture\u00a0\u00bb, article cit\u00e9, p. 164. S. Ahr donne un autre exemple d\u2019association subjective demand\u00e9e \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves de 4<sup>e<\/sup>\u00a0: pr\u00e9ciser le son que la lecture du po\u00e8me de Cocteau \u00ab\u00a0Les voleurs d\u2019enfants\u00a0\u00bb leur sugg\u00e8re et expliquer pourquoi (p. 165).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref42\">[42]<\/a> , \u00ab\u00a0Texte du lecteur et commentaire de texte\u00a0: relations, \u00e9volutions, modalit\u00e9s d\u2019apprentissage\u00a0\u00bb, art. cit., p.\u00a0236-237.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref43\">[43]<\/a> \u00ab\u00a0La question du sujet lecteur en didactique de la lecture litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, dans Falardeau Eric <em>et al.<\/em> (dir.),<em> Les voies actuelles de la recherche en didactique du fran\u00e7ais<\/em>. Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Laval, 2007, p.\u00a0110.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref44\">[44]<\/a> <em>Op. cit.<\/em>, p. 144-147.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref45\">[45]<\/a> Autre exemple\u00a0: une enseignante stagiaire, tr\u00e8s d\u00e9stabilis\u00e9e, rapporte les r\u00e9actions de ses \u00e9l\u00e8ves de 4<sup>e<\/sup> \u00e0 la lecture du d\u00e9nouement de <em>Mateo Falcone<\/em>. La majorit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves trouvent que le p\u00e8re a eu raison de tuer son fils. Que faire avec cette r\u00e9action\u00a0? Une chose est s\u00fbre en tout cas\u00a0: surtout, ne pas l\u2019ignorer et ne pas esquiver le d\u00e9bat sur les valeurs.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref46\">[46]<\/a> Elle peut trouver \u00e9galement place dans le carnet de lecture comme le propose Sylviane Ahr\u00a0: \u00ab\u00a0La s\u00e9lection d\u2019un extrait, suivie de la justification de ce choix, est une entr\u00e9e du carnet qui confirme l\u2019id\u00e9e que toute interpr\u00e9tation passe par un travail de s\u00e9lection et que la signification se trouve \u00e0 l\u2019interface \u00ab\u00a0entre les indices fournis par le texte et la sensibilit\u00e9 (subjective) \u00a0\u00bb (Citton, 2007\u00a0:49) avec laquelle le lecteur r\u00e9alise cette s\u00e9lection\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9, p.\u00a0166.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref47\">[47]<\/a> \u00ab\u00a0D\u00e9bats et carnets de lecteurs, de l\u2019\u00e9cole au coll\u00e8ge\u00a0\u00bb, <em>Le Fran\u00e7ais aujourd\u2019hui<\/em>, 2010\/1, n\u00b0 168, p. 73.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref48\">[48]<\/a> Reformulation = activit\u00e9 de paraphrase \u00ab\u00a0qui permet de s\u2019approprier le texte en faisant des liens avec son exp\u00e9rience du monde ou sa culture personnelle. L\u2019\u00e9criture remplissage d\u2019un \u00ab\u00a0blanc\u00a0\u00bb du texte oblige l\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 mobiliser son attention sur l\u2019implicite du texte, \u00e0 mettre en place des proc\u00e9dures lui permettant d\u2019\u00e9mettre des hypoth\u00e8ses par rapport \u00e0 un avant et un apr\u00e8s, et \u00e0 comprendre le caract\u00e8re lacunaire du texte litt\u00e9raire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref49\">[49]<\/a> Art. cit\u00e9 p. 168.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref50\">[50]<\/a> Document communiqu\u00e9 par Gersende Plissonneau, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019IUFM de Grenoble, qui a travaill\u00e9 avec deux professeurs de ce lyc\u00e9e dans le cadre d\u2019une recherche INRP.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref51\">[51]<\/a> Dans l\u2019exemple \u00e9voqu\u00e9 plus haut de la s\u00e9quence qu\u2019Annie Portelette a consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em> en le centrant sur les relations p\u00e8re-fils, les \u00e9l\u00e8ves ont eu \u00e0 \u00e9crire \u00ab\u00a0la lettre que T\u00e9l\u00e9maque pourrait avoir envie d\u2019\u00e9crire \u00e0 son p\u00e8re apr\u00e8s ce qu\u2019il a d\u00e9couvert sur lui pendant son voyage\u00a0\u00bb. elle commente\u00a0: \u00ab\u00a0Cet \u00e9crit a eu dans l\u2019ensemble une valeur identificatoire en touchant un point sensible.\u00a0\u00bb (art. cit\u00e9, p.\u00a071).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref52\">[52]<\/a> <em>Textes de lecteur en formation<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0219-229.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref53\">[53]<\/a> Voir ses exemples\u00a0 p. 222-223. Dans le m\u00eame volume, A. Rezzouk propose de\u00a0 jouer sur les fins des \u0153uvres\u00a0 et d\u2019imaginer par exemple que Mme Bovary survit \u00e0 son suicide)<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref54\">[54]<\/a> Elle rappelle qu\u2019en France, le poids des grands lecteurs est deux fois plus important parmi ceux qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une histoire cont\u00e9e par leurs parents chaque jour que parmi ceux qui n\u2019en ont \u00e9cout\u00e9 aucune.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref55\">[55]<\/a> Elle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0en France plus encore que dans d\u2019autres pays, peut-\u00eatre, la cassure a \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9e de haute date entre le monde de l\u2019intelligence, de la raison, et celui de la sensibilit\u00e9. A l\u2019\u00e9cole, on a longtemps \u00e9tudi\u00e9 la litt\u00e9rature comme quelque chose d\u2019ext\u00e9rieur \u00e0 soi, qui n\u2019est pas v\u00e9cu, \u00e9prouv\u00e9, ressenti. Certaines approches se sont m\u00eame employ\u00e9es \u00e0 maximiser la distance avec le corps, \u00e0 r\u00e9pudier toute \u00e9motion, vue comme un \u00e9garement dangereux. Et le corps a \u00e9t\u00e9, pendant un temps, l\u2019oubli\u00e9, l\u2019impens\u00e9 des recherches sur la lecture, r\u00e9duite \u00e0 une activit\u00e9 mentale alors que c\u2019est une activit\u00e9 psychique qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, engageant de fa\u00e7on indissolublement li\u00e9e corps et t\u00eate.\u00a0\u00bb (<em>L\u2019Art de lire ou comment r\u00e9sister \u00e0 l\u2019adversit\u00e9\u00a0?<\/em> <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a046 et 48).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref56\">[56]<\/a> La notion de lecture actualisante est reprise \u00e0 Yves Citton, <em>Lire, interpr\u00e9ter, actualiser. Pourquoi les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0?<\/em>, \u00e9d. Amsterdam, 2007. Il la d\u00e9finit de la mani\u00e8re suivante\u00a0: \u00ab\u00a0une lecture d&rsquo;un texte pass\u00e9 peut \u00eatre dite actualisante d\u00e8s lors que (a) elle s&rsquo;attache \u00e0 exploiter les virtualit\u00e9s connotatives des signes de ce texte, (b) afin d&rsquo;en tirer une mod\u00e9lisation capable de reconfigurer un probl\u00e8me propre \u00e0 la situation historique de l&rsquo;interpr\u00e8te, (c) sans viser \u00e0 correspondre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 historique de l&rsquo;auteur, mais (d) en exploitant, lorsque cela est possible, la diff\u00e9rence entre les deux \u00e9poques pour apporter un \u00e9clairage d\u00e9paysant sur le pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb(Lexique, p.\u00a0344).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref57\">[57]<\/a> M.-J. Fourtanier, G. Langlade, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0117.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref58\">[58]<\/a> C. Mazauric, M.-J. Fourtanier, G. Langlade (dir.), <em>Textes de lecteurs en formation<\/em>, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2011, p.\u00a013-14.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref59\">[59]<\/a> <em>R\u00e9habiliter la subjectivit\u00e9 de l\u2019\u00e9l\u00e8ve\u00a0: le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb au c\u0153ur de la d\u00e9marche interpr\u00e9tative, <\/em>IUFM de Grenoble \u2013 Universit\u00e9 Joseph Fourier, ann\u00e9e universitaire 2007-2008.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref60\">[60]<\/a> Catherine Tauveron a identifi\u00e9 les diff\u00e9rents types d\u2019obstacle \u00e0 la compr\u00e9hension\u00a0:<\/p>\n<p>1. Probl\u00e8mes de compr\u00e9hension non programm\u00e9s, d\u00e9pendants du lecteur\u00a0:<\/p>\n<p>Exemple\u00a0: probl\u00e8mes d\u2019identification des personnages, de synth\u00e8se des informations sur un personnage, de distinction but, qu\u00eate secondaire \/ but, qu\u00eate principale, relations entre personnages\u2026 Dans la plupart des r\u00e9cits, il y a des risques cognitifs pour les enfants et des risques culturels \u00e9galement\u00a0: les r\u00e9cits les plus lisibles sont ceux qui v\u00e9hiculent le plus grand nombre de st\u00e9r\u00e9otypes dont on suppose un peu vite qu\u2019ils sont connus.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref61\">[61]<\/a> L\u2019interpr\u00e9tation est red\u00e9finie comme un sous-processus (\u00e9ventuel) de la compr\u00e9hension (si le texte ouvre des choix, invite \u00e0 \u00e9laborer une ou plusieurs hypoth\u00e8ses de compr\u00e9hension). Il est des cas o\u00f9 il n\u2019y a qu\u2019une mani\u00e8re de comprendre et o\u00f9 il n\u2019y a pas \u00e0 interpr\u00e9ter.<\/p>\n<p>2. Probl\u00e8mes de compr\u00e9hension programm\u00e9s, d\u00e9pendants du texte\u00a0: r\u00e9cits r\u00e9ticents (qui disent moins qu\u2019ils ne devraient).<\/p>\n<p>3. Probl\u00e8mes d\u2019interpr\u00e9tation programm\u00e9s d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par le texte\u00a0: textes prolif\u00e9rants, ouverts \u00e0 la pluralit\u00e9 des interpr\u00e9tations.<\/p>\n<p>4. Probl\u00e8mes d\u2019interpr\u00e9tation programm\u00e9s d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par le lecteur.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref62\">[62]<\/a> Exemple communiqu\u00e9 par Gersende Plissonneau, IUFM de Grenoble.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref63\">[63]<\/a> Voir son article pour le commentaire de ces extraits, p. 170-173.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref64\">[64]<\/a> Pour une analyse plus pr\u00e9cise du caract\u00e8re massivement m\u00e9tatextuel des sujets d\u2019invention de l\u2019EAF, je me permets de renvoyer \u00e0 mon article \u00ab\u00a0Ecriture d\u2019invention et argumentation\u00a0\u00bb, <em>Recherches et travaux<\/em> n\u00b073, 2008\/2, revue disponible en ligne le site revues.org.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref65\">[65]<\/a> Sur l\u2019apprentissage du commentaire, voir l\u2019article d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9\u00a0: J.-F. Massol, B. Shawky-Milcent, \u00ab\u00a0texte du lecteur et commentaire de texte\u00a0: relations, \u00e9volutions, modalit\u00e9s d\u2019apprentissage\u00a0\u00bb, dans <em>textes de lecteurs en formation<\/em>, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/?p=3#_ftnref66\">[66]<\/a> Cette exp\u00e9rience a fait l\u2019objet d\u2019une communication au colloque d\u2019Arras \u00ab\u00a0Mani\u00e8res de critiquer, mani\u00e8res d\u2019enseigner la litt\u00e9rature : quelles conceptions, quelles places et quelles approches des \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb dans la construction d\u2019une culture commune\u00a0?\u00a0\u00bb de novembre 2009. La parution des actes est pr\u00e9vue en mars 2012 aux \u00e9ditions Peter Lang, dans la collection Th\u00e9ocrit sous le titre <em>Enseigner les classiques aujourd&rsquo;hui, approches critiques et didactiques<\/em>. L\u2019article de B. Shawky-Milcent s\u2019intitule \u00ab\u00a0Quelle place pour la rencontre personnelle de l\u2019\u00e9l\u00e8ve avec l\u2019\u0153uvre classique lors de l\u2019\u00e9tude en classe\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faire place au sujet lecteur en classe\u00a0: quelles voies pour renouveler les approches de la lecture analytique au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e\u00a0? \u00a0 Intervention de Mme Anne Vibert, IGEN Lettres \u00a0 Janvier 2012 &nbsp; Pourquoi faudrait-il renouveler les approches de la lecture analytique\u00a0? Ce pr\u00e9suppos\u00e9 demande \u00e0 \u00eatre tout d\u2019abord explicit\u00e9. Le point de d\u00e9part [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":209,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[65],"tags":[],"class_list":["post-149","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lecture","et-doesnt-have-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"rttpg_featured_image_url":null,"rttpg_author":{"display_name":"IAN Lettres","author_link":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/author\/nathalie\/"},"rttpg_comment":0,"rttpg_category":"<a href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/category\/lecture\/\" rel=\"category tag\">Lecture<\/a>","rttpg_excerpt":"Faire place au sujet lecteur en classe\u00a0: quelles voies pour renouveler les approches de la lecture analytique au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e\u00a0? \u00a0 Intervention de Mme Anne Vibert, IGEN Lettres \u00a0 Janvier 2012 &nbsp; Pourquoi faudrait-il renouveler les approches de la lecture analytique\u00a0? Ce pr\u00e9suppos\u00e9 demande \u00e0 \u00eatre tout d\u2019abord explicit\u00e9. Le point de d\u00e9part\u2026","post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/users\/209"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=149"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1952,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149\/revisions\/1952"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=149"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=149"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/lettres\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}