{"id":2641,"date":"2020-09-20T16:03:11","date_gmt":"2020-09-20T14:03:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?p=2641"},"modified":"2020-10-28T14:44:41","modified_gmt":"2020-10-28T13:44:41","slug":"la-datation-scientifique-de-la-terre-elements-utiles-pour-son-enseignement-article-2-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?p=2641","title":{"rendered":"La datation scientifique de la Terre : \u00e9l\u00e9ments utiles pour son enseignement &#8211; ARTICLE 2\/4"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em>par Julien Cartier, professeur de SVT au lyc\u00e9e Carnot de Cannes<\/em><\/p>\n<p><strong>Avant-propos<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette s\u00e9rie d\u2019articles vise \u00e0 fournir aux professeurs de SVT intervenant en enseignement scientifique de premi\u00e8re des ressources utiles pour b\u00e2tir leur cours sur la datation scientifique de la Terre.<!--more--> Or, s\u2019agissant d\u2019histoire des sciences il importe de se m\u00e9fier par-dessus tout des caricatures qui abondent, h\u00e9las, dans la litt\u00e9rature de vulgarisation comme sur internet. Ainsi, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on lit un peu partout Ussher fut bien davantage un historien qu\u2019un th\u00e9ologien, Buffon n\u2019a pas escamot\u00e9 ses datations par peur de l\u2019Inquisition et Darwin n\u2019a jamais dat\u00e9 le globe terrestre. Les raccourcis et les id\u00e9es re\u00e7ues brossent un tableau mensonger de la Science o\u00f9 quelques g\u00e9nies en lutte contre l\u2019obscurantisme parviennent, seuls, \u00e0 faire progresser l\u2019entendement humain vers des v\u00e9rit\u00e9s ind\u00e9passables. Pour y rem\u00e9dier il importe de revenir aux sources, c\u2019est-\u00e0-dire aux \u00e9crits de tous ces savants dont la pens\u00e9e et les travaux ont aliment\u00e9 le questionnement scientifique vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e2ge de notre plan\u00e8te. Au lieu de se moquer de leurs erreurs il convient de souligner leur nature f\u00e9conde. Plut\u00f4t que de consid\u00e9rer que ceux qui autrefois ont pens\u00e9 autre chose que ce que l\u2019on pense aujourd\u2019hui ont forc\u00e9ment mal pens\u00e9, il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que penser faux ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement mal penser. Buffon, Cuvier ou encore Kelvin, pour ne prendre que ces trois exemples, \u00e9taient tout sauf des idiots ou de mauvais scientifiques. Mais la coh\u00e9rence de leurs th\u00e9ories n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 la condition de s\u2019int\u00e9resser aux savoirs de leurs \u00e9poques respectives. \u00c0 d\u00e9faut, nos condamnations se r\u00e9duisent souvent \u00e0 des jugements anachroniques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 pourquoi on trouvera dans ces articles de tr\u00e8s nombreux extraits des ouvrages de ces savants, pour la plupart disponibles en ligne sur le site de la BnF, <em>Gallica<\/em>, ou dans la biblioth\u00e8que num\u00e9rique <em>Google Books<\/em>. Deux types de lecture sont possibles\u00a0: soit le texte et les citations, soit pour le lecteur press\u00e9 le texte seul. L\u2019ensemble des articles forme un tout coh\u00e9rent, mais sa longueur m\u2019a incit\u00e9 \u00e0 le subdiviser en plusieurs parties afin d\u2019en faciliter la lecture par un coll\u00e8gue d\u00e9sireux d\u2019y puiser rapidement des ressources p\u00e9dagogiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant la bibliographie contemporaine, il me semble que l\u2019enseignant se trouve surtout confront\u00e9 \u00e0 la difficult\u00e9 de choisir parmi l\u2019abondance de titres \u00e0 sa disposition. Aussi me para\u00eet-il opportun de limiter la bibliographie correspondante aux quelques titres suivants, tous remarquables et d\u2019une lecture ais\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Stephen Jay Gould, <em>Aux racines du temps<\/em>, 1987<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Ellenberger, <em>Histoire de la g\u00e9ologie<\/em>, 1988 (tome 1), 1994 (tome 2)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Pascal Richet, <em>L\u2019\u00e2ge du monde<\/em>, 1999<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Vincent Deparis et Hilaire Legros, <em>Voyage \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la Terre<\/em>, 2000<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Gabriel Gohau, <em>Les sciences de la Terre au XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, naissance de la g\u00e9ologie<\/em>, 1990<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Gabriel Gohau, <em>Naissance de la g\u00e9ologie historique<\/em>, 2003<\/li>\n<\/ul>\n<p>On trouvera une bibliographie plus d\u00e9taill\u00e9e \u00e0 la fin du dernier article.<\/p>\n<p><strong>Remerciements<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je tiens \u00e0 remercier chaleureusement Fran\u00e7ois Besset, professeur de philosophie, ami pr\u00e9cieux et grand sp\u00e9cialiste d\u2019Aristote, lequel a bien voulu m\u2019expliquer la pens\u00e9e de ce savant et se plier au fastidieux exercice consistant \u00e0 traduire les propos \u00e9sot\u00e9riques de Kepler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je remercie \u00e9galement Patrick Tort de m\u2019avoir orient\u00e9 vers son coll\u00e8gue Guido Chiesura qui m\u2019a fort aimablement communiqu\u00e9 des extraits de l\u2019ouvrage que Sandra Herbert a consacr\u00e9 au travail g\u00e9ologique de Darwin. Mme. Herbert elle-m\u00eame a tr\u00e8s gentiment r\u00e9pondu \u00e0 mes questions et m\u2019a permis de comprendre comment Darwin \u00e9tait parvenu \u00e0 calculer l\u2019\u00e2ge de la vall\u00e9e de Weald. Je lui en sais gr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, j\u2019exprime la plus sinc\u00e8re gratitude \u00e0 Jeanne Passoni dont la patiente relecture de mes manuscrits permet d\u2019en expurger les fautes d\u2019orthographe qui s\u2019y forment aussi s\u00fbrement que le plomb radiog\u00e9nique dans les m\u00e9t\u00e9orites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce travail est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 mon regrett\u00e9 professeur Jean-Marc Drouin, dont les cours au Mus\u00e9um National d\u2019Histoire Naturelle et les livres inestimables, m\u2019ont donn\u00e9 le go\u00fbt de l\u2019histoire et de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie des sciences.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\"><strong>ARTICLE 2\/4\u00a0: les chronom\u00e8tres naturels, de Halley \u00e0 Buffon<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?p=2626\"><span style=\"font-size: 12pt;\">ARTICLE 1\/4\u00a0: de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 aux mondes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res<\/span><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?p=2652\">ARTICLE 3\/4\u00a0: la Terre sans \u00e2ge, de Lyell \u00e0 Darwin<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?p=2663\">ARTICLE 4\/4\u00a0: l\u2019empire de lord Kelvin et le poids des atomes<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les premiers chronom\u00e8tres naturels<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beno\u00eet de Maillet fut l\u2019un des premiers \u00e0 proposer un chronom\u00e8tre naturel. Mais, pour le comprendre il faut se souvenir que la th\u00e9orie de la Terre qu\u2019il expose dans le <em>Telliamed<\/em> suppose que notre plan\u00e8te fut originellement enti\u00e8rement recouverte par les eaux. Selon lui, c\u2019est la seule fa\u00e7on d\u2019expliquer la nature des roches, des reliefs et surtout la pr\u00e9sence de fossiles d\u2019organismes marins dans l\u2019int\u00e9rieur des continents et jusque sur les plus hauts sommets. En cela il ne fait que reprendre la proposition de Thomas Burnet. De Maillet estime que depuis le d\u00e9luge les eaux ne cessent de refluer et le niveau marin de diminuer :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Beno\u00eet de Maillet, <em>Telliamed ou entretiens d&rsquo;un philosophe indien avec un missionnaire fran\u00e7ais sur la diminution de la mer<\/em>, 1748<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Tout enfin, dans la nature, nous parle de cette v\u00e9rit\u00e9 que nos terrains sont l\u2019ouvrage de la mer et qu\u2019ils en sont sortis par la diminution des eaux (p.52, tome 2).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il prend n\u00e9anmoins la peine de pr\u00e9ciser que ce reflux se montre si lent qu\u2019il a depuis toujours \u00e9chapp\u00e9 aux observateurs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Or, de l\u2019estimation que je viens de faire de la diminution des eaux de la mer, c\u2019est-\u00e0-dire, d\u2019environ un pied dans l\u2019espace de trois si\u00e8cles et de trois pieds quatre pouces en mille ans, vous comprenez, Monsieur, combien il est difficile \u00e0 un homme dans le cours d\u2019une vie ordinaire de cinquante \u00e0 soixante ans (car il faut en avoir une vingtaine avant que la raison soit form\u00e9e), combien, dis-je, il est difficile dans un temps si court de d\u00e9m\u00ealer cette diminution insensible, \u00e0 travers le flux et le reflux journalier de la mer, et l\u2019agitation perp\u00e9tuelle des flots caus\u00e9e par les vents et par les courants\u00a0 (p.204-205, tome 1).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De Maillet n\u2019en donne pas moins la m\u00e9thode \u00e0 suivre pour d\u00e9terminer partiellement l\u2019\u00e2ge de la Terre, \u00e0 savoir estimer la vitesse du reflux et la rapporter \u00e0 l\u2019altitude maximale des surfaces \u00e9merg\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Il y a eu un temps o\u00f9 la premi\u00e8re des montagnes du globe a commenc\u00e9 \u00e0 se rev\u00eatir d\u2019arbres et de verdure\u00a0; un autre o\u00f9 les animaux ont commenc\u00e9 \u00e0 la peupler et un autre o\u00f9 elle commen\u00e7a d\u2019\u00eatre habit\u00e9e par les hommes*. Si ces moments ne peuvent \u00eatre connus avec justesse et pr\u00e9cision, au moins peut-on en approcher, en posant pour fondement que, depuis la d\u00e9couverte des premiers terrains la diminution des eaux de la mer a toujours conserv\u00e9 un degr\u00e9 d\u2019\u00e9galit\u00e9 proportionn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tendue de leur superficie, en sorte que se r\u00e9tr\u00e9cissant d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 l\u2019autre, et devenant de jour en jour charg\u00e9e d\u2019un plus grand nombre de mati\u00e8res \u00e9trang\u00e8res, sa diminution s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 proportion d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre. Ces principes une fois pos\u00e9s, il ne s\u2019agit plus que de conna\u00eetre la mesure de la diminution actuelle des eaux de la mer et de l\u2019augmentation de la terre, ce que le mesurage de la mer peut \u00e9tablir dans l\u2019espace de deux ou trois cent ans au plus. Apr\u00e8s cela il sera facile de conna\u00eetre le nombre des si\u00e8cles qui se sont \u00e9coul\u00e9s depuis que la premi\u00e8re de nos montagnes a montr\u00e9 sa t\u00eate au-dessus des flots, en prenant l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la plus haute sur la superficie actuelle des eaux de la mer. En effet, cette \u00e9l\u00e9vation \u00e9tant connue, on saura par le progr\u00e8s pr\u00e9sent de la diminution des eaux de la mer pendant un si\u00e8cle celui des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents. Par cons\u00e9quent on conna\u00eetra le temps qu\u2019elle a employ\u00e9 \u00e0 cette diminution depuis la d\u00e9couverte des plus hautes montagnes, eu \u00e9gard cependant \u00e0 ce que leurs sommets ont perdu de leur premi\u00e8re hauteur, depuis qu\u2019ils \u00e9l\u00e8vent leur t\u00eate au-dessus des eaux de la mer. Et certes ce d\u00e9chet doit \u00eatre consid\u00e9rable, puisque depuis tant de si\u00e8cles ces sommets sont expos\u00e9s \u00e0 l\u2019attaque des vents, des pluies, des neiges, du froid et du chaud, qui ont du les moudre et les abaisser (p.52-53, tome 2).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">* De maillet imagine que la vie appara\u00eet sous une forme primitive dans les oc\u00e9ans avant d\u2019\u00e9voluer pour donner naissance aux diff\u00e9rents organismes actuels dont l\u2019esp\u00e8ce humaine. Il en prend pour preuve l\u2019existence de formes interm\u00e9diaires\u00a0: les sir\u00e8nes\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On remarquera que Beno\u00eet de Maillet n\u2019avance pas de date pr\u00e9cise et que sa m\u00e9thode donnerait, au mieux, l\u2019\u00e2ge \u00e0 partir duquel les plus hauts sommets auraient \u00e9merg\u00e9 et non l\u2019\u00e2ge de la plan\u00e8te. Cependant, on trouve dans l\u2019\u00e9dition de 1755 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une Terre plus \u00e2g\u00e9e que ne le disent les chronologies historiques\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Un temps* qui sera sans doute fort sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des si\u00e8cles dont les histoires des Chinois, celles des Egyptiens, et les observations des Babyloniens, font mention, quoique les premiers montrent des chronologies suivies depuis 40 000 ans, qu\u2019il y en ait eu d\u2019aussi anciennes chez les Egyptiens , ainsi que des observations astronomiques de 50\u00a0000 ans, et chez les Babyloniens de 540\u00a0000 ans, comme un grand nombre d\u2019auteurs anciens l\u2019ont attest\u00e9 (p.62, tome 2).<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px; text-align: justify;\">* Il ne parle l\u00e0 que de l\u2019\u00e2ge de l\u2019apparition de l\u2019humanit\u00e9, le globe terrestre \u00e9tant donc plus ancien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi \u00e9trange que cela puisse para\u00eetre, De Maillet n\u2019\u00e9tait pas ath\u00e9e et il ne cherchait pas \u00e0 \u00e9chafauder une cosmogonie d\u00e9nu\u00e9e de l\u2019intervention divine, mais il r\u00e9duisait le r\u00f4le de Dieu \u00e0 la cr\u00e9ation de la mati\u00e8re et de ses lois, et pr\u00f4nait une lecture m\u00e9taphorique de la Bible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, Edmond Halley, r\u00e9dige un court article (5 pages) pour la revue de la <em>Royal Society<\/em>, la principale institution scientifique britannique, dans lequel il propose d\u2019utiliser un autre chronom\u00e8tre naturel\u00a0: la salinit\u00e9 des eaux marines. N\u2019ayant pas trouv\u00e9 de version fran\u00e7aise de ce texte j\u2019en propose ici une traduction dont on voudra bien excuser la probable maladresse\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Edmond HALLEY, A short account of the cause of the saltiness of the ocean, and of the several lakes that emit no rivers; with a proposal, by help thereof, to discover the age of the world, in <em>Philosophical Transactions of the Royal Society<\/em>, vol.29, 1715<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Un bref compte rendu de la cause de la salinit\u00e9 de l&rsquo;oc\u00e9an et des nombreux lacs qui n&rsquo;\u00e9mettent pas de rivi\u00e8res, avec une suggestion de s\u2019en servir pour d\u00e9couvrir l\u2019\u00e2ge de la Terre. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Il y a eu de nombreuses tentatives et propositions faites pour d\u00e9terminer, d&rsquo;apr\u00e8s les apparences de la nature, quelle peut avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;antiquit\u00e9 du globe terrestre ; sur lequel, par l&rsquo;\u00e9vidence des textes sacr\u00e9s, l&rsquo;humanit\u00e9 habite depuis environ 6000 ans, ou 7000 ans selon la <em>Septante<\/em>. Mais alors qu&rsquo;on nous dit l\u00e0 que la formation de l&rsquo;homme \u00e9tait la derni\u00e8re de la cr\u00e9ation, il n\u2019est nulle part r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans l&rsquo;\u00c9criture combien de temps la terre a exist\u00e9 avant cette derni\u00e8re cr\u00e9ation, ni combien de temps ces cinq jours qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e peuvent repr\u00e9senter r\u00e9ellement\u00a0; on nous dit ailleurs que pour le tout-puissant mille ans est comme un jour, puisqu\u2019il est \u00e9ternel ; on ne peut pas non plus concevoir comment ces jours doivent \u00eatre compris comme des jours naturels, puisqu&rsquo;ils sont mentionn\u00e9s comme des mesures de temps avant la cr\u00e9ation du soleil, qui n\u2019apparut que le quatri\u00e8me jour. Et il est certain qu\u2019Adam a trouv\u00e9 la Terre, \u00e0 sa premi\u00e8re production, enti\u00e8rement constitu\u00e9e avec toutes sortes d&rsquo;autres animaux. Cette question me paraissant m\u00e9riter d&rsquo;\u00eatre examin\u00e9e, et digne des pens\u00e9es de la <em>Royal Society<\/em>, je propose un exp\u00e9dient pour d\u00e9terminer l&rsquo;\u00e2ge du monde par un moyen enti\u00e8rement nouveau, et qui, dans mon l&rsquo;opinion, semble promis au succ\u00e8s, bien que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ne puisse \u00eatre jug\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de temps ; et soumet ce moyen au jugement de la <em>Royal Society<\/em>. Ce qui m\u2019a donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e de ce moyen cette notion, c\u2019est l\u2019observation que j&rsquo;ai fait que tous les lacs du monde se trouvent \u00eatre sal\u00e9s, certains plus un peu moins que l&rsquo;oc\u00e9an, qui dans le cas pr\u00e9sent peut aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un lac, puisque par ce terme j&rsquo;entends les eaux stagnantes qui re\u00e7oivent perp\u00e9tuellement des rivi\u00e8res qui y coulent, et n&rsquo;ont ni sortie ni \u00e9vacuation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le nombre de ces lacs, dans les parties connues du monde, est extr\u00eamement petit, et en effet, apr\u00e8s enqu\u00eate, je ne peux pas \u00eatre certain qu&rsquo;il n&rsquo;y en ait pas plus de quatre ou cinq en tout, \u00e0 savoir d&rsquo;abord la mer Caspienne; deuxi\u00e8mement, la mer morte; troisi\u00e8mement, les lacs sur lesquels se dresse la ville de Mexico, quatri\u00e8mement, le lac Titicaca au P\u00e9rou, qui par un canal d&rsquo;une cinquantaine de lieues communique dans un cinqui\u00e8me, plus petit, appel\u00e9 le lac Paria\u00a0; aucun n\u2019ayant d\u2019effluents. Parmi eux, la mer Caspienne, qui est de loin la plus grande, serait un peu moins sal\u00e9e que l&rsquo;oc\u00e9an. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 par un curieux monsieur qui \u00e9tait sur place, que la mer morte est si excessivement sal\u00e9e, que ses eaux semblent pleinement satur\u00e9es, ou \u00e0 peine capables d\u2019en dissoudre davantage ; \u00e0 tel point qu\u2019en \u00e9t\u00e9 ses rives sont incrust\u00e9es de grandes quantit\u00e9s de sel cristallis\u00e9, d&rsquo;un caract\u00e8re un peu plus \u00e2cre que le marin, proche du go\u00fbt du sel d\u2019ammoniac.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le lac de Mexico correspond \u00e0 deux lacs, s\u00e9par\u00e9s par les chauss\u00e9es qui m\u00e8nent \u00e0 la ville, laquelle est b\u00e2tie sur une \u00eele au milieu du lac, sans doute pour sa s\u00e9curit\u00e9 ; il est probable que ses premiers fondateurs ont emprunt\u00e9 l\u2019id\u00e9e aux castors qui construisent leurs maisons de cette mani\u00e8re sur des digues dans les rivi\u00e8res. Actuellement, la partie du lac qui se situe au nord de la ville re\u00e7oit une rivi\u00e8re d&rsquo;une ampleur consid\u00e9rable, de sorte que son niveau est un peu plus \u00e9lev\u00e9 que celui de la partie sud du lac. Dans cette eau se trouve du sel, mais dans une quantit\u00e9 que j\u2019ignore, bien que cette rivi\u00e8re semble constitu\u00e9e d\u2019eau douce.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Et le lac Titicaca, ayant pr\u00e8s de quatre-vingts lieues de circonf\u00e9rence, et recevant plusieurs grandes rivi\u00e8res d\u2019eau fraiche, a selon le t\u00e9moignage d&rsquo;Herrera et d&rsquo;Acosta*, des eaux si saum\u00e2tres qu&rsquo;elles ne sont pas potables, mais cependant pas tout \u00e0 fait aussi sal\u00e9es que celles de l&rsquo;oc\u00e9an ; et les m\u00eames affirment que ce ph\u00e9nom\u00e8ne concerne \u00e9galement le lac Paria.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Maintenant, je suppose que comme tous ces lacs re\u00e7oivent des rivi\u00e8res et n&rsquo;ont pas d\u2019effluent ni de d\u00e9charge, il sera donc n\u00e9cessaire que leurs eaux montent et couvrent la terre, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que leurs surfaces soient suffisamment \u00e9tendues pour que l\u2019\u00e9vaporation exhale le volume d\u2019eau apport\u00e9 par les rivi\u00e8res ; et par cons\u00e9quent que les lacs doivent \u00eatre plus ou moins grands selon la quantit\u00e9 d\u2019eau fraiche qu&rsquo;ils re\u00e7oivent. Mais, les vapeurs ainsi exhal\u00e9es sont parfaitement d\u00e9pourvues de sel, de sorte que les particules de sel apport\u00e9es par les rivi\u00e8res restent dans l\u2019eau du lac, tandis que l\u2019eau douce s&rsquo;\u00e9vapore ; et par cons\u00e9quent, il semble \u00e9vident que la salinit\u00e9 des lacs augmentera continuellement. Mais, dans les lacs qui ont une sortie, comme le lac de Tib\u00e9riade, et le lac sup\u00e9rieur du Mexico, et en fait dans la plupart des autres, l\u2019eau s\u2019\u00e9coule continuellement, car ils sont aliment\u00e9s par des rivi\u00e8res dont l\u2019eau contient si peu de particules de sel qu\u2019on ne peut les percevoir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Or, si telle est la vraie cause de la salinit\u00e9 de ces lacs, il n\u2019est pas impossible que l&rsquo;oc\u00e9an lui-m\u00eame soit devenu sal\u00e9 pour la m\u00eame raison, et cela nous donne un moyen d\u2019estimer la dur\u00e9e de toutes choses \u00e0 partir de l\u2019observation de l&rsquo;augmentation de la salinit\u00e9 dans les eaux oc\u00e9aniques. Car si par exemple on observe quelle quantit\u00e9 de sel est actuellement contenue dans un certain volume d\u2019eau de la mer Caspienne, pr\u00e9lev\u00e9e par temps tr\u00e8s sec ; et apr\u00e8s quelques si\u00e8cles, le m\u00eame volume d&rsquo;eau, pr\u00e9lev\u00e9 au m\u00eame endroit et dans les m\u00eames circonstances, se r\u00e9v\u00e8le contenir une quantit\u00e9 sensiblement plus grande de sel qu&rsquo;au moment de la premi\u00e8re exp\u00e9rience, nous pouvons par la r\u00e8gle des proportions, estimer la dur\u00e9e n\u00e9cessaire pour que l\u2019eau acqui\u00e8re le degr\u00e9 de salinit\u00e9 que nous y trouvons actuellement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Et ce moyen serait d&rsquo;autant plus concluant que, par la m\u00eame exp\u00e9rience, on observerait une augmentation simultan\u00e9e de la salinit\u00e9 de l&rsquo;oc\u00e9an, car celui-ci re\u00e7oit d&rsquo;innombrables fleuves qui tous y d\u00e9posent leurs particules de sel, et sont de nouveau aliment\u00e9s, comme je l&rsquo;ai montr\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, par l\u2019\u00e9vaporation des eaux oc\u00e9aniques, lesquelles ne contiennent pas de sel. Mais les fleuves, lors de leur passage sur la terre, s&rsquo;impr\u00e8gnent de particules de sel, bien qu&rsquo;en si petite quantit\u00e9 qu&rsquo;elles ne soient pas perceptibles, et les d\u00e9posent au cours du temps. De sorte que si en r\u00e9p\u00e9tant l&rsquo;exp\u00e9rience, apr\u00e8s un certain temps, on d\u00e9couvrait que le m\u00eame gain de salinit\u00e9 n\u00e9cessite une plus longue dur\u00e9e, alors notre hypoth\u00e8se serait presque d\u00e9montr\u00e9e. Mais cet argument ne peut \u00eatre d&rsquo;aucune utilit\u00e9 pour nous-m\u00eames, puisqu\u2019il nous faudrait de tr\u00e8s grands intervalles de temps pour arriver \u00e0 notre conclusion. Nous aurions souhait\u00e9 que les auteurs grecs et latins de l\u2019antiquit\u00e9 nous aient livr\u00e9 le degr\u00e9 de salinit\u00e9 de la mer il y a 2000 ans ; car il est probable que la diff\u00e9rence entre la salinit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque et celle actuelle serait tr\u00e8s sensible, et je recommande donc \u00e0 la <em>Royal Society<\/em>, comme l&rsquo;occasion se pr\u00e9sentera, de r\u00e9aliser les exp\u00e9riences permettant de d\u00e9terminer la salinit\u00e9 actuelle de la mer et d&rsquo;autant de lacs que possible, afin que ces valeurs puissent servir aux g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Je ne contesterai pas que l\u2019on pourrait objecter que l&rsquo;eau de l\u2019oc\u00e9an, et peut-\u00eatre de certains de ces lacs, pouvait contenir une certaine quantit\u00e9 de sel d\u00e8s le commencement, ce qui perturberait la proportionnalit\u00e9 de l&rsquo;augmentation de la salinit\u00e9 en eux. Mais, je ferai observer qu&rsquo;une telle supposition r\u00e9duirait fortement l&rsquo;\u00e2ge du monde que l\u2019on pourrait d\u00e9duire de notre m\u00e9thode, laquelle vise principalement \u00e0 r\u00e9futer l\u2019id\u00e9e \u00e9mise r\u00e9cemment par certains de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de toute chose\u00a0; bien que cette m\u00e9thode puisse peut-\u00eatre trouver que le monde soit beaucoup plus ancien qu\u2019on ne l\u2019ait imagin\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">* deux chroniqueurs du XVI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le voit, Halley ne r\u00e9alise aucune datation, il se contente d\u2019imaginer une m\u00e9thode qui, peut-\u00eatre, pourrait permettre de d\u00e9terminer le temps n\u00e9cessaire pour que le sel drain\u00e9 par les fleuves et les rivi\u00e8res s\u2019accumule dans les oc\u00e9ans jusqu\u2019\u00e0 atteindre sa concentration actuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre exemple de chronom\u00e8tre naturel nous est fourni par l\u2019abb\u00e9 Needham, c\u00e9l\u00e8bre scientifique du XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle qui collabora notamment avec Buffon. Surtout connu pour ses observations microscopiques et ses exp\u00e9riences en faveur de la g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e, Needham r\u00e9dige \u00e9galement une \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la Terre\u00a0\u00bb dans laquelle il imagine que les courants marins \u00e9rodent en permanence les reliefs, r\u00e9duisant certains continents et transportant leurs mat\u00e9riaux dans d\u2019autres bassins o\u00f9 la s\u00e9dimentation donne naissance \u00e0 de nouvelles terres \u00e9merg\u00e9es. Selon lui il est possible d\u2019estimer la dur\u00e9e de ces processus d\u2019\u00e9rosion\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>John Tuberville Needham, <em>Nouvelles recherches physiques et m\u00e9taphysiques sur la nature et la religion, avec une nouvelle th\u00e9orie de la Terre et une mesure de la hauteur des Alpes<\/em>, 1769<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">La moindre difficult\u00e9 sera le temps \u00e9norme qu\u2019il faut avant que les amas se forment en quantit\u00e9 suffisante, afin de r\u00e9sister aux forces des courants et s\u2019\u00e9lever au-dessus de leur niveau jusqu\u2019\u00e0 la hauteur requise. Ce temps peut se calculer en quelque fa\u00e7on par l\u2019accroissement des terres en diff\u00e9rentes contr\u00e9es et par l\u2019\u00e9loignement actuel de certaines villes qui \u00e9taient autrefois des ports de mer, en prenant un certain milieu dans le nombre total de ces faits historiques (\u2026) or la proportion qui peut provenir de tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes combin\u00e9s, appliqu\u00e9e \u00e0 la destruction future des deux continents actuels d\u2019Asie et d\u2019Afrique pour en former de nouveaux ailleurs, donne pour le temps requis environ trois millions d\u2019ann\u00e9es, comme il est facile de le v\u00e9rifier par les mesures g\u00e9ographiques. Il s\u2019agit ici des terres actuellement form\u00e9es sur lesquelles les courants peuvent agir, mais si nous partons du commencement du globe terrestre, il faut ajouter \u00e0 ce nombre d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 le temps n\u00e9cessaire que ces m\u00eames forces demanderont, vu les obstacles qu\u2019elles rencontreront et les retardements qu\u2019elles \u00e9prouveront en se contrecarrant par des effets contraires, comme nous l\u2019avons observ\u00e9, pour creuser le bassin actuel et donner aux montagnes la hauteur requise\u00a0: ce temps est tr\u00e8s consid\u00e9rable, comme on le voit, et il \u00e9chappe \u00e0 tout calcul faute d\u2019\u00e9l\u00e9ments\u00a0; mais je le mets \u00e0 part et je m\u2019en tiens \u00e0 trois millions d\u2019ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9s par l\u2019autre calcul et qu\u2019on ne peut me refuser, sous pr\u00e9texte que dans l\u2019enfance du globe terrestre, les parties solides \u00e9tant moins li\u00e9es, les courants auront travaill\u00e9 avec bien plus de vitesse \u00e0 produire les changements demand\u00e9s par l\u2019hypoth\u00e8se\u00a0; car non seulement dans l\u2019enfance de la Terre, mais m\u00eame en tout temps, les courants, qui maintenant agissent sur la base des continents pour les d\u00e9molir insensiblement, attaquent \u00e9galement les sables mouvants et des parties enti\u00e8rement imbib\u00e9es des eaux de la mer, et par cons\u00e9quent \u00e9galement dispos\u00e9es \u00e0 se d\u00e9sunir et \u00e0 s\u2019\u00e9crouler (p.101-103)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut s\u2019\u00e9tonner qu\u2019un abb\u00e9 particuli\u00e8rement pieux comme l\u2019\u00e9tait Needham con\u00e7oive une th\u00e9orie g\u00e9ologique en apparence si contradictoire avec la Bible. Mais, il cherche surtout \u00e0 expliquer de mani\u00e8re naturelle l\u2019ensemble des \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s par les textes sacr\u00e9s. Il pousse d\u2019ailleurs le concordisme jusqu\u2019\u00e0 proposer que le paradis terrestre ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par une \u00e9ruption volcanique semblable \u00e0 celle du V\u00e9suve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On remarquera n\u00e9anmoins que le point commun \u00e0 ces trois d\u00e9marches, qui toutes datent du XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, r\u00e9side dans l\u2019impossibilit\u00e9 mat\u00e9rielle de leur mise en \u0153uvre. Ce ne sont que des propositions astucieuses, qui ont certes le m\u00e9rite d\u2019identifier des chronom\u00e8tres naturels r\u00e9els, mais sans parvenir \u00e0 les exploiter pour dater pr\u00e9cis\u00e9ment des \u00e9v\u00e9nements et encore moins la Terre. Et c\u2019est pourquoi la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale de Buffon, dans la pr\u00e9cision de ses r\u00e9sultats et sa pr\u00e9tention assum\u00e9e \u00e0 estimer l\u2019\u00e2ge du globe terrestre, se distingue radicalement de tous les autres travaux men\u00e9s jusqu\u2019alors.\u00a0<strong>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019\u0153uvre immense de Buffon <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9marche de Buffon s\u2019ancre dans une hypoth\u00e8se qu\u2019il formule \u00e0 l\u2019occasion de sa <em>Th\u00e9orie de la Terre<\/em>, contenue dans le premier tome de son <em>Histoire naturelle<\/em>\u00a0: les plan\u00e8tes seraient des fragments de soleil \u00e9ject\u00e9s lors d\u2019une collision entre une com\u00e8te et notre \u00e9toile. L\u2019id\u00e9e que la Terre puisse \u00eatre compos\u00e9e de la m\u00eame mati\u00e8re que le soleil n\u2019a rien d\u2019original \u00e0 cette \u00e9poque puisqu\u2019elle s\u2019exprime d\u00e9j\u00e0 chez Descartes ou Leibniz (<em>Protog\u00e9e<\/em>, 1693), et qu\u2019on la retrouve encore chez Beno\u00eet de Maillet. Mais, la cosmogonie de Buffon constitue surtout une r\u00e9ponse m\u00e9caniste aux propositions de Newton. En effet, ce dernier a vivement critiqu\u00e9 la th\u00e9orie de Descartes, parce qu\u2019il voit mal comment ses fameux tourbillons pourraient expliquer la r\u00e9gularit\u00e9 des orbites plan\u00e9taires et plus particuli\u00e8rement le fait qu\u2019elles tournent toutes dans le m\u00eame sens et parcourent \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame plan\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Isaac Newton, <em>Les principes math\u00e9matiques de la philosophie naturelle<\/em>, traduction fran\u00e7aise de la 2<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition par \u00c9milie du Chatelet, 1759*<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>\u00a0<\/strong>L\u2019hypoth\u00e8se des tourbillons est sujette \u00e0 beaucoup de difficult\u00e9s. Car afin que chaque plan\u00e8te puisse d\u00e9crire autour du Soleil des aires proportionnelles au temps, il faudrait que les temps p\u00e9riodiques des parties de leur tourbillon fussent en raison doubl\u00e9e de leurs distances au Soleil (\u2026) Les com\u00e8tes ont des mouvements fort r\u00e9guliers, elles suivent dans leurs r\u00e9volutions les m\u00eames lois que les plan\u00e8tes, et leur cours ne peut s\u2019expliquer par les tourbillons. Car les com\u00e8tes sont transport\u00e9es par des mouvements tr\u00e8s excentriques dans toutes les parties du ciel, ce qui ne peut s\u2019ex\u00e9cuter si on ne renonce aux tourbillons (p.627-628).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">*Ces propos ne figurent pas dans la premi\u00e8re \u00e9dition qui date de 1687, Newton les rajoute en conclusion dans la seconde \u00e9dition publi\u00e9e en 1713.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Newton en d\u00e9duit donc que cet arrangement des plan\u00e8tes est une preuve de l\u2019existence de Dieu\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Cet admirable arrangement du Soleil, des plan\u00e8tes et des com\u00e8tes, ne peut \u00eatre que l\u2019ouvrage d\u2019un \u00eatre tout puissant et intelligent. Et si chaque \u00e9toile fixe est le centre d\u2019un syst\u00e8me semblable au n\u00f4tre, il est certain que tout portant l\u2019empreinte d\u2019un m\u00eame dessin, tout doit \u00eatre fourni \u00e0 un seul et m\u00eame \u00catre : car la lumi\u00e8re que le Soleil et les \u00e9toiles fixes se renvoient mutuellement est de m\u00eame nature. De plus, on voit que celui qui a arrang\u00e9 cet Univers, a mis les \u00e9toiles fixes \u00e0 une distance immense les unes des autres, de peur que ces globes ne tombassent les uns sur les autres par la force de leur gravit\u00e9 (p.629).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et comme Newton \u00e9tait profond\u00e9ment croyant il en rajoute une couche sur l\u2019omnipotence du cr\u00e9ateur dans le jeu des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Cet \u00catre infini gouverne tout, non comme l\u2019\u00e2me du monde, mais comme le Seigneur de toutes choses (\u2026) Il n\u2019est pas l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ni l\u2019infinit\u00e9, mais il est \u00e9ternel et infini, il n\u2019est pas la dur\u00e9e ni l\u2019espace, mais il dure et il est pr\u00e9sent ; il dure toujours et il est pr\u00e9sent partout ; il est existant toujours et en tout lieu, il constitue l\u2019espace et la dur\u00e9e. Comme chaque particule de l\u2019espace existe toujours, et que chaque moment indivisible de la dur\u00e9e dure partout, on ne peut pas dire que celui qui a fait toutes choses et qui en est le Seigneur n\u2019est jamais et nulle-part (p.629-630)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, Newton conteste que le m\u00e9canisme cart\u00e9sien puisse expliquer l\u2019ordre observ\u00e9 dans le syst\u00e8me solaire. Or, Buffon est un fervent partisan du m\u00e9canisme cart\u00e9sien (notez les deux occurrences du terme \u00ab\u00a0m\u00e9canique\u00a0\u00bb dans les extraits ci-dessous) et surtout il n\u2019appr\u00e9cie pas que l\u2019on fasse intervenir Dieu pour expliquer un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Georges Buffon, <em>Histoire naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re<\/em>, tome 1, 1749<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Galil\u00e9e ayant trouv\u00e9 la loi de la chute des corps, et Kepler ayant observ\u00e9 que les aires des plan\u00e8tes principales d\u00e9crivent autour du soleil, et celles que les satellites d\u00e9crivent autour de leur plan\u00e8te principale, sont proportionnelles au temps, et que les temps des r\u00e9volutions des plan\u00e8tes et des satellites sont proportionnels aux racines quarr\u00e9s des cubes de leurs distances au soleil ou \u00e0 leurs plan\u00e8tes principales, Newton trouva que la force qui fait tomber les graves sur la surface de la Terre (\u2026) diminue en m\u00eame proportion que le carr\u00e9 de la distance augmente, que par cons\u00e9quent\u00a0 la lune est attir\u00e9e par la Terre, que la Terre et toutes les plan\u00e8tes sont attir\u00e9es par le soleil (\u2026) Cette force que nous connaissons sous le nom de pesanteur est donc g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9pandue dans toute la mati\u00e8re\u00a0; les plan\u00e8tes, les com\u00e8tes, le soleil, la Terre, tout est sujet \u00e0 ses lois, et elle sert de fondement \u00e0 l\u2019harmonie de l\u2019Univers (\u2026) Toutes les observations ont confirm\u00e9 l\u2019effet actuel de cette force et le calcul en a d\u00e9termin\u00e9 la quantit\u00e9 et les rapports\u00a0; l\u2019exactitude des g\u00e9om\u00e8tres et la vigilance des astronomes atteignent\u00a0 \u00e0 peine \u00e0 la pr\u00e9cision de cette m\u00e9canique c\u00e9leste et \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 de ses effets (p.129-130)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Une seule chose arr\u00eate, et est en effet ind\u00e9pendant de cette th\u00e9orie, c\u2019est la force d\u2019impulsion\u00a0(\u2026) <u>Cette force d\u2019impulsion a certainement \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e aux astres en g\u00e9n\u00e9ral par la main de Dieu, lorsqu\u2019elle donna le branle \u00e0 l\u2019Univers\u00a0; mais comme on doit, autant qu\u2019on peut en Physique s\u2019abstenir d\u2019avoir recours aux causes qui sont hors de la nature<\/u>, il me para\u00eet que dans le syst\u00e8me solaire on peut rendre raison de cette force d\u2019impulsion d\u2019une mani\u00e8re assez vraisemblable, et qu\u2019on peut en trouver une cause dont l\u2019effet s\u2019accorde avec les r\u00e8gles de la m\u00e9canique (p.131-132).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La phrase soulign\u00e9e refl\u00e8te tr\u00e8s bien la pens\u00e9e de Buffon (et avant lui de Descartes ou Galil\u00e9e) : il ne nie pas que Dieu soit \u00e0 l\u2019origine de l\u2019Univers, mais il croit en un Dieu l\u00e9gislateur qui a \u00e9dict\u00e9 les lois de la Nature, lesquelles d\u00e9sormais r\u00e9gissent toute la \u00ab physique \u00bb (ce qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque inclue la biologie et la g\u00e9ologie) sans que le cr\u00e9ateur n\u2019ait besoin d\u2019intervenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son hypoth\u00e8se de la com\u00e8te permet ainsi, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une cause naturelle strictement m\u00e9canique, d\u2019expliquer l\u2019unit\u00e9 des orbites plan\u00e9taires\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Il faut remarquer que les com\u00e8tes parcourent le syst\u00e8me solaire dans toute sorte de direction et que les inclinaisons des plans de leurs orbites sont forts diff\u00e9rentes entre elles, en sorte que quoique sujettes, comme les plan\u00e8tes, \u00e0 la m\u00eame force d\u2019attraction, les com\u00e8tes n\u2019ont rien de commun dans leur mouvement d\u2019impulsion, elles paraissent \u00e0 cet \u00e9gard absolument ind\u00e9pendantes les unes des autres. Les plan\u00e8tes, au contraire, tournent toutes dans le m\u00eame sens autour du soleil et presque dans le m\u00eame plan (\u2026) cette conformit\u00e9 de position et de direction dans le mouvement des plan\u00e8tes suppose n\u00e9cessairement quelque chose de commun dans leur mouvement d\u2019impulsion et doit faire soup\u00e7onner qu\u2019il leur a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 par une seule et m\u00eame cause. Ne peut-on pas imaginer avec quelque sorte de vraisemblance, qu\u2019une com\u00e8te tombant sur la surface du soleil, aura d\u00e9plac\u00e9 cet astre et qu\u2019elle en aura s\u00e9par\u00e9 quelques petites parties auxquelles elle aura communiqu\u00e9 un mouvement d\u2019impulsion dans le m\u00eame sens et dans le m\u00eame choc, en sorte que les plan\u00e8tes auraient autrefois appartenu au corps du soleil (p.132-133).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela \u00e9claire le sens de la gravure qui ouvre ce chapitre dans le premier tome de l\u2019<em>Histoire naturelle<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2643 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/6.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"779\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/6.jpg 600w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/6-231x300.jpg 231w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/6-436x566.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On y voit Dieu pointer du doigt la course d\u2019une com\u00e8te passant par le centre du syst\u00e8me solaire, o\u00f9 elle percute le soleil, et laissant dans son sillage les diff\u00e9rentes plan\u00e8tes. Comme dans l\u2019explication newtonienne, le cr\u00e9ateur tient une place dans cette hypoth\u00e8se puisqu\u2019il repr\u00e9sente la \u00ab\u00a0cause premi\u00e8re\u00a0\u00bb, la volont\u00e9 originelle que les choses soient comme elles sont. Mais, son dessein s\u2019accomplit ici \u00e0 travers le jeu d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel\u00a0: l\u2019impact de la com\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On s\u2019en doute ce genre de proposition ne rencontre pas un franc succ\u00e8s aupr\u00e8s de la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie qui si\u00e8ge alors \u00e0 la Sorbonne, c\u2019est-\u00e0-dire juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Jardin du roi (le futur mus\u00e9um national d\u2019histoire naturelle) que Buffon dirige de 1739 jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1788. Le risque de censure est r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1751, les d\u00e9put\u00e9s et le syndic de la facult\u00e9 lui adresse effectivement une lettre, reproduite au d\u00e9but du quatri\u00e8me tome de l\u2019<em>Histoire Naturelle<\/em> qui para\u00eet deux ans plus tard\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Monsieur, nous avons \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s, par un d\u2019entre nous de votre part, que lorsque vous avez appris que l\u2019<em>Histoire Naturelle<\/em>, dont vous \u00eates auteur, \u00e9tait un des ouvrages qui ont \u00e9t\u00e9 choisis par ordre de la Facult\u00e9 de Th\u00e9ologie pour \u00eatre examin\u00e9s et censur\u00e9s, comme renfermant des principes et des maximes qui ne sont pas conformes \u00e0 ceux de la Religion, vous lui avez d\u00e9clar\u00e9 que vous n\u2019aviez pas eu intention de vous en \u00e9carter, et que vous \u00e9tiez dispos\u00e9 \u00e0 satisfaire la Facult\u00e9 sur chacun des articles qu\u2019elle trouverait r\u00e9pr\u00e9hensibles dans votre dit ouvrage\u00a0; nous ne pouvons, Monsieur, donner trop d\u2019\u00e9loges \u00e0 une r\u00e9solution aussi chr\u00e9tienne, et pour vous mettre en \u00e9tat de l\u2019ex\u00e9cuter, nous vous envoyons les propositions extraites de votre livre, qui nous ont paru contraire \u00e0 la croyance de l\u2019Eglise. Nous avons l\u2019honneur d\u2019\u00eatre avec une parfaite consid\u00e9ration, Monsieur, vos tr\u00e8s humbles et tr\u00e8s ob\u00e9issants serviteurs, les d\u00e9put\u00e9s et Syndic de la facult\u00e9 de Th\u00e9ologie de Paris.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suivent 14 extraits jug\u00e9s \u00ab\u00a0r\u00e9pr\u00e9hensibles\u00a0\u00bb des tomes 1 et 2 de l\u2019<em>Histoire Naturelle<\/em>, dans lesquels figure justement le passage sur la formation des plan\u00e8tes. On le voit le ton est extr\u00eamement courtois. Il faut dire aussi que l\u2019\u00e9poque voit se d\u00e9velopper un mat\u00e9rialisme ath\u00e9e et que les censeurs se pr\u00e9occupent bien davantage de l\u2019<em>Encyclop\u00e9di<\/em>e de Diderot et d\u2019Alembert (et bient\u00f4t des \u00e9crits d\u2019Helv\u00e9tius, La Mettrie ou encore Holbach), que des th\u00e9ories scientifiques. De surcro\u00eet, Buffon est d\u00e9j\u00e0 un homme puissant, longtemps prot\u00e9g\u00e9 par le ministre Maurepas, membre de l\u2019Acad\u00e9mie royale des sciences, responsable du Jardin du roi, dont l\u2019ouvrage rencontre un impressionnant succ\u00e8s de librairie lui conf\u00e9rant une certaine notori\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ponse officielle de Buffon se trouve publi\u00e9e \u00e0 la suite de la lettre dans le quatri\u00e8me tome de l\u2019<em>Histoire Naturelle<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Messieurs, j\u2019ai re\u00e7u la lettre que vous m\u2019avez fait l\u2019honneur de m\u2019\u00e9crire, avec les propositions qui ont \u00e9t\u00e9 extraites de mon livre, et je vous remercie de m\u2019avoir mis \u00e0 port\u00e9e de les expliquer d\u2019une mani\u00e8re qui ne laisse aucun doute ni aucune incertitude sur la droiture de mes intentions\u00a0; et si vous le d\u00e9sirez, Messieurs, je publierai bien volontiers, dans le premier volume de mon ouvrage qui para\u00eetra, les explications que j\u2019ai l\u2019honneur de vous envoyer. Je suis avec respect, Messieurs, votre tr\u00e8s humble et tr\u00e8s ob\u00e9issant serviteur, Buffon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et effectivement, les explications de Buffon suivent aussit\u00f4t\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Je d\u00e9clare, 1\u00b0 que je n\u2019ai aucune intention de contredire le texte de l\u2019\u00c9criture\u00a0; que je crois tr\u00e8s fermement tout ce qui y est rapport\u00e9 sur la cr\u00e9ation, soit pour l\u2019ordre des temps, soit pour les circonstances des faits\u00a0; et que j\u2019abandonne ce qui, dans mon livre, regarde la formation de la Terre, et en g\u00e9n\u00e9ral tout ce qui pourrait \u00eatre contraire \u00e0 la narration de Mo\u00efse, n\u2019ayant pr\u00e9sent\u00e9 mon hypoth\u00e8se sur la formation des plan\u00e8tes que comme une pure supposition philosophique (\u2026)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pense in\u00e9vitablement \u00e0 Galil\u00e9e forc\u00e9 de se r\u00e9tracter devant l\u2019Inquisition. Sauf qu\u2019ici c\u2019est plut\u00f4t Buffon qui l\u2019emporte en offrant \u00e0 la Facult\u00e9 de Th\u00e9ologie un moyen de sauver la face. En effet, son ouvrage n\u2019est pas censur\u00e9 : toutes les r\u00e9\u00e9ditions &#8211; fort nombreuses &#8211; contiennent toujours l\u2019ensemble des extraits relev\u00e9s par la Facult\u00e9. Buffon se contente de faire figurer sa lettre et sa r\u00e9ponse dans le tome 4. Surtout, il persiste et signe en publiant entre 1774 et 1779 plusieurs tomes de <em>Suppl\u00e9ments<\/em> \u00e0 son <em>Histoire Naturelle<\/em>, dont les <em>\u00c9poque des la nature<\/em>, o\u00f9 il r\u00e9affirme et d\u00e9veloppe sa cosmogonie, sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9. On gardera donc bien \u00e0 l\u2019esprit que d\u2019une part Buffon n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 victime de la censure, et que d\u2019autre part, les remarques des th\u00e9ologiens ne concernaient pas la datation de la Terre, puisque celle-ci figure dans les <em>Suppl\u00e9ments<\/em> et non dans les premiers tomes auxquels la Facult\u00e9 s\u2019est effectivement attaqu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019origine des exp\u00e9riences de Buffon il y a donc tout d\u2019abord cette id\u00e9e que la Terre fut autrefois un globe en fusion qui se refroidit peu \u00e0 peu mais conserve encore dans sa masse une part de sa chaleur originelle. Or, si plusieurs autres savants admettaient la fusion primitive de la Terre, tous imaginaient qu\u2019elle \u00e9tait depuis longtemps refroidie. Y compris Buffon jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il lise le livre d\u2019un confr\u00e8re consacr\u00e9 au \u00ab\u00a0petit \u00e2ge de glace\u00a0\u00bb, ces terribles hivers qui \u00e0 la fin du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> et au d\u00e9but du XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle seront suffisamment exceptionnels pour int\u00e9resser l\u2019Acad\u00e9mie Royale des Sciences. C\u2019est sans doute la premi\u00e8re fois que l\u2019on mentionne ce qui deviendra la g\u00e9othermie\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Jean-Jacques Dortous de Mairan,\u00a0<em>Dissertation sur la glace<\/em>, \u00e9dition de 1749 (l\u2019\u00e9dition original date de 1716, mais ne contient pas encore l\u2019hypoth\u00e8se du \u00ab\u00a0feu central\u00a0\u00bb)<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Par une courte analyse (\u2026) je conclue qu\u2019il y a donc par toute la Terre un fonds de chaleur ind\u00e9pendant de la vicissitude des saisons\u00a0(\u2026) Que ce soit un feu v\u00e9ritablement central, ou tr\u00e8s profond, inn\u00e9 avec le globe terrestre, ou acquis, au moyen des rayons du soleil, qui \u00e9chauffent toujours \u00e9galement ou \u00e0 peu pr\u00e8s un de ses h\u00e9misph\u00e8res, c\u2019est ce que je ne discuterai pas ici\u00a0; quoique bien des raisons me persuadent qu\u2019il tient \u00e0 la structure interne de la Terre et des plan\u00e8tes en g\u00e9n\u00e9ral. Il me suffit que l\u2019existence n\u2019en soit pas douteuse. La chaleur de ce feu se fait sentir dans les excavations profondes et selon qu\u2019elles sont plus profondes. Il ne faut pas creuser bien avant pour trouver d\u2019abord une chaleur constante qui ne varie plus, quelle que soit la temp\u00e9rature de l\u2019air \u00e0 la surface de la Terre (\u2026) Cette chaleur se soutient encore ordinairement, et \u00e0 peu de chose pr\u00e8s la m\u00eame, depuis une semblable profondeur jusqu\u2019\u00e0 60, 80 ou 100 toises, et au-del\u00e0, plus ou moins, selon les circonstances, comme on l\u2019\u00e9prouve dans les mines\u00a0: apr\u00e8s quoi elle augmente et devient quelque fois si grande que les ouvriers ne sauraient y tenir et y vivre, si on ne leur procurait pas quelque rafraichissement et un nouvel air (p.58-61).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Curieusement les volcans n\u2019\u00e9taient pas interpr\u00e9t\u00e9s comme la preuve que l\u2019int\u00e9rieur de la Terre renfermait de la chaleur. Pourtant, on se souvient de la gravure illustrant le <em>Mundus subterraneus<\/em> d\u2019Athanasius Kircher en 1665\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2644 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/7.jpg\" alt=\"\" width=\"2000\" height=\"1730\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/7.jpg 2000w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/7-300x260.jpg 300w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/7-1024x886.jpg 1024w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/7-768x664.jpg 768w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/7-1536x1329.jpg 1536w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/7-436x377.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 2000px) 100vw, 2000px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme tant d\u2019autres auteurs du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Kircher pensait que la Terre \u00e9tait un ancien Soleil refroidit qui conservait dans son c\u0153ur une partie de sa chaleur originelle. Le probl\u00e8me c\u2019est que son explication n\u2019\u00e9tait absolument plus en vogue au XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019id\u00e9e dominante consistait alors \u00e0 imaginer que le sous-sol renfermait de vastes poches de mat\u00e9riaux inflammables. Or, si un objet s\u2019enflamme il devient effectivement tr\u00e8s chaud, mais il ne l\u2019\u00e9tait absolument pas quelques instants auparavant. Ainsi, les g\u00e9ologues concevaient plut\u00f4t une Terre froide, mais dont des portions se montraient capables de g\u00e9n\u00e9rer brutalement une puissante chaleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On\u00a0 le voit Mairan utilise lui un tout autre argument, bien connu aujourd\u2019hui\u00a0: le gradient g\u00e9othermique ressenti par les mineurs. Il d\u00e9fend aussi que la variation de temp\u00e9rature entre l\u2019hiver et l\u2019\u00e9t\u00e9 devrait \u00eatre bien plus grande si la temp\u00e9rature de la surface terrestre n\u2019\u00e9tait d\u00e9termin\u00e9e que par l\u2019intensit\u00e9 du rayonnement solaire. Buffon s\u2019empare aussit\u00f4t de cette id\u00e9e d\u2019un globe renfermant une part de chaleur r\u00e9siduelle parce qu\u2019elle va lui donner le fil conducteur de son histoire de la Terre\u00a0: le pr\u00e9sent diff\u00e8re du pass\u00e9 en raison du refroidissement de la plan\u00e8te au cours du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les exp\u00e9riences de Buffon s\u2019ancrent ainsi dans la volont\u00e9 d\u2019\u00e9crire une cosmogonie pleine et enti\u00e8re, celle que l\u2019on trouvera dans les <em>\u00c9poques de la nature<\/em>, allant de la formation de la plan\u00e8te jusqu\u2019\u00e0 son visage actuel. Autrement dit une histoire, pr\u00e9cis\u00e9ment une histoire naturelle, ce qui implique de s\u2019int\u00e9resser au temps dans lequel s\u2019inscrivent les diff\u00e9rentes \u00e9poques de la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On y lit \u00e9galement un go\u00fbt prononc\u00e9 pour les math\u00e9matiques, puisque son premier travail scientifique consista en un <em>M\u00e9moire sur le jeu de franc-carreau<\/em> (1733), qu\u2019il traduisit et publia un ouvrage de Newton sur cette mati\u00e8re <em>(La m\u00e9thode des fluxions et des suites infinies,<\/em> 1740) et qu\u2019il r\u00e9digea en 1777 un <em>Essai d\u2019arithm\u00e9tique moral<\/em>. Les calculs ne lui font pas peur et son go\u00fbt pour la physique newtonienne et la m\u00e9canique l\u2019incite \u00e0 math\u00e9matiser la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a enfin, l\u2019adh\u00e9sion aux m\u00e9thodes de la science moderne en train de se constituer. Car, si Buffon fut avant tout un naturaliste, il ne se limita pas \u00e0 l\u2019observation des esp\u00e8ces. Outre son go\u00fbt pour l\u2019exploration microscopique (voir le tome 2 de l\u2019<em>Histoire Naturelle<\/em>, 1749), il montra tr\u00e8s t\u00f4t un certain int\u00e9r\u00eat pour ce que nous appellerions aujourd\u2019hui l\u2019exp\u00e9rimentation en physiologie, puisqu\u2019en 1735 il traduisit et publia un ouvrage sur ce th\u00e8me du grand savant anglais Stephen Hales\u00a0: <em>La statique des v\u00e9g\u00e9taux et l\u2019analyse de l\u2019air<\/em>. Bien s\u00fbr d\u2019autres naturalistes r\u00e9alis\u00e8rent des exp\u00e9riences au XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, mais la chose n\u2019\u00e9tait n\u00e9anmoins pas si courante, et s\u2019agissant de quelqu\u2019un que l\u2019on r\u00e9duit souvent \u00e0 son activit\u00e9 de classificateur, elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, ces pr\u00e9dispositions intellectuelles n\u2019auraient sans doute pas suffi sans des circonstances mat\u00e9rielles fort opportun\u00e9ment favorables\u00a0: l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une forge, de l\u2019argent pour se procurer tous les mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires et les moyens d\u2019y consacrer 6 longues ann\u00e9es (entre 1767 et 1773). Buffon a tout cela. Seigneur bourgeois, propri\u00e9taire de terres en Bourgogne sur lesquelles se trouve le ch\u00e2teau de Montbard, il dispose de vastes for\u00eats dont le bois sert \u00e0 alimenter les forges. D\u2019abord celles du village, puis celles qu\u2019il fait b\u00e2tir en 1770 dans le but de transformer puis de vendre le minerai de fer particuli\u00e8rement abondant dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Remarquons aussi que Buffon affirme s\u2019\u00eatre inspir\u00e9 d\u2019un passage du livre de Newton, <em>Les<\/em> <em>principes math\u00e9matiques de la philosophie naturelle<\/em>, dont nous avons parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment\u00a0(Buffon cite ce passage dans sa version latine) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">La com\u00e8te \u00e9prouva donc une chaleur immense des rayons du Soleil dans son p\u00e9rih\u00e9lie, et elle a pu conserver tr\u00e8s longtemps cette chaleur ; car un globe de fer rouge d\u2019un pouce de diam\u00e8tre expos\u00e9 \u00e0 l\u2019air pendant une heure, perd \u00e0 peine toute sa chaleur. Et un globe d\u2019un plus grand diam\u00e8tre conserverait la sienne plus longtemps en raison de son diam\u00e8tre, parce que sa superficie (qui est la mesure du refroidissement par le contact de l\u2019air ambiant) est moindre dans cette raison en \u00e9gard \u00e0 la quantit\u00e9 de mati\u00e8re chaude qu\u2019elle renferme. Ainsi un globe de fer rouge \u00e9gal \u00e0 la Terre, c\u2019est-\u00e0-dire, dont le diam\u00e8tre serait environ de 40 000 000 de pieds, ne se refroidirait qu\u2019en 40 000 000 de jours, et par cons\u00e9quent \u00e0 peine serait-il refroidi en 50 000 ans. Je soup\u00e7onne cependant, que par des causes cach\u00e9es, la dur\u00e9e de la chaleur doit augmenter dans une moindre raison que celle du diam\u00e8tre : et je d\u00e9sirerais bien en trouver la v\u00e9ritable raison par l\u2019exp\u00e9rience (p.603-604).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buffon met donc en \u0153uvre la proposition de Newton\u00a0: mesurer la vitesse du refroidissement de globes de fer de diff\u00e9rents diam\u00e8tres\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Georges<\/strong> <strong>Buffon<\/strong><strong>,<em> Histoire naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re<\/em><\/strong><strong><em>, Suppl\u00e9ment, servant de suite \u00e0 la Th\u00e9orie de la Terre &amp; d&rsquo;introduction \u00e0 l&rsquo;histoire des min\u00e9raux<\/em><\/strong><strong>, tome premier, 1774<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><em>Premier m\u00e9moire. Exp\u00e9riences sur le progr\u00e8s de la chaleur dans les corps.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">J&rsquo;ai fait faire dix boulets de fer forg\u00e9 et battu\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le premier d&rsquo;un demi-pouce de diam\u00e8tre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le second d&rsquo;un pouce.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le troisi\u00e8me d&rsquo;un pouce et demi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le quatri\u00e8me de deux pouces.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le cinqui\u00e8me de deux pouces et demi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le sixi\u00e8me de trois pouces.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le septi\u00e8me de trois pouces et demi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le huiti\u00e8me de quatre pouces.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le neuvi\u00e8me de quatre pouces et demi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le dixi\u00e8me de cinq pouces.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Ce fer venait de la forge de Chame\u00e7on pr\u00e8s de Ch\u00e2tillon-sur-Seine, et comme tous les boulets ont \u00e9t\u00e9 faits du fer de cette m\u00eame forge, leurs poids se sont trouv\u00e9s \u00e0 tr\u00e8s-peu pr\u00e8s proportionnels aux volumes (\u2026) Avant de rapporter les exp\u00e9riences, j&rsquo;observerai\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">1\u00b0 Que pendant tout le temps qu&rsquo;on les a faites, le thermom\u00e8tre expos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;air libre \u00e9tait \u00e0 la cong\u00e9lation ou \u00e0 quelques degr\u00e9s au-dessous*\u00a0; mais qu&rsquo;on a laiss\u00e9 refroidir les boulets dans une cave o\u00f9 le thermom\u00e8tre \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 dix degr\u00e9s au-dessus de la cong\u00e9lation, c&rsquo;est-\u00e0-dire au degr\u00e9 de la temp\u00e9rature des caves de l&rsquo;Observatoire\u00a0; et c&rsquo;est ce degr\u00e9 que je prends ici pour celui de la temp\u00e9rature actuelle de la Terre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">2\u00b0 J&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 saisir deux instants dans le refroidissement, le premier o\u00f9 les boulets cessaient de br\u00fbler, c&rsquo;est-\u00e0-dire le moment o\u00f9 on pouvait les toucher et les tenir avec la main, pendant une seconde, sans se br\u00fbler\u00a0; le second temps de ce refroidissement \u00e9tait celui o\u00f9 les boulets se sont trouv\u00e9s refroidis jusqu&rsquo;au point de la temp\u00e9rature actuelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00e0 10 degr\u00e9s au-dessus de la cong\u00e9lation. Et pour conna\u00eetre le moment de ce refroidissement jusqu&rsquo;\u00e0 la temp\u00e9rature actuelle, on s&rsquo;est servi d&rsquo;autres boulets de comparaison de m\u00eame mati\u00e8re et de m\u00eames diam\u00e8tres qui n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 chauff\u00e9s, et que l&rsquo;on touchait en m\u00eame temps que ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 chauff\u00e9s. Par cet attouchement imm\u00e9diat et simultan\u00e9 de la main ou des deux mains sur les deux boulets, on pouvait juger assez bien du moment o\u00f9 ces boulets \u00e9taient \u00e9galement froids\u00a0; cette mani\u00e8re simple est non seulement plus ais\u00e9e que le thermom\u00e8tre qu&rsquo;il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 difficile d&rsquo;appliquer ici, mais elle est encore plus pr\u00e9cise, parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que de juger de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et non pas de la proportion de la chaleur, et que nos sens sont meilleurs juges que les instruments de tout ce qui est absolument \u00e9gal ou parfaitement semblable. Au reste, il est plus ais\u00e9 de reconna\u00eetre l&rsquo;instant o\u00f9 les boulets cessent de br\u00fbler que celui o\u00f9 ils se sont refroidis \u00e0 la temp\u00e9rature actuelle, parce qu&rsquo;une sensation vive est toujours plus pr\u00e9cise qu&rsquo;une sensation temp\u00e9r\u00e9e, attendu que la premi\u00e8re nous affecte d&rsquo;une mani\u00e8re plus forte (p.145-148)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">* Buffon utilise un thermom\u00e8tre \u00e0 alcool invent\u00e9 par R\u00e9aumur en 1730. Selon la l\u00e9gende, Buffon aurait employ\u00e9 de jeunes femmes pour \u00e9valuer les temps de refroidissement au motif que leur peau \u00e9tant plus fine elle est aussi plus sensible aux l\u00e9g\u00e8res variations de temp\u00e9rature. J\u2019ignore si l\u2019anecdote est v\u00e9ridique, mais je la trouve amusante. \u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tableau suivant condense les r\u00e9sultats rapport\u00e9s dans l\u2019ouvrage\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2645 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/8.jpg\" alt=\"\" width=\"1400\" height=\"787\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/8.jpg 1400w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/8-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/8-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/8-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/8-436x245.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buffon soumet alors ses r\u00e9sultats \u00e0 une analyse math\u00e9matique\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">La diff\u00e9rence la plus constante que l\u2019on puisse prendre entre chacun des termes qui expriment le temps du refroidissement, depuis l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on tire les boulets du feu, jusqu\u2019\u00e0 celui o\u00f9 l\u2019on peut les toucher sans se br\u00fbler, se trouve \u00eatre de 24 minutes, car en supposant chaque terme augment\u00e9 de 24, on aura\u00a0: 12\u2019, 36\u2019, 60\u2019, 84\u2019, 108\u2019, 132\u2019, 156\u2019, 180\u2019, 204\u2019, 228\u2019. Et la suite des temps r\u00e9els de ces refroidissements trouv\u00e9s par les exp\u00e9riences pr\u00e9c\u00e9dentes est\u00a0: 12\u2019, 35,5\u2019, 58\u2019, 80\u2019, 102\u2019, 127\u2019, 156\u2019, 182\u2019, 205\u2019, 232\u2019. Ce qui approche de la premi\u00e8re autant que l\u2019exp\u00e9rience peut approcher du calcul. De m\u00eame la diff\u00e9rence la plus constante que l\u2019on puisse prendre entre chacun des termes du refroidissement jusqu\u2019\u00e0 la temp\u00e9rature actuelle, se trouve \u00eatre de 54 minutes, car en supposant chaque terme augment\u00e9 de 54 on aura\u00a0: 39\u2019, 93\u2019, 147\u2019, 201\u2019, 255\u2019, 309\u2019, 363\u2019, 417\u2019, 471\u2019, 525\u2019. Et la suite des temps r\u00e9els de ce refroidissement, trouv\u00e9s par les exp\u00e9riences pr\u00e9c\u00e9dentes, est\u00a0: 39\u2019, 93\u2019, 145\u2019, 196\u2019, 248\u2019, 308\u2019, 356\u2019, 415\u2019, 466\u2019, 522\u2019. Ce qui approche aussi beaucoup de la premi\u00e8re suite suppos\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, Buffon trouve que ses r\u00e9sultats suivent des suites arithm\u00e9tiques, mais uniquement \u00e0 condition de les corriger de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2646 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/9.jpg\" alt=\"\" width=\"1400\" height=\"838\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/9.jpg 1400w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/9-300x180.jpg 300w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/9-1024x613.jpg 1024w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/9-768x460.jpg 768w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/9-436x261.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le voit les corrections n\u00e9cessaires sont loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeables puisque celles marqu\u00e9es d\u2019un (*) d\u00e9passent 5 %.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buffon remarque que lorsqu\u2019on double le diam\u00e8tre du boulet le temps de refroidissement fait plus que doubler\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2647 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/10.jpg\" alt=\"\" width=\"1400\" height=\"827\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/10.jpg 1400w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/10-300x177.jpg 300w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/10-1024x605.jpg 1024w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/10-768x454.jpg 768w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/10-436x258.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">* en ajoutant \u00e0 chaque fois 12\u2019<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">** en ajoutant \u00e0 chaque fois 39\u2019<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buffon en d\u00e9duit le calcul permettant d\u2019extrapoler cette variation de la temp\u00e9rature \u00e0 un boulet de la taille de la Terre\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Maintenant, si l&rsquo;on voulait chercher avec Newton combien il faudrait de temps \u00e0 un globe gros comme la Terre pour se refroidir, on trouverait, d&rsquo;apr\u00e8s les exp\u00e9riences pr\u00e9c\u00e9dentes, qu&rsquo;au lieu de 50 000 ans qu&rsquo;il assigne pour le temps du refroidissement de la Terre jusqu&rsquo;\u00e0 la temp\u00e9rature actuelle, il faudrait d\u00e9j\u00e0 42 964 ans et 221 jours pour la refroidir, seulement jusqu&rsquo;au point o\u00f9 elle cesserait de br\u00fbler, et 96 670 ans et 132 jours pour la refroidir \u00e0 la temp\u00e9rature actuelle. Car la suite des diam\u00e8tres des globes \u00e9tant 1, 2, 3, 4, 5, \u2026\u00a0<em>N\u00a0<\/em>demi-pouces, celle des temps du refroidissement jusqu&rsquo;\u00e0 pouvoir toucher les globes sans se br\u00fbler, sera 12, 36, 60, 84, 108, \u2026 24\u00a0\u00a0<em>N<\/em>\u00a0\u00a0\u2013\u00a012 minutes. Et le diam\u00e8tre de la Terre \u00e9tant de 2\u00a0865 lieues, de 25 au degr\u00e9, ou de 6 537 930 toises de 6 pieds. En faisant la lieue de 2 282 toises, ou de 39 227 580 pieds, ou de 941 461 920 demi pouces; nous avons :\u00a0<em>N\u00a0<\/em>= 941 461 920 demi-pouces. Et 24\u00a0<em>N<\/em>\u00a0\u00a0\u2013\u00a012 = 22\u00a0595\u00a0086\u00a0068 minutes, c&rsquo;est-\u00e0-dire 42 964 ans et 221 jours pour le temps n\u00e9cessaire au refroidissement d&rsquo;un globe gros comme la Terre, seulement jusqu&rsquo;au point de pouvoir le toucher sans se br\u00fbler. Et de m\u00eame la suite des temps du refroidissement jusqu&rsquo;\u00e0 la temp\u00e9rature actuelle, sera 39\u00b4, 93\u00b4, 147\u00b4, 201\u00b4, 255\u00b4, \u2026 54\u00a0<em>N\u00a0<\/em>\u2013 15\u00b4. Et comme\u00a0<em>N\u00a0<\/em>est toujours = 941 461 920 demi-pouces, nous aurons 54\u00a0\u00a0<em>N<\/em>\u00a0\u00a0\u2013\u00a015 = 50\u00a0838\u00a0943\u00a0662 minutes, c&rsquo;est-\u00e0-dire 96 670 ans et 132 jours pour le temps n\u00e9cessaire au refroidissement d&rsquo;un globe gros comme la Terre au point de la temp\u00e9rature actuelle (p.157-158).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour trouver le temps n\u00e9cessaire pour pouvoir tenir le boulet \u00e0 la main sans se br\u00fbler il faut donc appliquer la formule suivante\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>T = 24 x N \u2013 x<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T = temps de refroidissement<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N = taille du boulet en demi-pouces<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">x = constante = 12<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, pour trouver le temps n\u00e9cessaire pour que le boulet soit \u00e0 la temp\u00e9rature ambiante il faut appliquer cette autre formule :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>T = 54 x N \u2013 x<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T = temps de refroidissement<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N = taille du boulet en demi-pouces<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">x = constante = 15<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2648 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/11.jpg\" alt=\"\" width=\"1400\" height=\"769\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/11.jpg 1400w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/11-300x165.jpg 300w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/11-1024x562.jpg 1024w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/11-768x422.jpg 768w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/11-436x239.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Evidemment, ce sont les temps corrig\u00e9s que l\u2019on trouve en appliquant les formules.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Buffon le diam\u00e8tre de la Terre mesure 941 461 920 demi-pouces, c\u2019est \u00e0 dire 1\u00a0195\u00a0656\u00a0638 cm ou 11\u00a0956 km (soit une erreur d\u2019\u00e0 peine 786 km)\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2649 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/12.jpg\" alt=\"\" width=\"1400\" height=\"288\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/12.jpg 1400w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/12-300x62.jpg 300w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/12-1024x211.jpg 1024w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/12-768x158.jpg 768w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/12-436x90.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buffon est bien conscient que son analogie pr\u00e9sente de nombreuses limites \u00e0 commencer par le fait que le boulet refroidit dans une atmosph\u00e8re, alors que la Terre se refroidit dans le vide spatial\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Seulement on pourrait croire que celui du refroidissement de la Terre devrait encore \u00eatre consid\u00e9rablement augment\u00e9, parce que l&rsquo;on imagine que le refroidissement ne s&rsquo;op\u00e8re que par le contact de l&rsquo;air, et qu&rsquo;il y a une grande diff\u00e9rence entre le temps du refroidissement dans l&rsquo;air et le temps du refroidissement dans le vide\u00a0; et comme l&rsquo;on doit supposer que la Terre et l&rsquo;air se seraient en m\u00eame temps refroidis dans le vide, on dira qu&rsquo;il faut faire \u00e9tat de ce surplus de temps\u00a0; mais il est ais\u00e9 de faire voir que cette diff\u00e9rence est tr\u00e8s peu consid\u00e9rable, car quoique la densit\u00e9 du milieu dans lequel un corps se refroidit, fasse quelque chose sur la dur\u00e9e du refroidissement, cet effet est bien moindre qu&rsquo;on ne pourrait l&rsquo;imaginer, puisque dans le mercure qui est onze mille fois plus dense que l&rsquo;air, il ne faut pour refroidir les corps qu&rsquo;on y plonge qu&rsquo;environ neuf fois autant de temps qu&rsquo;il en faut pour produire le m\u00eame refroidissement dans l&rsquo;air. La principale cause du refroidissement n&rsquo;est donc pas le contact du milieu ambiant, mais la force expansive qui anime les parties de la chaleur et du feu, qui les chasse hors des corps o\u00f9 elles r\u00e9sident, et les pousse directement du centre \u00e0 la circonf\u00e9rence (p.158-159).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, le principal d\u00e9faut de ses exp\u00e9riences r\u00e9side dans les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s\u00a0: la Terre n\u2019est pas un globe de fer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Pour appliquer le r\u00e9sultat de nos exp\u00e9riences et de notre calcul (\u2026) \u00e0 la Terre, il faut les supposer compos\u00e9es de mati\u00e8res qui demanderaient autant de temps que le fer pour se refroidir\u00a0; tandis que dans le r\u00e9el, les mati\u00e8res principales dont le globe terrestre est compos\u00e9, telles que les glaises, les gr\u00e8s, les pierres, etc., doivent se refroidir en bien moins de temps que le fer.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 pourquoi Buffon va reproduire ses exp\u00e9riences avec des boulets fabriqu\u00e9s dans diff\u00e9rentes roches\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Pour me satisfaire sur cet objet, j\u2019ai fait faire des globes de glaise et de gr\u00e8s, et les ayant fait chauffer \u00e0 la m\u00eame forge jusqu\u2019\u00e0 les faire rougir \u00e0 blanc, j\u2019ai trouv\u00e9 que les boulets de glaise de deux pouces se sont refroidis au point de pouvoir tenir dans la main en 38 minutes, ceux de deux pouces et demi en 48 minutes, et ceux de trois pouces en 60 minutes, ce qui \u00e9tant compar\u00e9 avec le temps du refroidissement des boulets de fer de ces m\u00eames diam\u00e8tres de deux pouces, de deux pouces et demi et trois pouces, donne les rapports 38 \u00e0 80 pour deux pouces, 48 \u00e0 102 pour deux pouces et demi et 60 \u00e0 127 pour trois pouces, ce qui fait un peut moins de 1 \u00e0 2, en sorte que pour le refroidissement de la glaise il ne faut pas la moiti\u00e9 du temps qu\u2019il faut pour celui du fer. J\u2019ai trouv\u00e9 de m\u00eame que les globes de gr\u00e8s de deux pouces se sont refroidis au point de pouvoir tenir dans la main en 45 minutes, ceux de deux pouces et demi en 58 minutes, et ceux de trois pouces en 75 minutes, ce qui \u00e9tant compar\u00e9 avec le temps du refroidissement des boulets de fer de ces m\u00eames diam\u00e8tres, donne les rapports 46 \u00e0 80 pour deux pouces, 58 \u00e0 102 pour deux pouces et demi et 75 \u00e0 127 pour trois pouces, ce qui fait \u00e0 tr\u00e8s peu pr\u00e8s la raison de 9 \u00e0 5, en sorte que pour le refroidissement du gr\u00e8s, il faut plus de la moiti\u00e9 du temps qu\u2019il faut pour celui du fer (p.166-167).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Conclusion, les roches se refroidissent beaucoup plus vite que le fer. Afin d\u2019en avoir le c\u0153ur net, Buffon r\u00e9p\u00e8te encore ce travail sur d\u2019autres mat\u00e9riaux\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">J\u2019ai fait de semblables exp\u00e9riences sur des globes de marbre, de pierre, de plomb et d\u2019\u00e9tain, \u00e0 une chaleur telle seulement que l\u2019\u00e9tain commen\u00e7ait \u00e0 fondre, et j\u2019ai trouv\u00e9 que le fer se refroidissant en 18 minutes au point de pouvoir le tenir \u00e0 la main, le marbre se refroidit au m\u00eame point en 12 minutes, la pierre en 11, le plomb en 9 et l\u2019\u00e9tain en 8 minutes (p.169).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, tout le <em>Second m\u00e9moire<\/em> est consacr\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer la vitesse du refroidissement de boulets d\u2019un pouce constitu\u00e9s de mat\u00e9riaux aussi divers que l\u2019or, l\u2019argent, le cuivre, le zinc, l\u2019antimoine, la porcelaine, la craie, le verre, le gypse, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce travail exp\u00e9rimental se poursuit dans le second tome des <em>Suppl\u00e9ments<\/em>\u00a0o\u00f9 Buffon s\u2019int\u00e9resse au temps n\u00e9cessaire pour qu\u2019une mati\u00e8re en fusion se solidifie et qu\u2019il estime \u00e0 quelques milliers d\u2019ann\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Georges<\/strong> <strong>Buffon<\/strong><strong>,<em> Histoire naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re<\/em><\/strong><strong><em>, Suppl\u00e9ment, servant de suite \u00e0 la Th\u00e9orie de la Terre &amp; d&rsquo;introduction \u00e0 l&rsquo;histoire des min\u00e9raux<\/em><\/strong><strong>, tome second, 1775<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Pour appliquer au globe de la Terre le r\u00e9sultat de ces exp\u00e9riences, nous consid\u00e9rons qu\u2019il n\u2019a pu prendre sa forme \u00e9lev\u00e9e sous l\u2019\u00e9quateur et abaiss\u00e9e sous les p\u00f4les qu\u2019en vertu de la force centrifuge combin\u00e9e avec celle de la pesanteur\u00a0; que par cons\u00e9quent il a d\u00fb tourner sur son axe pendant un petit temps avant que sa surface ait pris sa consistance et qu\u2019ensuite la mati\u00e8re int\u00e9rieure s\u2019est consolid\u00e9e dans les m\u00eames rapports de temps indiqu\u00e9s par nos exp\u00e9riences\u00a0; en sorte qu\u2019en partant de la supposition qu\u2019un jour au moins pour le petit temps n\u00e9cessaire \u00e0 la prise de consistance \u00e0 sa surface et en admettant, comme nos exp\u00e9riences l\u2019indiquent, un temps de 3 minutes pour en consolider la mati\u00e8re int\u00e9rieure \u00e0 un pouce de profondeur, il se trouvera 36 minutes pour un pied, 216 minutes pour une toise, 342 jours pour une lieue et 490\u00a0086 jours, ou environ 1342 ans pour qu\u2019un globe de fonte de fer qui aurait, comme celui de la Terre, 1432,5 lieues de demi-diam\u00e8tre, eut pris sa consistance jusqu\u2019au centre (\u2026) Or, nous avons d\u00e9montr\u00e9 par les exp\u00e9riences du Premier m\u00e9moire qu\u2019un globe de fer, gros comme la Terre, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de feu seulement jusqu\u2019au rouge, serait plus de 96\u00a0670 ans \u00e0 se refroidir\u00a0; auxquels ajoutant 2000 ou 3000* ans pour le temps de sa consolidation jusqu\u2019au centre\u00a0; il r\u00e9sulte qu\u2019en tout il faudrait environ 100\u00a0000 ans pour refroidir au point de la temp\u00e9rature actuelle, un globe de fer gros comme la Terre, sans compter la dur\u00e9e du premier \u00e9tat de liqu\u00e9faction, ce qui recule encore les limites du temps, qui semble fuir et s\u2019\u00e9tendre \u00e0 mesure que nous cherchons \u00e0 le saisir (p.33-36).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">* pour diverses raisons Buffon doute fort que 1342 ans suffisent pour que la Terre se solidifie, il opte donc pour un temps un peu plus grand<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab\u00a0partie exp\u00e9rimentale\u00a0\u00bb est suivie par une \u00ab\u00a0partie hypoth\u00e9tique\u00a0\u00bb consacr\u00e9e au refroidissement de la Terre et des plan\u00e8tes, dans lequel certains chiffres pr\u00e9sentent, curieusement, quelques diff\u00e9rences sensibles\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">En supposant, comme tous les ph\u00e9nom\u00e8nes paraissent l\u2019indiquer, que la Terre ait autrefois \u00e9t\u00e9 dans un \u00e9tat de liqu\u00e9faction caus\u00e9 par le feu, il est d\u00e9montr\u00e9 par nos exp\u00e9riences que si le globe \u00e9tait enti\u00e8rement compos\u00e9 de fer ou de mati\u00e8re ferrugineuse, il ne se serait consolid\u00e9 jusqu\u2019au centre qu\u2019en 4026 ans, refroidi au point de pouvoir le toucher sans se br\u00fbler en 46\u00a0991 ans, et qu\u2019il ne se serait refroidi au point de la temp\u00e9rature actuelle qu\u2019en 100\u00a0696 ans\u00a0; mais comme la Terre, dans tout ce qui nous est connu, nous para\u00eet \u00eatre compos\u00e9 de mati\u00e8res vitrescibles et calcaires qui se refroidissent en moins de temps que les mati\u00e8res ferrugineuses, il faut pour approcher de la v\u00e9rit\u00e9 autant qu\u2019il est possible, prendre les temps respectifs du refroidissement de ces diff\u00e9rentes mati\u00e8res, tels que nous les avons trouv\u00e9s par les exp\u00e9riences du second m\u00e9moire et en \u00e9tablir le rapport avec celui du refroidissement du fer. En n\u2019employant dans cette somme que le verre, le gr\u00e8s, la pierre calcaire dure, les marbres et les mati\u00e8res ferrugineuses, on trouvera que le globe terrestre s\u2019est consolid\u00e9 jusqu\u2019au centre en 2905 ans, qu\u2019il s\u2019est refroidi au point de pouvoir le toucher en 33\u00a0911 ans environ, et \u00e0 la temp\u00e9rature actuelle en 74\u00a0047 ans environ (p.361-362).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9\u00a0: 2905 ans pour que la Terre se solidifie, 33\u00a0911 ans pour que sa surface cesse d\u2019\u00eatre br\u00fblante et 74\u00a0047 ans pour parvenir \u00e0 sa temp\u00e9rature actuelle. Mais, Buffon envisage que ce refroidissement ait pu \u00eatre ralenti par un gain de chaleur externe provenant du Soleil et des autres plan\u00e8tes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Le globe terrestre se serait donc refroidi du point d\u2019incandescence au point de la temp\u00e9rature actuelle en 74\u00a0047 ans, suppos\u00e9 que rien n\u2019eut compens\u00e9 la perte de sa chaleur propre\u00a0; mais, d\u2019une part le Soleil envoyant constamment \u00e0 la Terre une certaine quantit\u00e9 de chaleur, l\u2019accession ou le gain de cette chaleur ext\u00e9rieure a d\u00fb compenser en partie la perte de sa chaleur int\u00e9rieure, et d\u2019autre part la Lune dont la surface, \u00e0 cause de sa proximit\u00e9, nous para\u00eet aussi grande que celle du Soleil, \u00e9tant aussi chaude que cet astre dans le temps de l\u2019incandescence g\u00e9n\u00e9rale, envoyait \u00e0 ce moment \u00e0 la Terre autant de chaleur que le Soleil m\u00eame, ce qui fait une seconde compensation qu\u2019on doit ajouter \u00e0 la premi\u00e8re, sans compter la chaleur envoy\u00e9e dans le m\u00eame temps par les cinq autres plan\u00e8tes (p.370).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tenant compte des tailles des corps c\u00e9lestes, tailles qui d\u00e9terminent combien de temps ces astres nous ont envoy\u00e9 de la chaleur, et au prix de plusieurs pages de calculs, Buffon sugg\u00e8re d\u2019ajouter 785 ans rien que pour l\u2019influence du Soleil et de la Lune. Autrement dit Buffon aboutit \u00e0 un \u00e2ge d\u2019environ 75\u00a0000 ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela fait d\u00e9j\u00e0 pas loin de 70\u00a0000 ans de plus que les chronologies courtes \u00e0 la Ussher, mais cela, on va le voir, ne suffit pas. Car entre le moment o\u00f9 la surface terrestre cesse d\u2019\u00eatre br\u00fblante (33\u00a0911 ans), et o\u00f9 par cons\u00e9quent, la vie peut appara\u00eetre, et le pr\u00e9sent (74\u00a0047 ans), il se passe \u00e0 peine plus de 40\u00a0000 ans. 40 mill\u00e9naires c\u2019est beaucoup, mais Buffon ne croit pas que cette dur\u00e9e suffise pour que se forme toute l\u2019\u00e9paisseur des d\u00e9p\u00f4ts s\u00e9dimentaires constitu\u00e9s de d\u00e9bris d\u2019organismes marins\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Georges<\/strong> <strong>Buffon<\/strong><strong>,<em> Histoire naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re<\/em><\/strong><strong><em>, Suppl\u00e9ment Des \u00e9poques de la Nature,<\/em><\/strong><strong> tome cinqui\u00e8me, 1778<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">A la date de 30\u00a0000 ou 35\u00a0000 ans de la formation des plan\u00e8tes, la Terre se trouvait assez atti\u00e9die pour recevoir les eaux sans les rejeter en vapeur (\u2026) On a des preuves \u00e9videntes que les mers ont couvert le contient de l\u2019Europe jusqu\u2019\u00e0 1500 toises au-dessus du niveau de la mer actuelle, puisqu\u2019on trouve des coquilles et d\u2019autres productions marines dans les Alpes et dans les Pyr\u00e9n\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 cette m\u00eame hauteur (\u2026) Or, dans les commencements de ce s\u00e9jour des eaux sur la surface du globe, n\u2019avaient-elles pas un degr\u00e9 de chaleur que nos poissons et nos coquillages actuellement existants n\u2019auraient pu supporter\u00a0! Et ne devons-nous pas pr\u00e9sumer que les premi\u00e8res productions d\u2019une mer encore bouillante \u00e9taient diff\u00e9rentes de celles qu\u2019elle nous offre aujourd\u2019hui\u00a0! Cette grande chaleur ne pouvait convenir qu\u2019\u00e0 d\u2019autres natures de coquillages et de poissons, et par cons\u00e9quent c\u2019est aux premiers temps de cette \u00e9poque, c\u2019est-\u00e0-dire depuis 30\u00a0000 jusqu\u2019\u00e0 40\u00a0000 ans de la formation de la Terre, que l\u2019on doit rapporter l\u2019existence des esp\u00e8ces perdues dont on ne trouve nulle part les analogues vivants. Ces premi\u00e8res esp\u00e8ces, maintenant an\u00e9anties, ont subsist\u00e9 pendant les 10\u00a0000 ou 15\u00a0000 ans qui ont suivi le temps auquel les eaux venaient de s\u2019\u00e9tablir (p.93-95)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le voit, aux yeux de Buffon, le refroidissement progressif du globe expliquait que les esp\u00e8ces fossiles soient diff\u00e9rentes des esp\u00e8ces actuelles\u00a0: sur une terre plus chaude, il devait n\u00e9cessairement exister des formes vivantes adapt\u00e9es \u00e0 cette chaleur plus vive. Imaginant que le niveau marin a ensuite diminu\u00e9 parce que les eaux se seraient engouffr\u00e9es dans de profondes cavernes, il propose m\u00eame de dresser une stratigraphie pal\u00e9ontologique au moyen de la datation relative\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">On doit pr\u00e9sumer que les coquilles et autres productions marines que l\u2019on trouve \u00e0 de grandes hauteurs au-dessus du niveau actuel des mers, sont les esp\u00e8ces les plus anciennes de la Nature\u00a0; et il serait important pour l\u2019Histoire Naturelle de recueillir un assez grand nombre de ces productions de la mer qui se trouvent \u00e0 cette plus grande hauteur et d les comparer avec celles qui sont dans les terrains les plus bas. Nous sommes assur\u00e9s que les coquilles dont nos collines sont compos\u00e9es appartiennent en partie \u00e0 des esp\u00e8ces inconnues, c\u2019est \u00e0 dire \u00e0 des esp\u00e8ces dont aucune mer fr\u00e9quent\u00e9e ne nous offres les analogues vivants. Si jamais on fait un recueil de ces p\u00e9trifications prises \u00e0 la plus grande \u00e9l\u00e9vation dans les montagnes, on sera peut-\u00eatre en \u00e9tat de prononcer sur l\u2019anciennet\u00e9 plus ou moins grande de ces esp\u00e8ces, relativement aux autres (p.98).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, \u00e0 plusieurs reprises, il fait part de ses doutes quant \u00e0 l\u2019estimation des dur\u00e9es qu\u2019ils pr\u00eatent \u00e0 la s\u00e9dimentation\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">La dur\u00e9e du temps pendant lequel les eaux couvraient nos continents a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longue, l\u2019on ne peut en douter en consid\u00e9rant l\u2019immense quantit\u00e9 de productions marines qui se trouvent jusqu\u2019\u00e0 d\u2019assez grandes profondeurs et \u00e0 de tr\u00e8s grandes hauteurs dans toutes les parties de la Terre. Et combien ne devons-nous pas encore ajouter de dur\u00e9e \u00e0 ce temps d\u00e9j\u00e0 si long pour que ces m\u00eames productions marines aient \u00e9t\u00e9 bris\u00e9es, r\u00e9duites en poudre et transport\u00e9es par le mouvement des eaux, et former ensuite les marbres, les pierres calcaires et les craies\u00a0! Cette longue suite de si\u00e8cles, cette dur\u00e9e de 20\u00a0000 ans, me para\u00eet encore trop courte pour la succession des effets que ces monuments nous d\u00e9montrent (p.114-115).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des doutes qu\u2019il assoit m\u00eame sur une estimation chiffr\u00e9e, laquelle fait un peu penser \u00e0 celle que fera Darwin environ un si\u00e8cle plus tard\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Pour rendre cet aper\u00e7u plus sensible, donnons un exemple\u00a0; cherchons combien il a fallu de temps pour la construction d\u2019une colline d\u2019argile de 1000 toises de hauteur. Les s\u00e9diments successifs des eaux ont form\u00e9 toutes les couches dont al colline est compos\u00e9e depuis la base jusqu\u2019\u00e0 son sommet. Or, nous pouvons juger du d\u00e9p\u00f4t successif et journalier des eaux par les feuillets des ardoises\u00a0; ils sont si minces qu\u2019on peut en compter une douzaine dans une ligne d\u2019\u00e9paisseur. Supposons donc que chaque mar\u00e9e d\u00e9pose un s\u00e9diment d\u2019un douzi\u00e8me de ligne d\u2019\u00e9paisseur, c\u2019est-\u00e0-dire, d\u2019un sixi\u00e8me de ligne chaque jour, le d\u00e9p\u00f4t augmentera d\u2019une ligne en six jours, de six lignes en trente six jours et par cons\u00e9quent d\u2019environ cinq pouces en un an\u00a0; ce qui donne plus de 14\u00a0000 ans pour le temps n\u00e9cessaire \u00e0 la composition d\u2019une colline de glaise de 1000 toises de hauteur. Ce temps para\u00eetra m\u00eame trop court si on le compare avec ce qui se passe sous nos yeux sur certains rivages de la mer, o\u00f9 elle d\u00e9pose des limons et des argiles, comme sur les c\u00f4tes de Normandie\u00a0; car le d\u00e9p\u00f4t n\u2019augmente qu\u2019insensiblement et de beaucoup moins de cinq pouces par an (p.68-69).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des doutes persistant puisqu\u2019on les retrouve dans le premier tome de l\u2019<em>Histoire naturelle des min\u00e9raux<\/em>, publi\u00e9 en 1783 c\u2019est-\u00e0-dire juste apr\u00e8s les <em>Suppl\u00e9ments<\/em>\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Georges<\/strong> <strong>Buffon, <em>Histoire naturelle des min\u00e9raux<\/em>, tome 1, 1783<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">La formation des pierres calcaires est l\u2019un des plus grands ouvrages de la Nature (\u2026) Ces pierres ont en effet \u00e9t\u00e9 primitivement form\u00e9es du d\u00e9triment des coquilles, des madr\u00e9pores, des coraux et de toutes les autres substances qui ont servi d\u2019enveloppe ou de domicile \u00e0 ces animaux infiniment nombreux, qui sont pourvus des organes n\u00e9cessaires pour cette production de mati\u00e8re pierreuse. Je dis que le nombre de ces animaux est immense, infini, car l\u2019imagination m\u00eame serait \u00e9pouvant\u00e9e de leur quantit\u00e9, si nos yeux ne nous en assuraient pas en nous d\u00e9montrant leurs d\u00e9bris r\u00e9unis en grandes masses et formant des collines, des montagnes et des terrains de plusieurs lieux d\u2019\u00e9tendues. Quelle prodigieuse pullulation ne doit-on pas supposer dans tous les animaux de ce genre\u00a0! Quel nombre d\u2019esp\u00e8ces ne faut-il pas compter, tant dans les coquillages et crustac\u00e9s actuellement existants, que pour ceux dont les esp\u00e8ces ne subsistent plus et qui sont encore de beaucoup plus nombreux\u00a0! Enfin combien de temps et quel nombre de si\u00e8cles n\u2019est-on pas forc\u00e9 d\u2019admettre pour l\u2019existence successive des unes et des autres\u00a0! (p.219)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">On trouve des bancs entiers quelquefois \u00e9pais de plusieurs pieds, compos\u00e9s en totalit\u00e9 d\u2019une seule esp\u00e8ce de coquillages dont les d\u00e9pouilles sont toutes couch\u00e9es sur la m\u00eame face et au m\u00eame niveau. Cette r\u00e9gularit\u00e9 dans leur position et la pr\u00e9sence d\u2019une seule esp\u00e8ce, \u00e0 l\u2019exclusion de toutes les autres, semblent d\u00e9montrer que ces coquillages n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s de loin par les eaux, mais que les bancs o\u00f9 elles se trouvent se sont form\u00e9s sur le lieu m\u00eame, puisqu\u2019en supposant les coquilles transport\u00e9es elles se trouveraient m\u00eal\u00e9es d\u2019autres coquilles et plac\u00e9es irr\u00e9guli\u00e8rement en tous sens avec les d\u00e9bris pierreux amen\u00e9s en m\u00eame temps, comme on le voit dans plusieurs autres couches de pierre. La plupart de nos collines ne se sont donc pas form\u00e9es par des d\u00e9p\u00f4ts successifs amen\u00e9s par un mouvement uniforme et constant, il faut n\u00e9cessairement admettre des repos dans ce grand travail, des intervalles consid\u00e9rables de temps entre les dates de la formation de chaque banc, pendant lesquels intervalles certaines esp\u00e8ces de coquillages auront habit\u00e9, v\u00e9cu, multipli\u00e9 sur ce banc et form\u00e9 le lit coquilleux qui le surmonte. Il faut accorder encore du temps pour que d\u2019autres s\u00e9diments de graviers et de mati\u00e8res pierreuses aient \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es et amen\u00e9es par les eaux pour recouvrir ce d\u00e9p\u00f4t de coquilles. En ne consid\u00e9rant la Nature qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, nous avons dit que 76\u00a0000 ans d\u2019anciennet\u00e9 suffisaient pour placer la suite de ses plus grands travaux sur le globe terrestre et nous avons donn\u00e9 la raison pour laquelle nous nous sommes restreints \u00e0 cette limite de dur\u00e9e, en avertissant qu\u2019on pourrait la doubler et m\u00eame la quadrupler si l\u2019on voulait se trouver parfaitement \u00e0 l\u2019aise pour l\u2019explication de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes. En effet, lorsqu\u2019on examine en d\u00e9tail la composition de ces m\u00eames ouvrages, chaque point de cette analyse augmente la dur\u00e9e et recule les limites de ce temps trop immense pour l\u2019imagination et n\u00e9anmoins trop court pour notre jugement (p.244-246)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, les donn\u00e9es de terrains, en l\u2019occurrence les observations des d\u00e9p\u00f4ts s\u00e9dimentaires, interrogent l\u2019exactitude des estimations issues de l\u2019exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela a conduit Buffon \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer l\u2019\u00e2ge qu\u2019il attribuait au globe terrestre, en essayant d\u2019estimer l\u2019effet de ce qu\u2019il nomme les \u00ab\u00a0causes cach\u00e9es\u00a0\u00bb (<em>causae latentes<\/em>). L\u2019id\u00e9e est assez simple\u00a0: il suppose que les r\u00e9sultats qu\u2019il a obtenus lors de ses exp\u00e9riences ne refl\u00e8tent pas convenablement le fait que certains mat\u00e9riaux contenus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du globe terrestre (d\u2019o\u00f9 l\u2019expression de \u00ab\u00a0causes cach\u00e9es\u00a0\u00bb) doivent s\u2019opposer \u00e0 la d\u00e9perdition de chaleur. Ainsi, ces \u00e9l\u00e9ments allongeraient sensiblement le temps n\u00e9cessaire au refroidissement. Mais, ces r\u00e9flexions ne figurent pas dans les ouvrages publi\u00e9s. Elles ne nous sont connues qu\u2019\u00e0 travers l\u2019\u00e9tude des manuscrits des <em>Epoques de la Nature<\/em> men\u00e9e par l\u2019historien des sciences Jacques Roger et publi\u00e9e en 1988. Ces manuscrits, conserv\u00e9s par le Mus\u00e9um National d\u2019Histoire Naturelle de Paris, indiquent des temps environ 40 fois plus grands, un coefficient d\u00fb \u00e0 l\u2019action des \u00ab\u00a0causes cach\u00e9es\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2650 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/13.jpg\" alt=\"\" width=\"1400\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/13.jpg 1400w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/13-300x83.jpg 300w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/13-1024x285.jpg 1024w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/13-768x213.jpg 768w, https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2020\/09\/13-436x121.jpg 436w\" sizes=\"auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, Buffon ne renonce pas \u00e0 ces chiffres par peur de l\u2019\u00c9glise. En 1778, le personnage est encore plus puissant qu\u2019il ne l\u2019\u00e9tait 30 ans plus t\u00f4t lorsque la Sorbonne avait r\u00e9agi \u00e0 la publication des premiers tomes de l\u2019<em>Histoire Naturelle<\/em>. Entre temps il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, anobli par le roi Louis XV (il devient comte en 1771) et le succ\u00e8s de ses \u00e9crits fait de lui l\u2019un des scientifiques fran\u00e7ais les plus c\u00e9l\u00e8bres. Ajoutons \u00e0 cela qu\u2019il vient d\u2019avoir 71 ans et que la mode n\u2019est pas \u00e0 la pers\u00e9cution des vieillards. Concr\u00e8tement, Buffon est devenu \u00e0 peu pr\u00e8s intouchable et il le sait fort bien. Le livre contenant les <em>Epoques de la Nature<\/em> est bien d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 la Sorbonne en 1779, mais l\u2019affaire sera diplomatiquement enterr\u00e9e sans m\u00eame que Buffon soit de nouveau oblig\u00e9 de r\u00e9diger une lettre de r\u00e9tractation comme il l\u2019avait fait, on s\u2019en souvient, en 1751.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surtout, les reproches de la Sorbonne ne visent pas particuli\u00e8rement la datation de la Terre propos\u00e9e par Buffon. Cela les th\u00e9ologiens pouvaient toujours s\u2019en accommoder en proposant que chaque \u00ab jour \u00bb de la cr\u00e9ation n\u2019avait pas dur\u00e9 24h mais plusieurs mill\u00e9naires. Non, leurs critiques visent sp\u00e9cifiquement la description de la formation du globe parfaitement contraire \u00e0 la <em>Gen\u00e8se<\/em>. Buffon aurait affirmait que la plan\u00e8te n\u2019avait que 6000 ans que cela n\u2019aurait strictement rien chang\u00e9 \u00e0 l\u2019opinion de la Facult\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, alors pourquoi ne pas avoir indiqu\u00e9 un \u00e2ge de plusieurs millions d\u2019ann\u00e9es\u00a0? Nous le savons gr\u00e2ce \u00e0 une page des manuscrits (c\u2019est moi qui souligne)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Pourquoi ne pas s\u2019en tenir aux 10\u00a0000 ou 12\u00a0000 ans que vous aviez d\u00e9sign\u00e9s d\u2019abord comme suffisant \u00e0 peu pr\u00e8s pour ces op\u00e9rations de la nature\u00a0? <u>C\u2019est ajouter une nouvelle cause d\u2019obscurit\u00e9 aux choses difficiles dont vous pr\u00e9tendez donner l\u2019explication, que d\u2019employer de si grands nombres et des espaces d\u2019une dur\u00e9e qui n\u2019est pas concevable<\/u>. J\u2019ai si bien senti la force de cette consid\u00e9ration que j\u2019ai t\u00e2ch\u00e9 d\u2019en pr\u00e9venir l\u2019effet en pr\u00e9sentant d\u2019abord un plan en raccourci de la dur\u00e9e des temps\u00a0; <u>cet abr\u00e9g\u00e9 ou plut\u00f4t cette petite \u00e9chelle m\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire pour conserver l\u2019ordre et la clart\u00e9 des id\u00e9es qui se seraient perdus dans des espaces obscurs si tout \u00e0 coup j\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9 le plan de la dur\u00e9e des temps sur l\u2019\u00e9chelle que j\u2019emploie aujourd\u2019hui<\/u> et qui est 40 fois plus longue que celle de mon premier tableau (\u2026) Lorsque je n\u2019ai compt\u00e9 que 74\u00a0000 ou 75\u00a0000 ans pour le temps \u00e9coul\u00e9 depuis la formation des plan\u00e8tes j\u2019ai averti que je me contraignais pour m\u2019opposer le moins possible aux opinions re\u00e7ues, et en m\u00eame temps <u>pour ne tirer de mes exp\u00e9riences sur le refroidissement que des cons\u00e9quences absolument incontestables<\/u>\u00a0; mais je me suis express\u00e9ment r\u00e9serv\u00e9 l\u2019augmentation de la dur\u00e9e des temps pour \u00eatre \u00e0 l\u2019aise sur l\u2019explication des ph\u00e9nom\u00e8nes et pour pouvoir pr\u00e9senter d\u2019une mani\u00e8re intelligible et sensible l\u2019ordre et la succession des diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements de la nature. Je n\u2019ai m\u00eame form\u00e9 mon dernier tableau sur une \u00e9chelle 40 fois plus grande que d\u2019apr\u00e8s une supposition d\u00e9favorable et trop faible, car je suis tr\u00e8s persuad\u00e9 que dans la r\u00e9alit\u00e9 les <em>causae latentes<\/em> de Newton, c\u2019est-\u00e0-dire les obstacles qui s\u2019opposent \u00e0 l\u2019\u00e9mission de la chaleur dans les corps, au lieu de n\u2019\u00eatre suppos\u00e9s qu\u2019un millioni\u00e8me depuis 0,5 pouce, jusqu\u2019\u00e0 un seul aurait augment\u00e9 dix fois plus notre \u00e9chelle et m\u2019aurait donn\u00e9 10 millions d\u2019ann\u00e9es au lieu de 600\u00a0000 pour la dur\u00e9e de notre \u00e9poque\u00a0; mais encore une fois quoiqu\u2019il soit tr\u00e8s vrai que plus nous \u00e9tendrons le temps et plus nous approcherons de la v\u00e9rit\u00e9 et de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019emploi qu\u2019en a fait la nature, n\u00e9anmoins <u>il faut le raccourcir autant qu\u2019il est possible pour se conformer \u00e0 la puissance limit\u00e9e de notre intelligence<\/u>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Passons rapidement sur le premier argument, plein de bon sens, qui consiste \u00e0 ne pas s\u2019\u00e9carter des r\u00e9sultats r\u00e9ellement obtenus lors des exp\u00e9riences plut\u00f4t que de trop s\u2019appuyer sur des sp\u00e9culations sans preuves solides. On sent bien que la principale raison de la limitation du temps r\u00e9side dans la crainte de Buffon que ses contemporains se \u00ab\u00a0perdent\u00a0\u00bb dans des dur\u00e9es aussi grandes. Jacques Roger parle tr\u00e8s justement de \u00ab\u00a0sombres ab\u00eemes\u00a0\u00bb et, effectivement, lorsqu\u2019on se trouve au bord de l\u2019ab\u00eeme, le vertige emp\u00eache de r\u00e9fl\u00e9chir. Or, Buffon souhaite avant tout que les gens suivent son raisonnement et adh\u00e8rent \u00e0 sa cosmogonie. Pas question donc de les confronter \u00e0 des chiffres si gigantesques qu\u2019ils risqueraient d\u2019\u00eatre jug\u00e9s \u00ab\u00a0inconcevables\u00a0\u00bb et affecteraient du m\u00eame jugement l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et voil\u00e0 ce que cela donne dans les <em>\u00c9poques de la Nature<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\">Je dois seulement r\u00e9pondre \u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019objection que l\u2019on m\u2019a d\u00e9j\u00e0 faite sur la tr\u00e8s longue dur\u00e9e des temps. Pourquoi nous jeter, m\u2019a-t-on dit, dans un espace aussi vague qu\u2019une dur\u00e9e de 168 000 ans ! Car \u00e0 la vue de votre tableau, la Terre est \u00e2g\u00e9e de 75 000 ans et la Nature vivante doit subsister encore pendant 93 000 ans*. Est-il ais\u00e9, est-il m\u00eame possible de se former une id\u00e9e du tout ou des parties d\u2019une aussi longue suite de si\u00e8cles ! Je n\u2019ai d\u2019autres r\u00e9ponse que l\u2019exposition des monuments et la consid\u00e9ration des ouvrages de la Nature : j\u2019en donnerai le d\u00e9tail et les dates dans les Epoques qui vont suivre celle-ci, et l\u2019on verra que bien loin d\u2019avoir augment\u00e9 sans n\u00e9cessit\u00e9 la dur\u00e9e du temps, je l\u2019ai peut-\u00eatre beaucoup trop raccourcie. Et pourquoi l\u2019esprit humain semble-t-il se perdre dans l\u2019espace de la dur\u00e9e plut\u00f4t que dans celui de l\u2019\u00e9tendue, ou dans la consid\u00e9ration des mesures, des poids et des nombres ! Pourquoi 100 000 ans sont-ils plus difficiles \u00e0 concevoir et \u00e0 compter que 100 000 livres de monnaie ! Serait-ce parce que la forme du temps ne peut se palper ni se r\u00e9aliser en esp\u00e8ces visibles, ou plut\u00f4t n\u2019est-ce pas qu\u2019\u00e9tant accoutum\u00e9s par notre trop courte existence \u00e0 regarder 100 ans comme une grosse somme de temps, nous avons peine \u00e0 nous former une id\u00e9e de 1000 ans, et ne pouvons plus nous repr\u00e9senter 10 000 ans, ni m\u00eame en concevoir 100 000 ! (p.67-68).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">* dans le tome second des <em>Suppl\u00e9ments<\/em> Buffon calcule le temps n\u00e9cessaire au refroidissement de la Terre au point que toute vie y deviendra impossible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paradoxalement, les calculs de Buffon et ses <em>Epoques de la Nature<\/em> seront largement ignor\u00e9s par les autres scientifiques car dans les ann\u00e9es 1770 les connaissances astronomiques ont suffisamment progress\u00e9 pour que l\u2019hypoth\u00e8se de la formation des plan\u00e8tes sous l\u2019effet d\u2019un impact d\u2019une com\u00e8te sur le Soleil paraisse totalement farfelue. Par respect pour son \u0153uvre on \u00e9coute poliment les propositions de Buffon, mais elles ressemblent trop aux vieilles cosmogonies du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle pour y voir autre chose que les lubies d\u2019un vieil homme fatigu\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Julien Cartier, professeur de SVT au lyc\u00e9e Carnot de Cannes Avant-propos Cette s\u00e9rie d\u2019articles vise \u00e0 fournir aux professeurs de SVT intervenant en enseignement scientifique de premi\u00e8re des ressources utiles pour b\u00e2tir leur cours sur la datation scientifique de la Terre.<\/p><p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?p=2641\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":196,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[358],"tags":[170,318,50,316,315,317,305],"class_list":["post-2641","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-terminale","tag-170","tag-buffon","tag-darwin","tag-datation","tag-datation-absolue","tag-kelvin","tag-lyell","nodate","item-wrap"],"rttpg_featured_image_url":null,"rttpg_author":{"display_name":"jcartier","author_link":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?author=196"},"rttpg_comment":0,"rttpg_category":"<a href=\"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/?cat=358\" rel=\"category\">Terminale<\/a>","rttpg_excerpt":"par Julien Cartier, professeur de SVT au lyc\u00e9e Carnot de Cannes Avant-propos Cette s\u00e9rie d\u2019articles vise \u00e0 fournir aux professeurs de SVT intervenant en enseignement scientifique de premi\u00e8re des ressources utiles pour b\u00e2tir leur cours sur la datation scientifique de la Terre.","post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/196"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2641"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2706,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641\/revisions\/2706"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2641"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2641"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pedagogie.ac-nice.fr\/svt\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2641"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}