TraAM EMI : La diffusion d’infox et les circuits de l’information.

La diffusion d’infox et les circuits de l’information.
 
Dans le cadre des TraAM EMI 2021-2022, la créativité est au cœur de la réflexion des apprentissages autour des cultures numériques. L’acquisition d’une véritable culture numérique par les adolescents leur permet de devenir des citoyens responsables. Or le citoyen de demain doit être un citoyen informé et attentif. Il doit développer une connaissance critique de l’environnement informationnel du XXIe siècle, comprendre les enjeux économiques du marché de l’attention, l’usage par les géants du web des biais cognitifs et connaitre les différentes techniques utilisées pour capter l’attention des utilisateurs. Enfin, il doit s’interroger sur l’influence des médias sociaux sur la vie démocratique et se questionner sur ses propres usages du numérique.
 
Problématique : 
Dans cet article, nous nous demanderons comment sensibiliser les élèves à la désinformation et à ses conséquences néfastes sur l’accès au savoir et le débat d’idées.
Cela présuppose de se demander dans un premier temps comment développer chez nos élèves une culture de l’architecture informationnelle 2.0.
Puis nous aborderons la fabrique de l’information et ses liens avec l‘économie de l’attention. 
Enfin, nous nous demanderons quelles sont les connaissances, les compétences et les attitudes à mobiliser par les élèves.
 
1/ Une culture de l’architecture informationnelle. 
a. Qu’est-ce qu’une information intéressante ? 
Avant de déconstruire la désinformation avec les élèves, rappeler au préalable ce qu’est une information intéressante nous parait davantage judicieux, notamment à travers le modèle journalistique. Si l’on s’en tient à l’information de type de journalistique, une information doit apporter quelque chose de nouveau, qui concerne un grand nombre de personnes. Elle doit être vérifiée et vérifiable. Elle se distingue de la rumeur, l’anecdote et de l’opinion et des informations partagées par des particuliers sur les réseaux sociaux numériques. Il s’agira également d’attirer l’attention sur la multiplication massive des sources d’informations (source : Qu’est-ce qu’une info ?  Fiche pédagogique parue dans le dossier de la semaine de la presse, CLEMI, 2018).
Il n’ a jamais été aussi facile de produire et de communiquer de l’information. N’importe qui peut dire n’importe quoi et toucher un vaste public. “Tous médias” (Nous sommes tous médias, Les clés des médias, 2015 : https://www.lumni.fr/video/nous-sommes-tous-medias)
A partir de ces prérequis à travailler en classe, il est ensuite possible de s’interroger sur les mécanismes de la désinformation, sur les différentes façons de la déceler et les didactiser.
b.  L’intention de l’information / de l’auteur 
    
Information, mésinformation et désinformation : la question de l’intention est centrale pour distinguer ces termes. La mésinformation n’est pas une intention de transmettre de fausses nouvelles, elle est le résultat d’une précipitation, d’une erreur non volontaire. La désinformation quant à elle est le plus souvent le produit d’une intention, d’une volonté d’une personne, d’un groupe, d’une entreprise, d’un Etat qui vise à destabiliser, elle est intentionnelle.        
Lors de la conférence  Défis et limites de la vérification de l’information, Jérémie Nicey (maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, Laboratoire Pratiques et Ressources de l’Information et des Médiations, Université de Tours) attire l’attention sur la nécessité de se questionner dans un premier temps sur l’intention de l’auteur qui publie ou partage une information : 
     – parodier 
     – faire de l’humour 
     – détourner
     – créer une controverse 
     – propager une rumeur
     – partager une opinion
Il apparait également important de souligner que les informations amusantes sont celles qui se propagent le plus rapidement.
L’exposition proposée par la BNF, Histoire des fausses nouvelles, présente également les différents mécanismes de la désinformation. Voici un extrait de la présentation de l’exposition : “ Désinformation, mensonge, canular, propagande, la « fausse nouvelle » a été remise au goût du jour sous l’appellation de « fake news » puis de« infox ». […] Cette exposition pédagogique en affiches propose des outils et des pistes de réflexion permettant de se repérer, de trier, d’identifier les sources et l’information pertinente pour cultiver l’exercice citoyen d’un doute méthodique.” Les différentes affiches permettent d’aborder avec les élèves les différentes intentions de l’auteur : 
 – “faire rire, se moquer, faire réagir grâce au pastiche, à la parodie et au canular”. Il s’agit de détourner ou déformer une information. Si l’intention première est bien de faire de l’humour, l’exposition nous rappelle qu’il arrive parfois que le second degré ne soit pas compris et participe à la propagation de fausses informations.
– créer un emballement médiatique grâce au sensationnel : créer le buzz pour influencer l’opinion publique
– “déstabiliser les individus, les organisations voire les institutions politiques” en utilisant la calomnie et la diffamation
–  “discréditer l’ennemi, légitimer le conflit, voire lancer les services de renseignement ennemis sur de fausses pistes”  en utilisant la propagande
– “dresser une communauté contre une autre” en utilisant la rumeur
– remettre “en cause la version communément admise d’un événement au motif qu’elle est « officielle »” en utilisant le complotisme
– jeter ” le doute sur les articles scientifiques”.        
     
La typologie des énonciations est également présentée dans le document Au delà des fake news, 10 types de nouvelles trompeuses : https://eavi.eu/wp-content/uploads/2017/07/FRENCH_beyond-fake-news_poster_FINAL_print.pdf. Ce tableau synthétique permet de questionner dix types d’informations différentes : la propagande, le parti pris, le piège à clics, la théorie du complot, le contenu sponsorisé, la pseudoscience, la satire/hoax, la désinformation, l’erreur et l’information factice. Pour chacune de ces informations, l’attention est attirée sur les objectifs attendus par l’auteur de l’information : gagner de l’argent, faire de la politique, faire de l’humour, partager une passion, désinformer. 
     
    c Critères de fiabilité d’une information 
    
    Il existe différents documents permettant de synthétiser les questions à se poser ou les compétences à mobiliser face à l’information. L’IFLA a développé une réflexion en 2019 qui a débouché sur la production du document Comment repérer des Fake news : https://www.ifla.org/wp-content/uploads/2019/05/assets/hq/topics/info-society/images/french_-_how_to_spot_fake_news.pdf
    Plus généralement les ressources de la partie Esprit critique d’Eduscol permettent de s’interroger sur les compétences à travailler et à transmettre : https://eduscol.education.fr/1538/former-l-esprit-critique-des-eleves. Lors de nos différentes activités, notre questionnement n’a pas consisté à se demander comment utiliser ces grilles de lecture avec les élèves mais plutôt à se demander comment les faire créer par les élèves eux-mêmes, en les confrontant à des infox. La question centrale revient à se demander comment faire émerger ces critères chez les élèves à partir d’une activité.
     
     
     2 / Connaitre la fabrique de l’information et léconomie de l’attention 
 
     a. Outils et techniques de manipulation 
Dans le tableau Au delà des fakes news, 10 types de nouvelles trompeuses, notre attention est également attirée sur des contenus pour lesquels la manipulation est plus évidente : la fausse attribution, le contenu trafiqué, le contenu trompeur; la contrefaçon. 
Les manipulations les plus fréquentes liées à l’image sont : 
    
   – le recadrage: cette technique permet de n’utiliser qu’une partie de l’image afin d’en modifier la compréhension à l’instar de cette image : https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01b7c94b7bfc970b-pi
    Le CLEMI propose une fiche d’activité afin de travailler l’importance du cadrage : https://www.clemi.fr/fr/famille/activites-en-famille/limportance-du-cadrage-en-photographie.html
   Cette manipulation de l’image est relativement simple à reproduire avec des élèves. 
   
   – l’utilisation d’images détournées ou décontextualisées : il s’agit d’utiliser des photographies prises dans un contexte pour illustrer une information plus polémique. Sa lecture et son sens sont modifiés par le contexte. A l’instar de ce cliché montrant un jeune homme en scooter pointant son arme sur un policier au volant de son véhicule. Cette photographie utilisée pour dénoncer l’intégration dans les quartiers est en réalité issue du tournage d’une série : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux-numerique/quand-une-photo-prise-lors-d-un-tournage-est-detournee-sur-facebook_1768511.html
        Voir à ce propos l’activité retouche et détournement d’images. https://www.clemi.fr/fr/famille/activites-en-famille/la-retouche-et-le-detournement-dimages.html
   
   – la retouche d’image : une image retouchée à l’aide d’un logiciel de traitement d’image. Les professeurs de technologie ou d’arts plastiques peuvent être associés à la création d’image retouchée. 
       
   – le montage vidéo : à ce propos la vidéo de présentation du vélo autonome de google  peut être utilisée afin de montrer aux élèves certaines techniques de manipulation grâce au making of.
   
   –  Le deep fake est une technique de synthèse multimédia permettant de superposer des fichiers vidéos en utilisant l’intelligence artificielle. Brut présente cette technologie dans une vidéo hébergée sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=WE88bkPt7Uo  
   L’utilisation du deep fake nécessite une technologie perfectionnée et une bonne maitrise des compétences informatiques. Cependant les deep fakes sont de plus en plus présents sur Internet et ont été utilisés très récemment dans le conflit opposant la Russie à l’Ukraine: https://observers.france24.com/fr/europe/20220317-deepfake-zelensky-poutine-ukraine-russie-video-fake
   
   Étant entendu que les petits trucages sont plus efficaces et plus fréquents que les deep fake, il est indispensable de les analyser et d’amener les élèves à en produire afin d’en comprendre les ressorts. 
 
 
b. Le modèle économique adopté par les géants des GAFAM favorise la circulation massive des fake news
 
Expliciter les sources de revenus financiers colossaux de ces entreprises auprès de nos élèves est également un levier qui leur permet de comprendre l’envers du décor. Les données chiffrées les impressionnent : 
    
La question se pose ensuite des sources de ces revenus. Sur les réseaux sociaux numériques, plus le temps de connexion de l’utilisateur est long, plus les données personnelles collectées sur lui sont complètes. Cette collecte leur permet de dresser des profils utilisateurs de plus en plus précis ce qui induit un gain économique pour les géants de l’internet qui vendent ces profils pour la diffusion de contenus à caractère publicitaire. 
Un questionnement peut être mené avec les élèves sur  l’univers des données personnelles. Comment sont elles collectées ? Quels sont les dispositifs permettant cette collecte? Quels sont les métiers de la data?
Un projet conduit dans le cadre de la classe relais du collège Sidney Bechet, nous a permis d’amener les élèves à se questionner sur la collecte de données personnelles lors de notre navigation sur internet : son intérêt et les dispositifs utilisés par les entreprises pour la collecte de données. Ce projet nous a permis de différencier les données personnelles déclaratives (fiches d’inscriptions par exemple) des traces de navigation ou données collectées lors de notre navigation. Des chiffres du web aux traces de navigation : comprendre l’univers des données personnelles – Doc@zur (ac-nice.fr)
L’objectif des réseaux sociaux numériques est de garder l’utilisateur captif le plus longtemps possible. Il existe un marché de l’attention. Il est également possible de travailler avec les élèves sur les fonctionnalités implémentées par ces outils afin de créer chez l’utilisateur une dépendance et de l’inviter à se connecter le plus souvent et le plus longtemps possible. 
Dans l’article Captologie et leviers de dépendance corédigé dans le cadre des TraAM 2021/2022, nous avons tenté de définir les leviers utilisés par les réseaux sociaux numériques pour capter notre attention afin d’augmenter notre temps de connexion : 
Nous aborderons plus loin les leviers de la dépendance et présenterons le travail conduit sur les biais cognitif et les fake news en classe dans le projet 2 de l’académie de Nice. 
Par ailleurs, le fonctionnement trouble des algorithmes de recommandation influence également notre vision du monde. Dans le cadre de leur partenariat avec le collectif Terra Numerica, les enseignants du collège Sidney Bechet à Antibes ont sollicité les ingénieurs de l’INRIA afin de leur permettre de comprendre ces algorithmes et le phénomène de bulle informationnelle ou bulle de filtre. Les travaux réalisées autour des algorithmes de recommandation, ainsi que l’explicitation de ces différents algorithmes ont été présentés en 2021 dans cet article : https://www.pedagogie.ac-nice.fr/doc-azur/2021/05/31/big-data_algorithmes-et-recommandations-des-medias-sociaux/
Nous avons découvert les différents types d’algorithmes : 
    – à partir des degrés, 
    – à partir des page rank  :  Il s’agit d’un algorithme simple de recommandation : par exemple la personne la plus connectée est la plus vue (sur twitter), la vidéo la plus vue sur youtube. Les contenus/articles/pages les plus populaires seront ceux recommandés : c’est la même recommandation pour tous. Ce sont les algorithmes de recommandation les plus simples qui ne dépendent pas de l’utilisateur auquel on fait la recommandation.
    – A partir des triangles ouverts dans lequel un sommet est impliqué. Ces algorithmes de recommandation dépendent des centres d’intérêt de l’utilisateur et de ses contacts. Il en découle une satisfaction plus grande de l’utilisateur et un éloignement, une divergence plus grande entre les utilisateurs.
    – Des algorithmes de recommandation à base de clustering (autre famille d’algorithmes d’apprentissage automatique). On recommande à un utilisateur les contenus les plus populaires dans sa communauté. Le clivage est encore plus grand puisque l’algorithme conseille ce qu’aiment les gens qui aiment les mêmes choses que nous. Par exemple pour la politique : si l’algorithme nous a classé démocrate, il n’envoie que des informations pro démocrate et anti républicain. On est coupé de l’autre parti.
   
   Cette réflexion a permis d’associer élèves, enseignants et scientifiques à la compréhension des mécanismes sous-jacents à l’univers des données personnelles et des algorithmes, ainsi qu’à leur explicitation. Le parcours créé dans le cadre de ce partenariat sur la thématique Ethique des données est présenté dans cet article : https://www.pedagogie.ac-nice.fr/doc-azur/2022/05/31/parcours-ethique-des-donnees/
 c. Le marché des fausses informations
 

Il en découle que les publications sensationnelles et humoristiques ont plus de chance de devenir virales et d’être une source de revenus : l’économie des fake news est  facilitée par le modèle économique des réseaux sociaux.

   Par ailleurs, les algorithmes de recommandations sont facilement biaisés par l‘industrie de fabrication des infox qui favorisent la diffusion de ces contenus sensationnels et humoristiques.
 Il existe désormais un marché de l’engagement pour la fabrication de fake news qui recrute des travailleurs du clic : UpWork, Fiverr, Get Paid For Likes, Taskrabbit, Amazon Mechanical Turk, 5euros.com:  sont des plateformes qui permettent  de trouver des prestataires dans ce domaine. On pourra citer l’exemple du Bengladesh, où il  existe des fermes à clics, faux comptes et fausses communautés qui rapportent à leurs auteurs 120 euros par mois  ou de la Macédoine où le village de Vélès s’est transformé en usine de fabrication de fake news. Il y a également des usines à troll chinoises et celles des pays de l’est, des usines à faux profils et des trafics de faux comptes, et de followers. 
 
 L’impact des fake news sur l’économie mondiale est également explicité dans une étude réalisée par la société israélienne de cybersécurité CHEQ et l’Université de Baltimore qui vient ainsi de révéler que le coût total des fake news pour la seule année 2019 était estimé à 78 milliards de dollars. source :  https://www.rudebaguette.com/2020/01/fake-news-impact-economie-mondiale/
 
Ces usines à trolls ont un impact sur les recommandations des réseaux sociaux puisque ces travailleurs du clic rendent populaires des contenus créés de toute pièce pour influencer le débat public. Elles ont, in fine, une influence sur les gouvernements. Il s’agit d’une nouvelle forme de propagande électorale. L’exemple des fausses informations influençant le débat durant les élections de 2016 aux USA peut être ici déconstruit. Une recherche sur la fabrique des informations dans le conflit qui oppose l’Ukraine et la Russie permet de trouver rapidement des articles de presse pour présenter les manipulation. 
    
    Par ailleurs, les règles de diffusion des publicités sur Facebook sont opaques. Fabrice Mateo dans La mort de la vie privée nous met en garde: “L’intelligence artificielle n’est pas capable de distinguer les publicités à caractère politique.” 
Capter et maintenir l’attention de l’utilisateur nécessite également des compétences en ergonomie cognitive et en design. Les réseaux sociaux numériques participent de la diffusion massive d’informations non vérifiées, non sourcées, utilisant divers leviers de manipulation dont les biais cognitifs font partis. 
Pour aller plus loin : 
GT8 Développer l’esprit critique : https://www.reseau-canope.fr/conseil-scientifique-de-leducation-nationale-site-officiel/groupes-de-travail/gt8-developper-lesprit-critique.html?s=09, notamment : Éduquer à l’esprit critique, Bases théoriques  et indications pratiques pour l’enseignement  et la formation, Conseil scientifique de l’éducation nationale, Elena Pasquinelli  et Gérald Bronner, 2021.
Le Rapport public Les lumières à l’ère numérique “établit de manière synthétique l’état des connaissances sur les désordres informationnels à l’ère numérique et sur les perturbations de la vie démocratique qu’ils engendrent et formule des recommandations pour y faire face.”    
 
    3/ Développer des réflexes de vérification systématique de l’information chez nos élèves : 
    
    a. Expérimenter les biais cognitifs utilisés pour la propagation d’infox sur les réseaux sociaux 
 
 Les leviers de dépendance : 
     
Du fait de leur modèle économique, les réseaux sociaux utilisent tous les leviers à leur disposition afin de capter notre attention. L’enjeu pour eux est de nous rendre dépendants en utilisant la captologie et les darks patterns.
 Expérimenter les biais cognitifs permet de démontrer aux élèves que d’une part ces leviers existent et sont efficaces, d’autre part que nous sommes tous victimes de ce que l’on nomme le point aveugle. Cette croyance nous amène à penser que seuls les autres sont manipulables. Or expérimenter les biais cognitifs permet de démontrer que nous sommes à égalité, de créer une connivence entre l’enseignant et l’élève. Nous ne remettons pas en cause la pensée de l’autre mais nous pouvons l’amener ainsi doucement à une démarche de vérification et de questionnement. 
C’est le parti pris que nous avons choisi lors de la séquence Biais cognitifs et fake news mené auprès de la  classe relais dans l’académie de Nice. Ce projet est présenté en fin d’article de façon plus complète. Voici les biais cognitifs que nous avons pu identifier au cours de notre projet en lien avec les réseaux sociaux numériques.  
    
Les biais cognitifs : 
 
Instinct grégaire et phénomène de groupe
Le comportement grégaire est ainsi défini sur Wikipédia : il “décrit comment les individus d’un groupe peuvent agir ensemble sans direction prédéterminée. Le terme s’applique au comportement des animaux vivant en troupeaux, ainsi qu’à celui des humains lors des manifestations, émeutes, grèves, files d’attente, événements sportifs ou religieux, ou simplement dans les processus quotidiens de prise de décision et de façonnage de l’opinion.” Les réseaux sociaux numériques, loin de créer ce phénomène de groupe, l’amplifient et permettent la satisfaction rapide d’un besoin séculaire d’appartenance à un groupe et de reconnaissance par les pairs : création d’un réseau, liste de contacts, reconnaissance sociale, besoin de popularité. 
     Voir l’article : Des explications à nos comportements sur les réseaux sociaux ? (Psychologue.net, 2017)
C’est ce biais que les fabricants de fake news utilisent pour augmenter la visibilité de leurs publications grâce à la création de communautés fictives, et de faux profils.
 
 Le FOMO : fear of missing out
 Il s’agit de la peur de manquer quelque chose. Concrètement, il induit le besoin de se connecter régulièrement afin de ne pas être la personne qui a raté la publication la plus tendance. 
 
L‘appel aux figures d’autorité
“Les spécialistes du marketing savent que l’un des moyens les plus convaincants de vendre quelque chose est d’obtenir un témoignage.” Les réseaux sociaux placent tous les utilisateurs à égalité permettant ainsi à chacun de devenir figure d’autorité. La théorie des cordes fait appel à l’autorité – La Physique (mydumpsterrentals.com, 2022). La navigation sur Internet permet d’accéder à de nombreux témoignages faisant appel à nos émotions. Ainsi, nous partageons du contenu afin de partager une émotion avec notre réseau social. Nous y voyons le moyen de nous rassurer sur nos propres ressentis. 
 
     Pour déconstruire :  vidéo L’appel à l’autorité – La petite boutique des erreurs #12 (La tronche en biais, 2022)
L’appel à l’autorité — La Petite Boutique des Erreurs #12 – YouTube
 
Le biais de confirmation
Le biais de confirmation est un biais très fréquent qui nous conduit à ne chercher que des informations confirmant notre hypothèse initiale ou à négliger ou ne pas croire les informations allant à l’encontre de notre hypothèse.  Comme décrit plus haut dans la présentation, les réseaux sociaux  numériques nous confirment nos opinions en ne nous proposant que des contenus susceptibles de nous intéresser grâce à des algorithmes complexes. Le danger est de conduire chaque personne à s’enfermer dans un mode de pensée unique et personnel. Le gain pour les géants du web est toujours lié à l’univers de la donnée personnelle. Plus nous partageons, plus notre profil utilisateur est complet et plus nous prenons le risque de nous laisser enfermer dans un mode de pensée unique. Le risque de clivage sociétal est ainsi amplifié. 
 
    Pour déconstruire :  
Sur sa chaine vidéo Info ou mytho, Luc Langevin, illusionniste, explique comment le cerveau peut facilement être trompé. Dans cette vidéo, il illustre le biais de confirmation :
 
Le circuit de la récompense
Les réseaux sociaux numériques activent les circuits de la récompense grâce aux diverses notifications dont nous sommes gratifiés : badges, flammes, cœurs, notifications. Tout ces artefacts sont autant de moyens de nous garder attentifs. De la même façon, les jeux numériques proposent des récompenses quotidiennes. 
Il en découle que plus je partage d’informations, plus je suis susceptible d’avoir de vues et d’interactions avec mon groupe.
 
 
Le biais de la tache aveugle, ou biais de l’angle de mort de polarisation, ou encore illusion de l’unique invulnérabilité : 
Le biais de la tâche aveugle est caractérisé par le fait que nous sommes persuadés que l’existence et le fonctionnement des biais cognitifs sont beaucoup plus présents chez les autres que chez nous. Nous avons conscience de l’impact des préjugés sur le raisonnement des autres, mais peu sur nos propres jugements. https://blog-psychologue.fr/biais-cognitif-tache-aveugle/
Ainsi travailler sur la démonstration des biais permet-il de prendre conscience de leur impact sur notre quotidien.
 
   Idée pour déconstruire : utiliser le codex des biais cognitifs pour conscientiser les biais qui nous biaisent. Vous pouvez par exemple partir de cette liste pour identifier chacun un ou deux biais récurrents dans votre quotidien : Codex des Biais Cognitifs (inertian.wixsite.com, 2016)
 
 C’est une question qui revient souvent dans les formations adultes : que faire si un élève est convaincu  par une pensée véhiculée dans la sphère familiale ? Il remettra en cause la parole de l’enseignant, représentant d’un état forcément corrompu. Dans son livre Quand est-ce qu’on biaise ?, Thomas C.  Durant insiste sur l’effet contre productif de l’assertion de vérités auprès de personnes convaincues par les théories complotistes. Cela ne fait souvent que les convaincre davantage du bien fondé de leur raisonnement ou tout du moins les met dans une position inconfortable de remise en cause brutale de tout leur système de pensée. Il n’est pas possible, ni souhaitable, de casser les croyances de quelqu’un sans aller au conflit : il s’agira donc de créer une dissonance cognitive afin de permettre d’initier un questionnement chez cette personne.
    
    
 b. Utiliser en classe les outils de vérification des informations
 
      En 1951, Anna Arendth écrivait dans Les origines du totalitarisme : “L’Homme pour qui la distinction entre faits et fiction et entre vrai et faux n’existe plus devient le sujet idéal du règne totalitaire. Cette citation aurait pu être écrite de nos jours. La plus belle arme pour se protéger contre la diffusion des fausses informations est encore le développement de l’esprit critique à travers une démarche systématique de vérification. 
Afin d’aider les élèves à procéder à la vérification des informations, la technique du questionnement quintilien reste la technique la plus fréquemment utilisée avec nos élèves. Ce questionnement participe d’une démarche de vérification systématique de l’information : 
    – qui est l’auteur ? a-t-il une expertise dans ce domaine ? 
    – quoi ? De quoi parle-t-il ?
    – où ? D’où provient l’information ?
    – quand ? De quand date l’information ?
    – comment? Comment l’information est-elle présentée ?
    – pourquoi? Quelle est l’intention de l’auteur ?  
    
  La participation à un atelier de vérification des informations permet de développer les compétences techniques de nos élèves. Vous pouvez par exemple demander une intervention dans votre établissement : Accueil – Le Vrai du Faux 
 
 Pour procéder à la vérification de ces informations, les élèves pourront utiliser: 
     – les outils de fact-checking :   Document synthétique : Les outils en ligne de fact-checking, Graphicatie, Adioma : https://adioma.com/@graphicatie/infographic/les-outils-en-ligne-du-fact-checking
– les outils de recherche inversée. 
        –>  tineye : permet de classer les photographies par ordre de publication et ainsi d’obtenir le lien de la première diffusion d’une photographie
   –>   forensicaly : permet d’obtenir les coordonnées GPS de prise de vue d’une photographie. Ces données sont contenues dans les métadonnées des photographies
   –>  la recherche inversée d’image sur google permet également de vérifier la source d’une photographie. 
  –> Youverify : Outre la mise à disposition de l’extension InVID-WeVerify, ce projet financé par la Commission européenne, dans le cadre du programme Éducation aux médias pour tous (2020), porté notamment par l’AFP en France, s’engage à transmettre des savoirs et des savoir faire liés à la vérification d’images et de vidéos.
  
Une activité de recherche inversée d’image pourra également permettre de travailler les compétences numériques de vérification de l’information. Ce sont des questions posées aux élèves lors de la certification PIX.
 Dans le cadre de notre projet Biais et Fake News, nous avons demandé aux élèves de créer un jeu de société. Tout comme les jeux de cartes du commerce, les élèves devaient trouver et reformuler de vraies et fausses informations. La méthode la plus sûre trouvée par les élèves pour fabriquer le jeu a été de se rendre sur ces sites de vérification de l’information ainsi que sur les sites humoristiques (le Gorafi) et les journaux en ligne. La fabrication et la mise en action des élèves les a amenés à se poser des questions et à vérifier.
     c. Cultiver l’art du doute : zététique et démarche scientifique 

Finalement, afin de déméler le vrai du faux, il convient d’adopter une posture de questionnement systématique.

Daniel Kahneman est docteur en psychologie et expert de la psychologie cognitive. Il reçoit pourtant un prix Nobel d’économie. Daniel Kahneman schématise le fonctionnement du cerveau en deux systèmes de pensée : l’un intuitif, l’autre réfléchi et logique. D. Kahneman : ces biais cognitifs qui nous trompent – Nalo :
       
        Cela peut se représenter de la façon suivante
   –> cerveau 1 cerveau 2 
 
Au delà de son application dans le monde de l’économie, cette organisation du cerveau en deux systèmes de pensée peut s’appliquer à la vérification des informations. Nous utilisons le cerveau 1 de façon tout à fait intuitive pour partager une information avant même de se questionner sur sa véracité. Il s’agira donc pour l’enseignant de conduire ses élèves à activer le cerveau 2, celui du questionnement et de la vérification de l’information. 
 
Pour travailler la flexibilité mentale avec nos élèves en matière de vérification, il est possible par exemple d’utiliser un jeu de carte de fake news : le professeur annonce une news, les élèves doivent la valider. Si ils tentent une réponse trop rapide, ils perdent des points cerveau 1, si ils prennent le temps de se concerter et trouvent la bonne réponse, ils gagnent des points cerveau 2  
Il n’est pas possible de tout vérifier mais Il est indispensable de cultiver l’art du doute, de donner les clés à nos élèves. Une démarche scientifique d’hypothèse et de vérification doit être appliquée à  l’information.  
Il est essentiel de les aider à chercher et à identifier ce que l’on appelle l’état de l’art : ce qui crée le consensus chez les spécialistes de ce domaine. 
    
 4/ Propositions d’activités pédagogiques : 
Enfin, nous terminerons cet article par la présentation plus détaillée de nos séquences pédagogiques
 
Rappel des compétences scolaires et numériques 
 
Domaine 2 CRCN : communication et collaboration 
compétence 2.4 S’insérer dans le monde numérique 
 
De quoi s’agit-il ? (Décret n°2019-919 du 30 août 2019) Maîtriser les enjeux de la présence en ligne, développer des stratégies et des pratiques autonomes en respectant les règles, les droits et les valeurs qui leur sont liés, pour se positionner en tant qu’acteur social, économique et citoyen dans le monde numérique, et répondre à des objectifs (avec les réseaux sociaux et les outils permettant de développer une présence publique sur Internet, et en lien avec la vie citoyenne, la vie professionnelle, la vie privée…). 
Références au socle commun de connaissances, de compétences et de culture  Accéder à un usage sûr, légal et éthique pour produire, recevoir et diffuser de l’information (Domaine 2 – Médias, démarches de recherche et de traitement de l’information)  Comprendre les enjeux et le fonctionnement général des différents médias afin d’acquérir une distance critique et une autonomie suffisantes dans leur usage (Domaine 2– Médias, démarches de recherche et de traitement de l’information) 
Thématiques et mots-clés associés (Pix) Identité numérique et signaux ; e-réputation et influence ; codes de communication et nétiquette ; pratiques sociales et participation citoyenne ; modèles et stratégies économiques ; questions éthiques et valeurs ; gouvernance technique d’internet et ouverture du web ; liberté d’expression et droit à l’information ; enjeux politiques (défense nationale, pratiques électorales…). 
 
 
CRCN Domaine 4 : protection et sécurité  
4.2 protéger les données personnelles et la vie privée
 
De quoi s’agit-il ? (Décret n°2019-919 du 30 août 2019) Maîtriser ses traces et gérer les données personnelles pour protéger sa vie privée et celle des autres, et adopter une pratique éclairée (avec le paramétrage des paramètres de confidentialité, la surveillance régulière de ses traces…). 
 
Références au socle commun de connaissances, de compétences et de culture 
 Savoir ce qu’est une identité numérique (Domaine 2 – Outils numériques pour échanger et communiquer)  Être attentif aux traces laissées (Domaine 2 – Outils numériques pour échanger et communiquer)  Comprendre la différence entre sphère publique et privée (Domaine 2 – Outils numériques pour échanger et communiquer) 
 
Thématiques et mots-clés associés (Pix) Données personnelles et loi ; traces ; vie privée et confidentialité ; Collecte et exploitation massives de données massives (big data). 
 
 
Aspect éthique des réseaux sociaux : 
 
CRCN Domaine 2 : Communication et collaboration
2.2 partager et publier
 
De quoi s’agit-il ? (Décret n°2019-919 du 30 août 2019) Partager et publier des informations et des contenus pour communiquer ses propres productions ou opinions, relayer celles des autres en contexte de communication publique en apportant un regard critique sur la nature du contenu (avec des plateformes de partage, des réseaux sociaux, des blogs, des espaces de forum et de commentaires, de système de gestion de contenu CMS…). 
Référence au socle commun de connaissances, de compétences et de culture  Publier, transmettre des documents intégrant divers médias, afin qu’ils soient consultables et utilisables par d’autres (Domaine 2– Outils numériques pour échanger et communiquer) 
Thématiques et mots-clés associés (Pix) Protocoles et modalités de partage ; applications et services pour le partage ; règles de publication et visibilité ; réseaux sociaux ; liberté d’expression et droit à l’information ; formation en ligne ; vie privée et confidentialité ; identité numérique et signaux ; pratiques sociales et participation citoyenne ; e-réputation et influence ; écriture pour le web ; codes de communication et nétiquette ; droit d’auteur. 
 
 
Académie de Strasbourg : 
EMC, niveau 1ère : Désinformation, infox et complotisme
Séance 1 : La construction de l’information.
  • Recensement de nos activités numériques : émergence d’une fonction importante : assouvir son besoin d’information.
  • Rappel de prérequis : Qu’est qu’une information intéressante ?    
  • Les caractéristiques d’un message médiatique dans les médias sociaux : profil, partage, “tous médias”.
Séance 2 : L’analyse de messages médiatiques.
On pose pose aux élèves une série de questions qui relèvent d’une analyse classique de documents en ces termes :
  • A partir de messages médiatiques transmis aux élèves (qui sont des infox et soigneusement choisies pour leur contenu), on demande à ces derniers de s’imaginer qu’ils reçoivent l’un d’eux via leur média social favori. On leur demande par la suite, en quelques mots :
  • de décrire le message. Écrire ce qu’il montre et indique.
  • d’interpréter le message. Écrire ce qu’il dit ou suggère.
  • d’analyser les émotions qu’il suscite. Écrire le ressenti.
  • de donner son avis sur ce message et de se demander à quoi il sert.
  • de réfléchir au circuit de ce message. 
  • de se demander quel sort réserver à ce type de message (partage, réponse à l’auteur du message, etc.).
Les élèves, par groupes de deux, restituent à l’oral leur production et manifestent la présence d’infox, ils commencent à définir les mécanismes de la désinformation par leur analyse.
Séance 3 : Démarches permettant de déjouer l’infox
On demande aux élèves de classer les différents procédés utilisés dans le message analysé pour tromper notre vigilance. Lors de la mise en commun émergent les notions de satire ou parodie, contenu manipulé, contenu trompeur, décontextualisation, etc. 
On corrige avec le document Fiche pédagogique : désinformation – au nom de la liberté d’information, Amnesty international, p.12 : https://bdper.plandetudes.ch/uploads/ressources/6183/Desinformation_fiche_Amnesty.pdf.
Dans une seconde partie, on classe les infox à l’aide du tableau proposé par l’EAVI, Media literacy for citizenship Au-delà des “fakenews” 10 types de nouvelles trompeuses : https://eavi.eu/wp-content/uploads/2017/07/FRENCH_beyond-fake-news_poster_FINAL_print.pdf. Cet exercice permet également d’interroger les entrées du tableau voire de les nuancer.
Enfin, dans une dernière partie l’infographie “De vraies solutions aux fausses nouvelles : la contribution des bibliothèques” réalisée par l’IFLA : synthétise ce qui a été expérimenté par les élèves durant les séances pour déjouer les infox.
Séance 4 : Biais et théories du complot
A partir d’une vidéo conspirationniste réalisée par des élèves d’une classe de seconde : 
« La véritable identité des chats » : https://vimeo.com/166931978?embedded=true&source=video_title&owner=6362845 les élèves vont analyser les ressorts d’une théorie du complot véhiculée par un montage d’images. 
La séance s’accompagne du visionnage de la vidéo La théorie du complot, Les clés des médias : https://www.lumni.fr/video/la-theorie-du-complot. La séance se termine par l’évocation des biais cognitifs et la présentation du document Arguments rhétologiques fallacieux, Information is beautiful : https://www.informationisbeautiful.net/visualizations/rhetological-fallacies/.
Séance 5 :  Sketchnote ou croquinote.
Lors de cette dernière séance, les élèves choisissent individuellement un sujet : 
  • Pourquoi faire taire les trolls ?
  • Les algorithmes peuvent-ils être créatifs ?
  • Qui sont les nettoyeurs du web ?
  • A quoi servent les fermes à clics ?
  • Qui gouverne le web ?
  • Peut-on s’informer déconnecté ?
  • Qu’est-ce qu’une information personnalisée sur un réseau social ?
  • Qu’est-ce que la guerre de l’information ?
  • Quelle modération dans les réseaux sociaux ?
  • Instagram : un éditeur et un média comme un autre ?
  • Le darknet : repaire de criminels ou dernier espace de liberté numérique ?  
Chaque sujet est accompagné d’une ressource (texte et/ou audio, vidéo) choisie par l’enseignant.
Les élèves doivent réaliser un sketchnote ou croquinote, à la main sur le sujet choisi en s’aidant de la ressource, en dégageant un angle de type journalistique et en s’aidant des notions vues en cours. Ils doivent terminer le travail en autonomie.
 
Académie de Nice 
     
Projet 1 : Participation à la création d’un parcours éthique des données en partenariat avec le collectif Terra Numerica de l’Inria : https://view.genial.ly/6239cdc0ba7a4c001813ed3a/interactive-content-ethique-des-donnees
Ce parcours fait l’objet de la rédaction d’un article pour les Traam EMI synthétisant l’ensemble de nos travaux dans ce domaine comme indiqué sur la carte mentale. La partie captologie est laissée libre pour être approfondie l’année prochaine : Traam EMI : Parcours éthique des données – Doc@zur (ac-nice.fr)
Le parcours sera présenté le 11 juin 2022 lors de l’inauguration de l’espace Terra Numerica. 
 
 
Projet 2 : biais cognitifs et fake news
Projet non abouti pour raison médicale. 5 semaines de travail sur les 7 initialement prévues ont pu être réalisées. La réflexion sur le lien entre biais cognitif et captologie a été faite auprès de nos élèves gros décrocheurs de la classe relais du collège Sidney Bechet dans le cadre d’une collaboration entre Mme Duflos (enseignante spécialisée) et Mme Rouard (professeure documentaliste).
Nous avons en parallèle travaillé sur les biais cognitifs, en utilisant une conférence d’Albert Moukheiber et les vidéos “info ou mytho ?”
Les élèves ont fait le lien entre fonctionnalités des réseaux sociaux et dépendance. Ils ont également perçu que les mêmes biais cognitifs nous trompent dans le décodage des informations. Ils ont ensuite bénéficié d’une séance de 2 heures sur les fake news avec le Bureau d’Information Jeunesse de notre ville. L’objet de production initialement prévu est un jeu de société.
 
Séance 1 : dépendance aux réseaux sociaux
En classe : élaboration d’un questionnaire sur les usages des réseaux sociaux.
L’objectif est d’amener les élèves à se questionner sur leur utilisation des réseaux sociaux et sur leur dépendance à ces outils. 
Questionnaire sur l’usage des réseaux sociaux : observons nos pratiques (source : https://www.askabox.fr/liste-116671-TA3OpKaHFfZ.html).
Un temps est pris avec les élèves afin de lister toutes les fonctionnalités des réseaux sociaux :     
Tik tok      
Snap      
Instagram      
Facebook      
Tous        
–> Liste de fonctionnalités :
Nous nous sommes appuyés sur l’expertise d’un groupe de collégiens pour lister les fonctionnalités implémentées par les réseaux sociaux pour nous inciter à nous connecter régulièrement :
– commentaires  
– questionnaires de centres d’intérêts (à la création du compte)  
– publication de vidéos uniquement  
– live (vidéos visibles en direct)
– pop-up publicitaires      
– snapscore  (algorithme unique qui intègre le nombre de Snaps envoyés à d’autres personnes, les histoires partagées une fois, ainsi que d’autres variables, selon l’application Snapchat)
– … en train d’écrire  
– emojis de relations  
– badges super fan
– filtres photos  
– publications éphémères  
– stories
– localisation  
– flammes
– commentaires  
– les réels (vidéos)  
– publication d’images  
– commentaires  
– raccourcis  
– followers/ abonnés  
– signaler/bloquer  
– messagerie  
– nombre de vues  
– partages  
– notifications (visuelles, sonores, vibrations)  
– publications en public ou en privé  
– likes/j’aime/ smileys  
– pull to refresh  
– infinite scroll  
– identifications (lieux, ou personnes)  
– propositions d’amis,  
– suggestions publicitaires  
– tendances  
– fils d’actualité  – statistiques de vues …
 –> Une réflexion est ensuite conduite avec les élèves sur l’intérêt de ces fonctionnalités et les effets provoqués chez les utilisateurs : 
     – circuit de la récompense 
     – influence par le groupe
     – narcissisme
     
     –> Nous expliquons que les réseaux sociaux utilisent les biais cognitifs pour capter notre attention et nous rendre dépendants. Cela leur permet de collecter plus de données sur les utilisateurs et ainsi de vendre plus de publicités ciblées. 
     
Séance 2 : travail sur la notion de biais cognitif. 
Nous décidons d’expérimenter le point aveugle  afin de démontrer que les perceptions sont aléatoires et que nous sommes tous influençables. Ces expériences sont développées ci dessous :
 Visionnage de la conférence  d’Albert Moukheiber
Cette conférence nous apprend que : 
Notre cerveau :
1/ Comble les ambiguités → danseuse
2/ Nous raconte des histoires → rummikub
3/ Fait des prédictions approximatives et des heuristiques → questions sur la couleur blanche
4/ A des automatismes → test de stroop (couleurs)
5/ A des biais cognitifs → ex : illusion de connaissance, effet Dunning Kruger
6/ Notre perception dépend du contexte → test sur l’épidémie, aversion au risque
7/ Les incitations ou nudges → biais intentionnel/ incitation positive, ex : autocollant de la mouche…
[ces nudges sont à opposer aux dark pattern. Nous faisons le lien avec les élèves]
 8/ Nous informe du processus cerveau 1 cerveau 2
 –> la démarche de questionnement des informations est plus coûteuse à mettre en oeuvre. 
 
Séance 3 :
Rappel vidéo Albert Moukheiber pour les absents avec ajout de nouvelles expériences. Les élèves sont très interessés par ces expériences :
– le top des 5 illusions d’optiques : https://www.buzzwebzine.fr/top-5-des-illusions-doptique-a-redecouvrir/ (lignes, échiquier d’Adelson, vidéo fixer un point pour faire apparaître la couleur).
Diffusion de deux vidéos “Info ou mytho” avec des pauses pour expliquer les tours de magie :
+ tour de magie de carte dans la classe avec l’enseignante
Séance 4 : étude du codex des biais. 
Nous cherchons des exemples dans notre vie quotidienne. 
Séance 5 : réflexion autour de la conception de notre jeu de société.
– Ce jeu sera organisé en deux parties : 
    – une roue des biais cognitifs : cela implique que nous devons identifier 6 biais utilisés par les réseaux sociaux pour nous rendre dépendant. Lorsque le joueur tournera la roue, il devra associer au biais, sur lequel la roue le place, les fonctionnalités des réseaux sociaux numériques pour lesquelles nous allons créer des vignettes. 
    – des cases info ou infox : les élèves préparent des cartes avec de vraies et fausses informations. Cela nous permet de les sensibiliser à l’existence de sites de vérification de type Décodex. 
    
Séance 6 :  jeu Info ou infox. 
Jeu de carte récréatif pour lequel nous décidons de mettre en œuvre un procédé de jeu différent afin d’initier chez les élèves une démarche de vérification des informations. Notre objectif est ici de développer une démarche de questionnement associée à la zététique. Les élèves sont sur des ordinateurs. Nous lisons une information. Les élèves doivent la vérifier en cherchant sur internet. 
Cette séance nous permet également de tester un élément que nous souhaitons ajouter au jeu dans le calcul des points :
– une réponse rapide et impulsive = activation du cerveau 1 impulsif = perte de points si la réponse est mauvaise.
– une réponse validée = activation du cerveau 2 = gain de points d’hygiène mentale.
 
Séance 7 :  intervention du BIJ pour une séance de vérification des informations.
Cet article réflexif s’inscrit dans le cadre des Traam EMI 2021/2022. Il est le résultat d’une collaboration entre les académies de Strasbourg, Arnaud Galeotti, et de Nice, Géraldine Rouard.
Mots-clefs à retenir : infox, canular, fake news, média social, média de masse, rumeur, théorie du complot, propagande, source, truqué, malintentionné, audience, critique, publicité, algorithme, ferme à troll, déstabilisation des démocraties, fond de vérité, outils de vérification.
Propositions de ressources pour approfondir la thématique : https://digipad.app/p/175090/baefae100341
    
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