Les livres anciens comme ressources pédagogiques

par Julien Cartier, professeur de SVT au lycée Carnot de Cannes et chargé de mission auprès de la DAAC de Nice

Peu de gens savent que la ville de Nice conserve à la bibliothèque Romain Gary une riche collection de livres anciens.

On y trouve pourtant des ouvrages absolument remarquables. Des livres de Galilée dont celui qui le conduisit devant l’Inquisition et d’autres reproduisant ses dessins de la Lune, ceux-là même qui contribuèrent au passage du géocentrisme à l’héliocentrisme.

Des livres de Descartes, aussi, où l’on peut par exemple observer sa théorie des tourbillons, laquelle expliqua durant des décennies le mouvement des planètes avant que la gravitation newtonienne ne finisse par la supplanter.

Des livres du célèbre chirurgien Ambroise Paré, datant de la Renaissance et où abondent des gravures de créatures fantastiques : licornes, dragons et monstres marins.

Le premier atlas en français, publié en 1572 et dont l’auteur, Abraham Ortelius, fut le premier à remarquer la correspondance entre la forme des côtes africaines et celle des côtes américaines.

Mais aussi, l’édition originale de l’Histoire Naturelle de Buffon dont les travaux de datation de la Terre sont évoqués en enseignement scientifique de première, ou encore toute l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

On n’en finirait pas de dresser la liste de tous ces trésors, depuis les manuscrits médiévaux jusqu’aux ouvrages majeurs du siècle des Lumières, en passant par les premiers livres imprimés suite à l’invention de Gutenberg et par les textes qui présidèrent à la naissance de la Science entre le 16ème et le 17ème siècle.

Dans le cadre d’un partenariat entre la délégation académique à l’éducation artistique et à l’action Culturelle (DAAC) de l’académie de Nice et la bibliothèque Romain Gary, une fiche présentant un ouvrage particulièrement remarquable de cette collection est publiée chaque mois sur le Pearltrees de la DAAC.

https://www.pearltrees.com/t/daac-de-nice/le-livre-du-mois/id97867424

Le but de ce travail est double : d’une part faire connaître le fonds patrimonial de cette bibliothèque et d’autre part produire des ressources pédagogiques susceptibles d’intéresser les enseignants de toutes les disciplines du primaire jusqu’à la fin de l’enseignement secondaire. Chaque fiche réunit donc :

  • une présentation de l’objet livre : sa reliure, les annotations qu’il peut contenir, les éventuels marques de ses anciens propriétaires (armoiries, ex-libris, …)
  • une histoire éditoriale de l’ouvrage
  • un résumé de la place du livre dans l’histoire des idées
  • ses rapports avec les programmes scolaires
  • quelques pistes d’exploitation pédagogiques
  • un lien vers un exemplaire numérisé accessible gratuitement

Les professeurs de SVT seront tout particulièrement intéressés par les éléments d’histoire des sciences présents dans ces fiches. D’autant plus que les contenus d’histoire des sciences mis à disposition des professeurs dans les manuels scolaires ou sur des sites internet dédiés à l’enseignement contiennent souvent de nombreuses erreurs. On ne rappellera jamais assez que l’histoire des sciences n’est pas une histoire des observations ou des expériences, c’est une histoire des idées. Et afin de comprendre pourquoi il a fallu parfois tant de temps pour voir triompher une idée qui nous paraît aujourd’hui évidente, ou au contraire pourquoi des théories que nous jugeons farfelues ont perduré durant des siècles, il faut se plonger dans la manière dont on pensait autrefois. Or, le livre ancien  donne justement à voir la pensée d’une époque disparue.

Outre la consultation des fiches, nous invitons les enseignants à organiser des sorties scolaires dans la bibliothèque patrimoniale la plus proche de leur établissement. Nul doute que la perspective d’amener des élèves à regarder des grimoires écrits en vieux français, voire en latin, a de quoi susciter une légitime appréhension à l’heure où les jeunes se détournent de la lecture au profit des écrans. Pourtant les expériences menées ces dernières années tendent à prouver que les élèves se montrent particulièrement sensibles aux livres anciens. Pour le comprendre il suffit de songer qu’à l’heure du numérique on peut sans difficulté produire une reproduction de la Joconde qui, convenablement mise en scène dans une galerie du Louvre, ne saurait être distinguée de l’originale que par une poignée de spécialistes. Mais, aussi parfaite soit-elle, qui paierait pour voir cette copie ? Personne, ou presque, parce que les gens veulent voir la vraie. Parce que la vraie Joconde possède une histoire qui échappera toujours à ses copies comme à ses avatars numériques. Léonard de Vinci l’a peinte. François Ier l’a contemplé. Elle a traversé les siècles, survécu aux guerres, échappé aux nazis. Imaginez un instant pouvoir la tenir entre vos mains. Imaginez l’émotion que vous ressentiriez alors. C’est là que réside le pouvoir de fascination du livre ancien. Et c’est ce pouvoir que nous invitons les professeurs à exploiter pédagogiquement.

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